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En RDC, des poissons défient la gravité et escaladent une cascade de 15 mètres… au terme d’un périple de 10 heures (dont 9h45 de pause)

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La nature ne cessera jamais de nous surprendre. Au cœur de la République démocratique du Congo, derrière le rideau fracassant d’une cascade pittoresque, des chercheurs viennent de documenter un phénomène biologique proprement incroyable. Des milliers de minuscules poissons, loin de nager contre le courant, entreprennent une ascension verticale de 15 mètres sur des rochers glissants. Un exploit herculéen qui cache une stratégie de migration des plus originales.

Le secret des « poissons-collants »

Cette découverte extraordinaire concerne le poisson-coquillage, scientifiquement nommé Parakneria thysi. Si ce comportement était connu de manière empirique par les populations locales depuis un demi-siècle, il n’avait jamais fait l’objet d’une description scientifique rigoureuse jusqu’à sa publication récente dans la revue Scientific Reports.

Les locaux ne s’y sont pas trompés : en langue sanga, ce poisson est baptisé « kalumba », un nom dérivé du verbe signifiant « coller ». Et pour cause, pour vaincre les chutes de Luvilombo, ces ménés mesurant à peine 4 centimètres n’utilisent pas leur bouche comme d’autres espèces grimpeuses, mais une anatomie spécialisée. Leurs nageoires pectorales et pelviennes sont dotées de minuscules excroissances en forme de crochet, leur permettant de s’agripper fermement à la paroi rocheuse abrupte et de se hisser, centimètre par centimètre.

L’art de l’ascension (très) lente

Le périple est éprouvant. Les scientifiques ont calculé qu’en moyenne, un poisson met 9 heures et 45 minutes pour franchir l’obstacle. Mais ne vous y trompez pas : ces orvets ne sont pas des sprinteurs de l’extrême. Sur ces dix heures, ils ne passent en réalité que… 15 minutes à se déplacer.

Le reste du temps est consacré à un repos stratégique. L’étude révèle que les poissons effectuent neuf longues pauses d’une heure et demie sur des corniches horizontales, ainsi que de multiples interruptions plus courtes. Ces haltes permettent aux migrants de récupérer totalement leurs forces avant d’affronter la section verticale suivante, souvent en se rassemblant en groupe sur ces refuges temporaires.

Une migration rythmée par la pluie et les prédateurs

Cette ascension de masse n’a pas lieu n’importe quand. Elle débute à la fin de la saison des pluies, début avril, pour se terminer en mai. Les poissons semblent préférer la fin d’après-midi, entre 16 h et 18 h, au moment du coucher du soleil, évitant l’aube où leur nombre est le plus faible.

Plusieurs hypothèses tentent d’expliquer ce comportement migratoire unique. Il pourrait s’agir d’atteindre des zones amont où la concurrence pour la nourriture est moindre, ou encore de fuir un redoutable prédateur, le poisson-chat argenté (Schilbe intermedius). Le timing lié aux précipitations suggère également que les poissons attendent que le débit soit gérable pour ne pas être emportés par des courants trop violents plus tôt dans la saison.

Une espèce incroyable déjà menacée

Malgré cet exploit biologique fascinant, le Parakneria thysi est confronté à de graves menaces d’origine humaine. La pêche intensive est courante dans la région, et ces minuscules poissons sont capturés à l’aide de moustiquaires utilisées comme tamis, une technique illégale mais pratiquée. De plus, l’utilisation de l’eau de la rivière pour l’irrigation des terres agricoles peut assécher complètement la partie aval, piégeant les populations de poissons. Face à ce constat, les auteurs de l’article lancent un appel urgent pour une protection plus stricte de la rivière, des chutes de Luvilombo et de leurs extraordinaires habitants grimpeurs.

Brice L.

Rédigé par Brice L.

Brice est un journaliste passionné de sciences. Il collabore avec Sciencepost depuis plus d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.

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