Le réservoir du barrage des Trois-Gorges, bâti sur le Yangzi Jiang dans la province du Hubei, peut contenir 39,3 km³ d’eau, soit 39,3 milliards de m³. En 2005, des chercheurs ont calculé que le déplacement de cette masse vers des altitudes plus élevées allonge la durée du jour de 0,06 microseconde. Le chiffre sort d’un calcul de physique, pas d’un chronomètre, et il s’applique à un réservoir plein.
Soit 0,00000006 seconde de plus sur une journée de 86 400 secondes.
À retenir
- Le réservoir des Trois-Gorges peut contenir 39,3 milliards de m³ d’eau.
- Ce déplacement d’eau allonge la journée d’environ 0,06 microseconde.
- Le séisme de 2004 a eu un effet environ quarante fois plus important sur la durée du jour.
Sommaire
Le principe de la patineuse, appliqué à une planète
Tout repose sur le principe de la patineuse. Bras tendus, elle tourne lentement ; bras repliés, elle accélère, car la quantité de mouvement de rotation se conserve. La Terre obéit à la même loi : une masse d’eau stockée jusqu’à 175 m d’altitude s’éloigne un peu de l’axe de rotation, ce qui augmente le moment d’inertie de la planète et freine sa rotation.
Cette retenue pèse environ 39 milliards de tonnes, de quoi remplir quelque 15,7 millions de piscines olympiques de 2 500 m³ chacune. Son volume équivaut à un peu plus de 40 % de celui du lac Léman, estimé à 89 km³.
Le raisonnement n’a rien d’exotique. La fonte des glaciers et les mouvements des océans redistribuent eux aussi la masse terrestre, et le séisme de 2004 dans l’océan Indien aurait raccourci le jour d’environ 2,7 microsecondes selon des estimations, soit une quarantaine de fois l’effet attribué au barrage. Les chercheurs ont aussi estimé que la Terre devenait très légèrement plus ronde à l’équateur et plus aplatie aux pôles.
Le mot « littéralement » du titre appelle une précision : les chercheurs de 2005 ont raisonné sur la masse d’eau et sur sa hauteur, ils n’ont pas observé un décalage avec un instrument. La valeur de 0,06 microseconde décrit un réservoir plein, rempli jusqu’à la cote maximale. Le chiffre circule depuis des années, au point que le site de vérification Snopes lui a consacré un article en mai 2021. Celui-ci rappelle que l’impact serait extrêmement faible.
0,06 microseconde : à quoi ressemble un chiffre aussi minuscule
Il faudrait environ 45 600 ans pour accumuler une seconde de décalage.
La lumière ne parcourt que 18 m en 0,06 microseconde, soit la longueur d’un autobus articulé. Si l’effet se cumulait sur une année entière, le décalage atteindrait environ 22 microsecondes. La durée du jour varie naturellement de l’ordre de la milliseconde au fil des saisons, sous l’influence de l’atmosphère et des océans, ce qui représente plus de 16 000 fois l’effet attribué au barrage.
Le barrage ne vous fera donc ni gagner une minute de sommeil ni rater un train. Les horloges atomiques, qui servent de référence au temps universel, mesurent des durées bien plus fines que la microseconde.
Le barrage n’est d’ailleurs pas la seule trace géophysique de l’humanité. Entre 1993 et 2010, l’extraction d’environ 2 150 gigatonnes d’eaux souterraines aurait déplacé le pôle de rotation terrestre de 80 centimètres vers l’est. Une gigatonne correspond à 1 km³ d’eau, et ce pompage représente donc environ 55 fois la masse retenue aux Trois-Gorges. Les deux phénomènes ne se confondent pas : l’un déplace l’axe de la planète, l’autre modifie la vitesse à laquelle elle tourne.
Un réservoir de 600 km de long
Le réservoir s’étire sur 600 km, à peu près la distance à vol d’oiseau entre Paris et Toulouse. Sa surface atteint 1 084 km², environ dix fois celle de Paris intra-muros, et son bassin versant couvre 1 000 000 km², près du double de la France métropolitaine.
La centrale compte 32 turbines de 700 MW et 2 de 50 MW, pour une puissance installée de 22 500 MW. En 2018, elle a produit 101,6 TWh d’électricité. Le mur, long de 2 335 m, a englouti 27,2 millions de m³ de béton.
Le chantier a débuté le 14 décembre 1994 et s’est achevé en mai 2012, soit 17 ans et 5 mois de travaux. La mise en eau s’est faite par étapes, de 2003 à 2012. À la fin de la période 1998-2003, la retenue atteignait 153 m. Elle est ensuite montée jusqu’à la cote maximale de 175 m.
Le coût humain derrière les chiffres
Entre 1,13 et 1,4 million de personnes ont été déplacées.
Même la fourchette basse dépasse la population de Marseille. L’écart entre les deux estimations, environ 270 000 personnes, représente à lui seul plus d’habitants que Rennes n’en compte intra-muros.
Les chiffres de juin 2003 recensent 15 villes et 116 villages engloutis par la montée des eaux. À cette date, 436 km² de terres avaient déjà disparu. En contrepartie, des écluses à cinq niveaux permettent le passage de navires de 10 000 tonnes.
En 2020, la Chine a connu ses crues les plus fortes depuis plus de trois décennies, et le réservoir s’est approché de sa capacité maximale, à son niveau le plus haut depuis 2003. Les autorités ont affirmé que le barrage avait limité les dégâts et les pertes humaines. Ses détracteurs y ont vu au contraire la preuve de ses limites comme outil de protection contre les inondations. Un réservoir presque plein correspond justement à la configuration dans laquelle l’effet calculé sur la durée du jour est à son maximum.
Le barrage a été conçu pour produire de l’énergie, contrôler les crues et faciliter la navigation. Le ralentissement de la Terre ne figurait pas au cahier des charges : c’est un effet secondaire que seul le calcul permet de chiffrer.
Sources : snopes.com | ncbi.nlm.nih.gov | floodobservatory.colorado.edu


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