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La question de savoir pourquoi certaines relations semblent couler de source alors que d'autres sont presque condamnées à l'échec intrigue psychologues, sociologues et, finalement, à peu près tout le monde depuis des décennies. Dans les années 2010, la théorie de l'attachement s'est largement popularisée, offrant un cadre pour mieux comprendre les mécanismes émotionnels à l'œuvre au sein du couple. Elle est aujourd'hui omniprésente: sur TikTok, les termes «anxieux», «évitant» ou «sécure» sont devenus des raccourcis familiers pour expliquer pourquoi on tombe amoureux, on se dispute ou on met fin à une relation.
Le neuroscientifique Amir Levine est l'auteur du best-seller Attached - The new science of adult attachment and how it can help you find and keep love (Attaché - Êtes-vous anxieux, évitant ou en sécurité? Comment la science de l'attachement adulte peut vous aider à trouver et à garder l'amour, en français), paru en 2010, qui s'est vendu à plus de 3 millions d'exemplaires. Il estime aujourd'hui qu'une grande partie du débat public s'est éloignée de ce que dit la recherche. La manière dont les individus se comportent avec leurs partenaires amoureux ne relève ni de types d'attachement figés, ni d'un destin inéluctable. Ces schémas peuvent varier d'une relation à l'autre et évoluer au fil du temps.
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«Ils changent et se transforment en fonction de nos expériences de vie et des personnes qui nous entourent, explique le neuroscientifique au Washington Post. Ils sont constamment mis à jour.»
Aujourd'hui professeur à l'université Columbia, à New York, Amir Levine s'est d'abord intéressé au sujet à la suite d'un chagrin d'amour. Il terminait sa formation en psychiatrie lorsqu'un soir, il est tombé sur des travaux consacrés aux quatre styles d'attachement chez les adultes: sécure, anxieux, évitant et désorganisé. «Tout à coup, j'ai eu une révélation. Cela m'a aidé à comprendre de manière plus nuancée ce qui n'avait pas fonctionné dans ma relation et pourquoi», se souvient-il.
Une théorie qui se vide de sa substance
Des études ont montré que le sentiment de sécurité est l'un des piliers d'une relation épanouie: la confiance, la sécurité émotionnelle et la transparence constituent le socle d'une communication honnête, d'une intimité profonde et d'un engagement durable. Mais à mesure que la théorie de l'attachement s'est diffusée dans les cabinets des psychologues, les podcasts, et jusque sur les applications de rencontre, le chercheur constate que ses concepts fondamentaux tendent à être simplifiés à l'extrême, voire déformés. Il s'attèle désormais à débunker certaines idées reçues qui entourent cette théorie.
On entend souvent que les relations entretenues avec nos figures d'attachement au début de notre vie –très souvent, nos parents– façonnent la manière dont nous recherchons la proximité et le lien à l'autre à l'âge adulte. Une nouvelle étude dirigée par Keely Dugan, professeure de psychologie à l'université du Missouri à Columbia, montre que les premières relations avec les parents, mais aussi avec les amis d'enfance, laissent une empreinte durable –quoique de manière différente.
L'attachement n'a rien de figé
D'après ces résultats, les amitiés précoces pourraient avoir davantage d'influence sur les relations amoureuses futures que les expériences vécues pendant l'enfance avec ses parents. Surtout, l'attachement n'est pas figé une fois pour toutes: les relations à l'âge adulte continuent de le façonner tout au long de la vie. Les partenaires sécures peuvent ainsi renforcer le sentiment de sécurité, tandis que les expériences de trahison, de maltraitance ou de perte peuvent l'éroder.
Les partenaires anxieux sont souvent présentés comme ceux qui risquent de faire dérailler l'idylle amoureuse. Selon Amir Levine, les recherches livrent pourtant un constat plus nuancé: il n'est pas nécessaire que les deux personnes soient parfaitement sécures pour qu'une relation puisse être stable et épanouissante.
Autre constat plutôt encourageant: le cerveau se conduit comme un véritable système de réévaluation sociale, qui scrute en permanence son environnement à la recherche de signes d'appartenance ou d'exclusion, ajustant en continu le sentiment de sécurité. «Les gens vont en thérapie, ils parlent des choses qui leur sont arrivées pendant leur enfance et je ne dis pas que ces expériences ne sont pas importantes, souligne le chercheur. Mais les gens pensent rarement aux petites interactions du quotidien, alors qu'elles comptent énormément pour le cerveau.»
Car il serait possible, au fil du temps, de développer un état d'esprit plus serein. Pour ce faire, il faut se concentrer sur ce que le neuroscientifique appelle CARRP, un acronyme anglais qui désigne cinq qualités: être cohérent, disponible, réactif, fiable et prévisible (consistent, available, responsive, reliable and predictable). «Il faut chercher à être cette personne-là et à s'entourer de personnes qui se comportent de cette manière», souligne-t-il.
Ce changement de comportement n'est pas seulement une affaire de volonté ou d'émotions. Des scientifiques ont montré que la plasticité du cerveau à l'âge adulte permet de remodeler certains circuits neuronaux liés à la peur ou à la confiance, notamment par la répétition de nouveaux comportements et de nouvelles expériences. Avec le temps, ce qui semble menaçant peut devenir familier et rassurant. «Si vous créez des relations plus sécures, même la structure de notre cerveau peut changer», conclut Amir Levine.




























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