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“En vingt ans, nous constatons une augmentation de 500 % du nombre de nouveaux cas. Aucun autre cancer humain ne connaît une progression comparable”

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"Tomate aujourd'hui, chocolat demain !";"La crème solaire, c'est mauvais pour la santé" ; "Déjà bronzé ? Vous êtes protégé !","Une protection solaire n'est nécessaire que si vous avez la peau claire". Voilà typiquement le genre de messages erronés et dangereux qui circulent beaucoup trop souvent sur les réseaux sociaux, incitant les jeunes à adopter des comportements à risque face au soleil. Autant de messages auxquels Euromelanoma, la campagne de dépistage du mélanome, a choisi, cette année, de couper les ailes en axant son édition 2026 sur ce flux de fausses informations, de mésinformation et de désinformation.

Pour corriger le tir et, in fine, sauver des vies, diffuser une information correcte est plus que jamais indispensable alors que le cancer de la peau connaît une croissance fulgurante, avec plus de 50 000 nouveaux cas par an dans notre pays. Comme le souligne le Dr Thomas Maselis, dermatologue et président belge d'Euromelanoma : "En vingt ans, nous constatons une augmentation de pas moins de 500 % du nombre de nouveaux cas. Aucun autre cancer humain ne connaît une telle évolution".

"La consultation s'est bien passée jusqu'au moment où la dermatologue m'a dit : on ne peut pas attendre, on va vous opérer directement"

Aujourd'hui en effet, environ un cancer sur trois diagnostiqués est une forme de cancer de la peau, ce qui en fait le cancer dont l'incidence augmente le plus rapidement en Belgique. Les formes les plus fréquentes, comme les carcinomes basocellulaires et spinocellulaires, connaissent une croissance particulièrement marquée, tandis que le mélanome, qui est la forme la plus agressive, elle a plus que doublé en vingt ans.

Le bronzage toujours tendance

Encore et toujours associée au luxe, aux vacances, au bonheur, une peau bronzée reste tendance. Or, "le bronzage n'est rien d'autre qu'une réaction de défense de la peau contre les dommages causés à l'ADN, directement liés au développement de cancers cutanés et au vieillissement prématuré de la peau", rappelle le dermatologue, soulignant que cette sensation de plénitude "n'est pas le fruit du hasard. Les rayons UV stimulent la production d'hormones telles que la dopamine, les endorphines ou encore la sérotonine. Cela procure un sentiment de bien-être immédiat, bien que passager, et peut même créer une forme de dépendance légère, selon certaines études. Il est donc d'autant plus difficile de mettre fin à ces comportements à risque".

Une difficulté qui semble encore plus grande chez les jeunes, les comportements liés à la protection solaire étant en effet globalement meilleurs chez les plus de 40 ans. Pourquoi ? Parce que les jeunes s'informent majoritairement via les réseaux sociaux, où le contenu est peu ou pas contrôlé, mais aussi "parce que la perception des risques est souvent moins développée chez les jeunes", explique le psychologue Julien Tiete, affilié à l'Université libre de Bruxelles (ULB). "L'émotion, la reconnaissance et la validation sociale jouent un rôle plus important. C'est pourquoi les messages de prévention classiques – qui misent sur la peur ou les explications techniques – ne fonctionnent souvent pas. La prévention doit venir de personnes dans lesquelles les jeunes se reconnaissent : des pairs, des influenceurs, des modèles. C'est un processus culturel et social, pas une question purement médicale. Les 'likes' et les commentaires positifs renforcent les comportements. Lorsque les jeunes constatent qu'un teint hâlé est très apprécié, ce signal l'emporte souvent sur la connaissance des risques."

"Je suis une survivante. L'immunothérapie est pour moi un très grand cadeau. Je lui dois ma vie"

Le dermato doit communiquer en ligne

Dermatologue et influenceuse, Karlijn Clarysse fait part de sa pratique quotidienne : "De plus en plus souvent, les consultations commencent par la démystification de fausses croyances que les patients ont glanées en ligne. Nous voyons des jeunes qui évitent la crème solaire, banalisent les coups de soleil, sous-estiment les risques de cancers cutanés ou adoptent des tendances dangereuses comme les 'tanlines' (NdlR : marques de bronzage laissées par les vêtements de bain)".

