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En sortant de la station avec un satellite de 4 kg en 1997, un cosmonaute russe a littéralement mis en orbite un satellite comme personne avant lui

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Dans le vide spatial, certains satellites ne sont pas propulsés par un moteur ni éjectés par un système mécanique sophistiqué : ils sont tout simplement lancés à la main par des cosmonautes en sortie extravéhiculaire. Un geste banal, presque enfantin, qui suffit à placer un objet en orbite autour de la Terre.

À retenir

  • Des cosmonautes russes lancent à la main depuis l’ISS de petits nanosatellites de 5 à 11 kg, une pratique régulière depuis au moins 2014
  • Ces satellites héritent automatiquement de la vitesse de la station (environ 28 000 km/h), le geste du cosmonaute ne servant qu’à les écarter de l’ISS
  • Ces lancements restent encadrés par des règles de sécurité strictes limitant le risque pour les populations au sol à moins d’1 chance sur 10 000

On imagine souvent la mise en orbite comme une opération titanesque, réservée aux immenses fusées qui crachent des flammes sur des kilomètres. Et pour la plupart des satellites, c’est effectivement le cas. Mais pour les plus petits d’entre eux, ceux qu’on appelle les nanosatellites ou CubeSats, l’histoire est totalement différente, et beaucoup plus simple qu’on ne le pense.

Un lancer de bras qui vaut des millions de dollars de fusée

Depuis plusieurs années, les cosmonautes russes profitent de leurs sorties extravéhiculaires pour se livrer à un exercice qui sort totalement de l’imaginaire classique du lancement spatial. Plutôt que de confier ces petits engins à une fusée ou à un système de déploiement automatisé, ils les éjectent littéralement avec leurs mains, depuis l’extérieur de la Station spatiale internationale.

C’est exactement ce qui s’est produit en août 2017, lorsque Fiodor Iourtchikhine et Sergueï Riazanski ont déployé cinq nanosatellites depuis une échelle fixée à l’extérieur du sas Pirs. Chaque engin pesait entre 5 et 11 kilogrammes, soit à peine le poids d’un sac de courses bien rempli. Autant dire que l’opération tenait davantage du jeu d’adresse que de l’ingénierie aérospatiale lourde.

Parmi ces cinq satellites, l’un transportait un boîtier fabriqué par impression 3D, baptisé Tomsk-TPU-120. Conçu par l’université polytechnique de Tomsk, il avait pour mission de tester le comportement des matériaux imprimés en 3D une fois exposés aux conditions extrêmes de l’orbite terrestre basse. Un autre diffusait un message multilingue commémorant le lancement de Spoutnik 1, captable par les radioamateurs du monde entier selon Roskosmos.

Cette sortie, initialement prévue pour durer six heures, s’est finalement prolongée de plus d’une heure et demie, se terminant peu après minuit. De quoi rappeler que même les gestes les plus simples, dans le vide spatial, demandent du temps et une précision absolue.

Le geste tout simple qui suffit à vaincre l’apesanteur

Pour comprendre pourquoi un simple lancer de bras peut mettre un objet en orbite, il faut se débarrasser d’une idée reçue. Dans l’espace, il ne s’agit pas de vaincre la gravité terrestre, mais de donner à un objet suffisamment de vitesse pour qu’il se maintienne en orbite plutôt que de retomber. Or, la Station spatiale internationale évolue déjà à près de 28 000 kilomètres par heure.

Un nanosatellite largué à la main hérite donc automatiquement de cette vitesse colossale. Le geste du cosmonaute ne sert qu’à ajouter une légère impulsion supplémentaire, suffisante pour écarter l’engin de la station et l’orienter sur sa propre trajectoire. C’est un peu comme lâcher une balle depuis une voiture qui roule déjà à pleine vitesse : la balle continue d’avancer avec l’élan du véhicule, elle n’a pas besoin d’un moteur pour cela.

Cette méthode a d’ailleurs été employée bien avant 2017. Dès 2014, un cosmonaute russe avait jeté à la main un petit satellite péruvien dans le vide, lors d’une sortie extravéhiculaire. Cette pratique n’est donc pas une anomalie isolée, mais une véritable routine bien rodée du côté russe.

L’avantage est évident : pas besoin de système de déploiement complexe, pas de mécanisme supplémentaire à faire voyager jusqu’à l’ISS. Il suffit d’un sas, d’une combinaison spatiale et d’un cosmonaute suffisamment entraîné pour ouvrir les mains au bon moment.

Ces petits satellites largués à la main qui changent la donne spatiale

Cette pratique s’est poursuivie et même renforcée au fil des années. En août 2018, lors de la 212e sortie extravéhiculaire de l’histoire de l’ISS, Oleg Artemiev et Sergueï Prokopiev ont passé près de huit heures à l’extérieur de la station. Au programme : le lancement manuel de quatre CubeSats et l’installation de l’expérience Icarus.

Ces quatre satellites avaient une origine particulièrement touchante. Deux d’entre eux, les Tanyusha, avaient été construits par des étudiants de l’université d’État du Sud-Ouest, tandis que les deux autres, les SiriusSat, avaient été assemblés par des écoliers russes et équipés de détecteurs de particules. Prokopiev les a lancés à la main, juste à l’extérieur du sas Pirs, reproduisant une méthode désormais éprouvée.

Toutes les sorties russes ne donnent cependant pas lieu à ce genre de déploiement. En mai 2026, Sergueï Koud-Svertchkov et Sergueï Mikaïev se sont contentés d’installer une expérience sur le rayonnement solaire sur le module Zvezda, sans lâcher le moindre nanosatellite. Cette sortie portait tout de même à 278 le nombre total d’opérations extravéhiculaires menées depuis la station.

Ce genre de lancement reste par ailleurs encadré par des règles de sécurité strictes. Tout objet susceptible de survivre à une rentrée atmosphérique avec une énergie cinétique supérieure à 15 joules doit être pris en compte dans le calcul du risque global pour les populations au sol, lequel doit rester inférieur à 1 chance sur 10 000. Un simple geste de la main n’échappe donc jamais totalement à la rigueur de l’ingénierie spatiale.

Derrière son apparente simplicité, ce procédé illustre une réalité souvent oubliée : l’espace n’est pas toujours synonyme de technologie démesurée. Parfois, un bras humain suffit à faire ce qu’on attendrait normalement d’un lanceur entier, pour peu que l’on soit déjà en orbite et que l’objet concerné tienne dans une paire de mains gantées.

Rédigé par Brice L.

Brice est un journaliste passionné de sciences. Il écrit des articles scientifiques depuis plus d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.

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