Porteous est un chantier pas comme les autres. Cette ancienne station d’épuration, construite dans les années 1960 sur la presqu’île d’Aïre à Vernier, aurait pu devenir une prison. Après plusieurs années d’occupation et de mobilisation, elle est aujourd’hui en train de se transformer en lieu culturel et social. Le projet vient d’entrer dans une nouvelle phase avec le dépôt, par le Conseil d’Etat, d’un projet de loi prévoyant un crédit de 8 millions de francs pour lancer la rénovation du bâtiment.
Construire avec l’existant
Mais la singularité de Porteous ne réside pas seulement dans sa reconversion. Ici, les architectes s’appuient sur les traces laissées par les anciens occupants et occupantes, qu’il s’agisse des usages, des aménagements ou même de certaines constructions réalisées pendant les années de squat. Thierry Buache, architecte et cofondateur du bureau Sujets Objets, insiste: «L’idée est de reprendre la matière existante, qu’elle soit spatiale ou physique.» La transformation avance par étapes, dans une logique de réemploi et de participation, où le projet se construit avec celles et ceux qui ont fait vivre le lieu.
Le symbole le plus marquant de cette approche, ce sont les cabanes en bois perchées sur le toit. Construites par les occupants lors du squat de 2018 avec des matériaux de récupération, elles sont devenues la signature visuelle de Porteous. Plutôt que de les faire disparaître, les architectes réfléchissent aujourd’hui à leur donner une nouvelle fonction. Une manière de montrer que la transformation du site ne passe pas par l’effacement de son histoire, mais par sa réinterprétation.
Une approche encore rare en Suisse
Si cette démarche reste encore rare en Suisse, elle s’inscrit dans une tradition défendue notamment par l’architecte français Patrick Bouchain. Figure de l’architecture participative, il a montré, avec des projets comme la Friche de la Belle de Mai à Marseille ou Le Lieu Unique à Nantes, qu’il était possible de transformer des bâtiments existants en s’appuyant sur leur histoire, leurs usages et leurs occupants plutôt qu’en faisant table rase.
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