D'où l'importance pour les dermatologues de jouer un rôle plus actif qui ne se limite plus à soigner, mais qui consiste à informer, éduquer et corriger : "Nous ne pouvons plus nous contenter de travailler en coulisses. Nous devons être visibles, communiquer en ligne et traduire les connaissances médicales en informations compréhensibles et attrayantes, insiste la spécialiste. Pour être efficace, la communication médicale doit s'adapter aux codes actuels. Elle doit être concise, visuelle, accessible et capable de rivaliser avec les contenus rapides propres aux réseaux sociaux. Il s'agit de trouver un équilibre entre rigueur scientifique et attractivité."

"Le grain de beauté a grandi, est devenu plus foncé. J'ai consulté un dermatologue. Et là, boum : mélanome" : le soleil, un ami dangereux

Aussi Euromelanoma n'a-t-elle pas hésité à placer au centre de la campagne 2026 le concept "Bullshit", visant déconstruire les idées fausses en circulation. Chaque affirmation erronée sera confrontée à une explication courte, claire et scientifiquement validée, avec un renvoi vers des sources fiables. "L'objectif reste le même que toujours. Toucher le plus grand nombre de personnes possibles avec des informations correctes, afin qu'elles se protègent mieux du soleil et détectent le cancer de la peau à un stade précoce. Mais aujourd'hui, nous devons aussi gagner cette bataille en ligne", souligne le Dr Thomas Maselis.

Du prêt-à-porter à la haute couture, les traitements contre le cancer ont connu des évolutions majeures

L'indice UV

Il est important de bien distinguer la chaleur et le rayonnement UV. Durant les mois de mars, avril et mai, l'indice UV est souvent supérieur à 3, ce qui rend le printemps tout aussi dangereux pour les coups de soleil que les mois d'été plus chauds, rappelle la FCC. Les recommandations sont claires : quand l'indice UV dépasse 3, il s'agit dans l'ordre de : 1. Éviter le soleil et chercher l'ombre ; 2. Porter des vêtements protecteurs ; 3. Appliquer de la crème solaire. Alors que l'indice UV permet de savoir quel comportement adopter face à l'intensité des UVs, 26 % des Belges en tiennent rarement, voire jamais, compte et 11 % ne connaissent pas le concept.

"C'est quelque chose qui change la face du monde. Je n'aurais jamais cru qu'on puisse en arriver là il y a vingt ans, quand j'ai commencé l'oncologie"

Quelques chiffres

Aujourd'hui, près d'un Belge sur cinq développera un cancer de la peau avant l'âge de 75 ans. Cette évolution s'explique notamment par des décennies d'exposition excessive aux rayons UV, combinées à des changements sociétaux profonds dans les comportements et les idéaux esthétiques.

Le dernier rapport UV de la Fondation contre le Cancer (FCC) révèle que 56 % des Belges ont subi un coup de soleil en 2025, un chiffre qui est de 13 % chez les enfants (contre 0 % en 2011) et qui monte à 72 % chez les jeunes de 16 à 24 ans.

Le baromètre UV de la Fondation contre le Cancer le confirme également : 60 % des jeunes accordent de l'importance à un teint hâlé après l'été et 40 % préfèrent même attraper un coup de soleil plutôt que de rentrer de vacances sans avoir bronzé.

D'après le moniteur UV de la FCC, 49 % des jeunes pensent qu'un teint hâlé protège contre les coups de soleil. Parallèlement, 53 % estiment qu'il y a peu de chances qu'ils développent un jour un cancer de la peau.

Alors que les rayons UVA émis par ces bancs solaires sont reconnus comme cancérigènes, au même titre que les UVB, 38 % des personnes interrogées pensent qu'un banc solaire est plus sûr que le soleil. Et 49 % croient qu'une peau bronzée protège contre les coups de soleil.

Créée en 1999 en Belgique, l'initiative Euromelanoma est aujourd'hui active dans 32 pays. Chaque année, la campagne met l'accent sur une thématique spécifique afin de sensibiliser le public.

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