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Enfants autochtones disparus : début des fouilles pour retrouver bébé Lauréanna

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Même si Viviane Echaquan-Niquay s’était préparée, la femme atikamekw de Manawan s’est effondrée en voyant les tentes blanches montées sur un terrain de soccer situé à environ un kilomètre du cimetière de Joliette.

Est-ce bien sa petite sœur Lauréanna qui repose ici depuis plus de 50 ans, comme elle en a l'impression? J’ai de la peine, mais j'ai hâte de le savoir, d’avancer beaucoup et d’approcher de la vérité, souffle-t-elle doucement.

En tout, quatre zones vont être fouillées pour tenter de mettre fin à une histoire qui hante la famille Echaquan depuis plus de 50 ans.

Les bruits de la miniexcavatrice se mêlent aux cris des joueurs de soccer sur ce terrain. Les équipes du Laboratoire de sciences judiciaires et de médecine légale et du Bureau du coroner s’activent autour du premier site de recherche, celui que le père de Viviane Echaquan-Niquay a toujours décrit comme l’endroit où le bébé aurait été inhumé, dans un champ de blé d’Inde, loin du cimetière.

Des objets sur une table et de la terre au fond.

La cérémonie s'est tenue juste devant le site de fouilles. Un tikinagan, porte-bébé traditionnel, ainsi que des bougies et des mocassins étaient déposés sur une table.

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

Le champ est devenu un terrain de soccer sur lequel les travaux d’exhumation de la petite Lauréanna Echaquan, autorisés par la Cour supérieure du Québec début mai, ont débuté lundi, un an et demi après le début des recherches concrètes sur le site.

Se rapprocher de la vérité

À la fin de l’été 1973, le bébé d’environ deux mois avait été évacué seul par avion de Manawan pour recevoir un traitement contre une pneumonie à l’hôpital de Joliette, à 180 km au sud-est de la communauté atikamekw.

Selon la travailleuse sociale, le bébé allait bien et avait eu son congé de l’hôpital, mais le lendemain, ses parents ont reçu un appel les informant que leur enfant était décédé. Le père s'était rapidement rendu à Joliette pour assister à une inhumation, loin du cimetière, dans un champ de blé d'Inde, d’un bébé qu’on lui a dit être Lauréanna, ce qu’il n’a jamais cru dans son for intérieur.

Les incohérences administratives et médicales se sont ensuite enchaînées, et les parents sont restés sans réponse.

Des tentes blanches, une miniexcavatrice et un ruban jaune.

Des tentes blanches ont été installées pour que les équipes puissent travailler en toute discrétion.

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

À la vue des travaux, Viviane Echaquan-Niquay n’a donc pu contenir son émotion, elle qui est venue, avec sa famille, sur le terrain pour chaque nouvelle investigation dans cette quête de vérité. Je me disais : ça y est, on est rendus là. Car, au début, je n’y croyais pas. Je me disais qu’on ne serait jamais capable de la retrouver, j’étais découragée.

Il y a cinq ans, la loi 79 a été adoptée, facilitant la communication de renseignements personnels, et pour Viviane et sa famille, permettant enfin des réponses, notamment sous la forme de trois certificats de décès. Du vide administratif au début, des réponses se trouvent désormais dans deux cartables, mais, surtout, sous ce gazon impeccablement taillé, espère la famille.

De la terre et des fanions orange.

Finalement, les fouilles sur cette zone n'ont pas apporté les réponses aux familles.

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

Pendant toute la journée, sous un soleil vif, la famille a observé la miniexcavatrice et les équipes, guettant une réponse. La coroner en chef adjointe, Géhane Kamel, a passé la journée sur place pour expliquer à la famille les opérations et diriger les travaux.

Le premier site a été choisi, car il correspond aux souvenirs des parents et aux alertes des chiens de détection. Le géoradar y a détecté des anomalies.

Et un autre enfant...

C’est la première fois que nous procédons à ce type d’exhumation [...] à l'extérieur des limites d'un cimetière depuis l’entrée en vigueur de la loi en 2021, explique Olivia Malenfant, l’avocate de la famille.

