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En rebondissant deux fois sur une comète en 2014, un engin pas plus gros qu’un lave-linge a fini coincé là où plus personne ne l’a jamais joint

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Imaginez un peu la scène depuis l’espace : un minuscule engin de laboratoire, pas plus gros qu’un lave-linge, dérivant à des centaines de millions de kilomètres de la Terre, plongé dans un silence total depuis plus d’une décennie. Pas de panne définitive, pas de destruction, juste un mutisme obstiné qui défie toute logique. Ce robot existe vraiment, il s’appelle Philae, et son histoire ressemble à celle d’un explorateur tombé dans un ravin lors de sa première expédition, laissé sans nouvelles depuis, alors que tout le monde continue d’espérer un signe de vie qui ne viendra probablement jamais.

À retenir

  • Philae s’est posé sur la comète 67P le 12 novembre 2014 mais a rebondi deux fois avant de s’immobiliser à l’ombre d’une falaise, privé de lumière solaire
  • Après environ 60 heures d’autonomie sur batterie, l’atterrisseur a transmis des données de forage puis s’est éteint, avant un bref réveil de deux minutes le 13 juin 2015, resté sans suite
  • La mission Rosetta s’est achevée en septembre 2016 par un crash volontaire sur la comète, coupant définitivement tout relais de communication avec Philae, désormais silencieux et sans espoir de sauvetage.

Ce petit atterrisseur européen, posé sur le noyau glacé de la comète 67P/Tchourioumov-Guérassimenko, incarne à la fois l’une des plus belles réussites techniques de l’exploration spatiale et l’un de ses feuilletons les plus frustrants. Retour sur une aventure où chaque rebondissement, au sens littéral comme figuré, a fini par sceller le destin d’une machine de 100 kilos filant désormais à environ 500 millions de kilomètres de chez nous.

Sur 67P/Tchourioumov-Guérassimenko, un robot de 100 kilos dort depuis 2015, muet malgré tous les appels lancés depuis la Terre

Depuis son dernier souffle de communication, aucun ingénieur, aucun radiotélescope, aucune sonde n’a jamais réussi à faire à nouveau parler Philae. Le robot repose quelque part sur cette comète en forme de canard de bain géant, coincé dans une zone accidentée du noyau que les équipes de l’ESA n’ont réussi à localiser précisément qu’après une recherche minutieuse combinant plusieurs instruments embarqués. Une traque presque archéologique menée à distance, pour retrouver la trace d’un engin devenu aussi silencieux qu’une pierre.

Ce silence n’a rien d’un simple caprice technique. Il découle directement d’un enchaînement de circonstances malheureuses survenues dès les premières secondes du contact avec le sol cométaire, un scénario que personne n’avait vraiment anticipé malgré des années de préparation.

Un atterrissage raté qui a condamné Philae dès le premier rebond

Le 12 novembre 2014, après un voyage de plus de dix ans à bord de la sonde Rosetta, Philae s’est séparé de son vaisseau mère pour tenter une manœuvre inédite : se poser en douceur sur le noyau d’une comète, un objet dont la gravité est si faible qu’on pourrait presque s’envoler en sautant un peu fort. Le plan prévoyait des harpons d’ancrage censés se ficher dans le sol et un système de propulsion destiné à plaquer l’engin contre la surface pour éviter qu’il ne reparte dans l’espace comme une balle de ping-pong.

Sauf que rien ne s’est déroulé comme prévu. Les harpons n’ont pas fonctionné, le système de propulsion ne s’est jamais déclenché, et Philae a littéralement rebondi deux fois avant de s’immobiliser enfin, loin de sa zone d’atterrissage initiale. Le point final de cette chute chaotique se révélera lourd de conséquences : le robot s’est retrouvé coincé à l’ombre d’une falaise, un endroit bien trop peu exposé au Soleil pour recharger ses batteries solaires. Un détail en apparence anodin, mais qui allait tout changer.

Soixante heures de gloire avant l’extinction des batteries

Malgré cette position inconfortable, Philae n’a pas capitulé immédiatement. Son autonomie initiale, annoncée à environ 60 heures sur batterie primaire, lui a permis de mener à bien une partie de sa mission scientifique. Le 14 novembre 2014, le contact a pu être brièvement rétabli, le temps de transmettre des données précieuses issues d’un forage réalisé directement dans le noyau cométaire, une première mondiale en matière d’analyse in situ.

Les équipes au sol ont même tenté le tout pour le tout : une manœuvre de repositionnement, avec un léger soulèvement de quelques centimètres suivi d’une rotation, dans l’espoir d’exposer davantage les panneaux solaires à la lumière. Malheureusement, cet ajustement s’est révélé insuffisant pour sortir l’atterrisseur de son hibernation forcée. Les batteries se sont vidées, et Philae s’est endormi, sans que personne ne sache alors si ce sommeil serait temporaire ou définitif.

Juin 2015, le sursaut inattendu qui a fait croire à un miracle

Et puis, alors que l’espoir commençait sérieusement à s’effriter, un signal a surgi de nulle part. Le 13 juin 2015, tandis que la comète 67P se rapprochait de son périhélie, ce point de son orbite où elle passe le plus près du Soleil, Philae s’est réveillé. Pendant environ deux minutes, l’atterrisseur a communiqué avec Rosetta, qui le survolait alors à une vingtaine de kilomètres d’altitude. Deux minutes qui ont suffi à relancer l’euphorie dans les salles de contrôle, chacun y voyant le signe que le petit robot allait enfin sortir de son long sommeil.

Ce sursaut, aussi bref qu’inespéré, restera pourtant le tout dernier. Depuis cet épisode survenu durant l’été 2015, plus aucun signal n’a jamais été capté, malgré les multiples tentatives de la sonde Rosetta pour reprendre contact lors de ses survols suivants. Le silence est retombé, cette fois pour de bon.

Rosetta s’est écrasée volontairement, Philae attend toujours son réveil impossible

La mission Rosetta elle-même s’est achevée en septembre 2016, dans un geste presque symbolique : plutôt que de laisser la sonde dériver sans but après des années de service, l’ESA a choisi de la poser volontairement, en douceur, sur le sol de la comète qu’elle avait accompagnée si longtemps. Un crash contrôlé qui a définitivement mis fin à toute possibilité de reprendre contact avec Philae, désormais privé de son unique relais de communication vers la Terre.

Depuis, le petit robot de 100 kilos continue son étrange voyage, immobile sur un rocher glacé filant à travers le système solaire à des centaines de millions de kilomètres de nous. Aucune mission de sauvetage n’est prévue, aucun signal ne viendra jamais raviver l’espoir d’un dialogue. Philae demeure figé dans son dernier instant de conscience électronique, comme une capsule temporelle abandonnée en pleine expédition.

Il y a quelque chose de profondément touchant dans cette histoire de machine tombée en plein exploit, condamnée par un simple manque de lumière solaire. Philae n’a jamais vraiment échoué, il a surtout été trahi par un décor trop sombre. Reste une question qui continue de flotter, presque poétique : combien d’autres explorateurs mécaniques, envoyés aux confins du système solaire, connaîtront eux aussi ce sort de dormeurs éternels, silencieux témoins d’une aventure humaine qui, elle, continue de s’écrire ?

Brice L.

Rédigé par Brice L.

Brice est un journaliste passionné de sciences. Il collabore avec Sciencepost depuis plus d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.

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