Un tableau flamand de Jan Brueghel l’Ancien peint en 1611 représente une chauve-souris noctule tenant un oiseau dans sa gueule en plein vol — un comportement que la science n’a confirmé qu’en 2025. Comment un peintre du XVIIe siècle a-t-il pu observer et représenter un fait zoologique redécouvert grâce à des balises 3D modernes ?
Ce que vous allez apprendre
- Quel comportement extraordinaire des grandes noctules a été confirmé scientifiquement en 2025 — et comment
- Pourquoi les chercheurs pensent que Brueghel s’est inspiré d’une observation réelle plutôt que d’une convention symbolique
- Ce que la numérisation des collections artistiques mondiales pourrait révéler comme autres secrets scientifiques cachés
Un tableau conservant un secret zoologique depuis 400 ans
Conservé au musée des Beaux-Arts de Lyon, le tableau Air de Jan Brueghel l’Ancien représente plus de 60 espèces d’animaux — dont près de 40 espèces d’oiseaux européens reconnaissables, une muse grecque et les dieux Apollon et Diane. Parmi cette ménagerie minutieusement peinte, un détail est passé inaperçu pendant quatre siècles : une chauve-souris noctule tenant un oiseau dans sa gueule.
Ce comportement — une grande noctule (Nyctalus lasiopterus) chassant un passereau en plein vol nocturne — n’a été formellement confirmé par la science qu’en 2025, grâce à des balises de bio-enregistrement 3D avancées et des équipements de surveillance acoustique, d’altitude et de mouvement.
Un comportement exceptionnel dans le monde des chauves-souris
Seules trois espèces de chauves-souris se nourrissent d’oiseaux dans le monde, et seule la grande noctule est connue pour le faire en plein vol. Ces chauves-souris attrapent les passereaux lors de leurs vols migratoires nocturnes à haute altitude, leur arrachent les ailes et mâchent leur repas pendant une vingtaine de minutes — tout en continuant de voler.
Des indices s’accumulaient depuis une vingtaine d’années — notamment la découverte de plumes de rouge-gorge et de mésange bleue dans des excréments de N. lasiopterus — mais la confirmation formelle du comportement prédateur en vol n’est venue qu’en 2025.
Crédit : Romero-Vidal et al., PNAS , 2026Comment Brueghel pouvait-il savoir ?
La question qui intrigue les chercheurs espagnols, dont les travaux sont publiés dans PNAS, est celle-ci : comment un peintre du XVIIe siècle a-t-il pu représenter un comportement observé en pleine nuit, à haute altitude, avec une précision que la science moderne n’a confirmée que quatre siècles plus tard ?
Plusieurs hypothèses sont avancées : Brueghel aurait pu observer un rare épisode de prédation en plein jour, ou avoir été informé par quelqu’un ayant constaté la présence de plumes d’oiseaux dans des excréments de chauves-souris. Mais ce qui oriente les chercheurs vers une observation réelle plutôt qu’une convention symbolique, c’est la précision taxonomique du tableau : la taille, la forme et la couleur de la chauve-souris représentée permettent de l’identifier clairement comme appartenant au genre Nyctalus — une spécificité qui dépasse le cadre de l’allégorie.
L’art comme source de données scientifiques
Cette découverte a émergé d’une analyse systématique d’œuvres d’art historiques représentant des oiseaux et des mammifères. Les chercheurs sont convaincus que d’autres trouvailles de ce type attendent d’être faites, à mesure que la numérisation des collections artistiques mondiales s’accélère et que les outils analytiques progressent.
Des peintures qui semblaient purement allégoriques pourraient receler des observations naturalistes précises — des données biologiques figées dans la peinture, attendant d’être reconnues par des scientifiques capables de les identifier des siècles plus tard.
L’étude est publiée dans PNAS.


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