Finalement, à la fin de cette première journée de recherche, les travaux n’ont pas donné de résultats concluants et les trous ont été refermés. Une deuxième zone va donc être passée au peigne fin, cette fois plus proche du cimetière.

Il y a quatre secteurs à couvrir pour ces travaux d’exhumation. Si on trouve des petits restes humains dans un secteur, les experts vont faire leur analyse et déterminer s’il faut procéder ou non. La prochaine étape consiste à poursuivre les travaux, mais nous espérons pouvoir retrouver Lauréanna. Ensuite, de faire des tests d’identification pour s’assurer que c’est elle et, si l’identification est positive, elle sera ramenée à Manawan pour être inhumée auprès des siens, précise Olivia Malenfant.

Une place est déjà réservée pour Lauréanna auprès de ses parents, décédés avant de connaître la vérité.

Un homme avec une plume et de la sauge et une femme à côté.

La coroner en chef adjointe, Géhane Kamel, assiste discrètement à la cérémonie, derrière Jean-Paul Echaquan.

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

Une plume d’aigle en main et un bouquet de sauge qui se consume dans l’autre, Jean-Paul Echaquan, l’oncle de Lauréanna, purifie les lieux. Ça purifie notre pensée, notre corps, l’âme et nous donne la force de surmonter les épreuves, lance-t-il en jetant un œil aux machines. Ça n’aurait pas dû arriver, mais on l’accepte.

Il l’accepte d’autant plus qu'il est convaincu que de retrouver les bébés disparus va permettre aux communautés de guérir. Plus de 230 enfants autochtones ont disparu au fil des ans dans des établissements de santé québécois, selon l’association Awacak, qui vient en soutien aux familles.

La colère ne gagne plus comme avant la directrice générale d’Awacak, Françoise Ruperthouse. Mais, en ce jour d’exhumation, elle vit un mélange d’émotions qu’elle peine à décrire. Est-ce que ça fait du bien? Du mal? C’est les deux, c’est difficile à expliquer, car c’est toujours émouvant. On ne fait pas ça toutes les semaines, des exhumations.

Deux femmes se soutiennent.

La famille est présente tout au long du processus.

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

D’ailleurs, ce n’était pas ça au début, quand elle a commencé à chercher avec d’autres familles des enfants. En tout, cinq exhumations ont déjà eu lieu, certaines apportant des réponses, d’autres replongeant les familles dans les questionnements.

En octobre 2025, la Cour supérieure du Québec avait autorisé pour la première fois une exhumation dans un lot commun pour retrouver la dépouille d’un garçon atikamekw envoyé à l’hôpital seul dans les années 1950, mais qui n’est jamais rentré chez lui.

Normalement, on devait chercher des réponses, mais on est rendu à chercher des corps qui ont été inhumés un peu partout, et ça, on ne le savait pas. On ne s’y attendait pas. C’est grave d’être obligé de chercher comme ça. Il y a eu beaucoup d’injustices.

Car ce dossier semble sans fin. Jean-Paul Echaquan a découvert, il y a quelques mois, que sa petite sœur a été retrouvée. Chaque fois qu’un hydravion passait au-dessus de Manawan, sa mère pensait que c’était le retour de sa fille de 9 ans, qui n'était jamais revenue après être partie à l'hôpital. Des dizaines d’années plus tard, au hasard d’une autre exhumation, il a retrouvé sa trace.

Quant à Viviane Echaquan-Niquay, elle garde espoir. Si on ne retrouve pas Lauréanna, elle va continuer ses recherches. Et continuer à scruter les visages croisés à Joliette, comme elle l'a tant fait. Se demandant si c'est sa petite sœur.

En 2021, le Québec a adopté le projet de loi 79 qui permet de faciliter l’accès aux dossiers médicaux et administratifs.

La loi 79, surnommée ainsi d’après le numéro du projet de loi lors de son dépôt, est une réponse au 20e appel à la justice formulé dans le rapport complémentaire propre au Québec de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées (nouvelle fenêtre) :

« Appel 20 : Nous demandons au gouvernement du Québec de remettre aux familles autochtones toutes les informations dont il dispose concernant les enfants qui leur ont été enlevés suite à une admission dans un hôpital ou tout autre centre de santé au Québec. »

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