NE LAISSER PAS LE 5G DETRUIRE VOTRE ADN Protéger toute votre famille avec les appareils Quantiques Orgo-Life® Publicité par Adpathway
Une opinion de Baudouin de Hemptinne, économiste et visiting fellow au Itinera Institute
Ce samedi 28 février, j'atterris à Istanbul lors d'une escale de retour d'un voyage d'étude en Inde. La route que nous avons empruntée depuis Delhi est inédite : plus de dix heures de vol avec un arrêt de recharge de fuel à Ras Al Khaima aux Émirats arabes unis, pour ensuite remonter vers la Turquie en survolant l'Égypte.
L'usage de la force a repris de plus belle
Lorsque je me connecte au wifi de l'aéroport, les notifications tombent. Depuis ce matin, Israël et les États-Unis ont lancé des frappes contre l'Iran. Le régime des mollahs à son tour a riposté. Le Qatar, les Émirats, l'Iraq, la Syrie, la Jordanie ont été la cible de missiles, parfois interceptés. Plus à l'est, depuis vendredi, c'est entre le Pakistan et l'Afghanistan que l'usage de la force a repris de plus belle.
Une courte analyse de la carte suffit pour me rendre compte que ce sont tous les pays qui me séparent géographiquement de la nation de Gandhi qui ont été touchés par les bombes depuis 24 heures. Sans exception. Je lève les yeux plus au nord, et réalise que les affrontements entre Russie et Ukraine sont à moins de mille kilomètres de l'aéroport d'Istanbul.
Me voilà pensif. J'ai quitté ce matin le pays qui a vu naître un des plus grands artisans de la non-violence. Pendant plusieurs semaines, je m'y suis interrogé sur la nature des liens entre notre Union européenne et la plus grande démocratie du monde. Et voilà que cet avion de retour fait route vers l'ouest sous une pluie de bombes qui embrase tout le Moyen-Orient. Que penser ? Comment enrayer ce mauvais rêve ? D'où renaîtra la paix ?
Une rencontre imprévue
Dans cet aéroport tout neuf aux portes du continent européen, l'agitation règne. Beaucoup de vols sont annulés. Au milieu des cafétérias et boutiques de la zone franche, une religieuse franciscaine discute volubilement au téléphone. On fait connaissance. Sœur Milena rentre de sa mission d'enseignante en Tanzanie pour retrouver sa communauté et sa famille à Cracovie, en Pologne. Ses grands yeux bleus sont émus. Plus tôt dans l'après-midi, elle me raconte avoir discuté pendant une heure avec un jeune ukrainien dans ce même hall. Celui-ci est bloqué depuis un mois dans les bâtiments de cet aéroport. Cet homme originaire d'Odessa a eu le malheur de passer les checkpoints d'immigration avant d'apprendre que son vol vers une destination qui m'est inconnue fut annulé il y a quelques semaines. N'ayant plus de visa pour sortir de l'aéroport en territoire turc, il est condamné à errer dans les couloirs de ce no man's land moderne en recherche d'une solution. Aucun consulat ne semble vouloir voler à son secours, alors que son pays fait face à l'agression Russe. Prise de compassion, sœur Milena tente de le mettre en contact avec des familles de réfugiés ukrainiens dont elle est proche en Pologne. Le wifi de cet aéroport est la seule ligne de survie pour cet homme qui a la double malchance d'avoir perdu son domicile ukrainien et de détenir un passeport qui n'ouvre que peu de portes.
Entre le Mahatma en Inde et sœur Milena en Tanzanie
Avant de nous quitter, nous récitons avec sœur Milena la prière pour la paix de saint François d'Assise, mort il y a tout juste 800 ans. Cela donne espoir, elle retrouve le sourire. Alors qu'un grand nombre de nations du Proche et du Moyen-Orient se retrouvent embarquées dans une escalade de violence inquiétante, le chemin vers la paix doit commencer par l'attitude du Mahatma d'Inde et de sœur Milena de Tanzanie. Gandhi affirmait que lorsqu'un seul de ses concitoyens d'une autre confession était violenté, c'était son propre frère qu'on mutilait. Sœur Milena s'est laissé affecter par la détresse du pauvre ukrainien rencontré.
La paix commencera quand nous comprendrons que la peur et la souffrance d'une mère ou d'une fille en Orient, c'est également la détresse de nos propres parents et de nos propres enfants
Je ne sais pas quelle réponse nos stratèges, diplomates ou généraux doivent apporter. Je ne connais pas les informations dont disposent nos gouvernements et États-majors pour juger des actions en cours. Mais ces rencontres dans ce lieu de transit entre l'Orient et l'Occident, me rappellent que la paix ne se décrète pas, elle se vit. Avant-même tous les efforts diplomatiques et les traités, il nous incombe de nous laisser émouvoir par l'éruption de violence de ce 28 février. Il ne suffit pas de demander à nos gouvernements d'établir la paix. Il faut que nous, citoyens, osions la paix. Celle-ci commencera seulement quand nous comprendrons que comme humanité, nous formons un seul corps. Que nos destinées sont entremêlées. Que la peur et la souffrance d'une mère ou d'une fille en Orient, c'est également la détresse de nos propres parents et de nos propres enfants.
Nous, bastion de la démocratie
Comme citoyens du continent européen, en ce moment un des seuls bastions de la démocratie, il nous faut absolument nous rappeler la portée universelle des valeurs de paix et de justice. Les idéaux d'autodétermination des peuples, de dignité humaine et de respect du droit que nous avons placés au centre de nos sociétés depuis la fin du second conflit mondial doivent être défendus plus ardemment que jamais. Et plus, ces idéaux humanistes ne peuvent pas s'arrêter à nos frontières. Notre aspiration à la paix ne sera vraie que lorsqu'elle aura un horizon universel. Alors aujourd'hui, nous tous, Européens, comprenons que c'est de notre capacité à reconnaître dans le visage de l'autre notre propre humanité que renaîtra la paix.
Les textes qui paraissent dans la rubrique Débats sont des contributions externes, qui n'engagent pas la rédaction.


3 month_ago
16


























.jpg)






French (CA)