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En ramassant ce qu’il croyait être un caillou, un géologue namibien a littéralement déterré 2 000 pièces d’or de 1533

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On imagine souvent les trésors engloutis comme des légendes réservées aux romans d’aventure ou aux films hollywoodiens, avec leurs cartes jaunies et leurs coffres rouillés. Pourtant, l’histoire que je m’apprête à vous raconter s’est déroulée dans un cadre bien plus prosaïque : celui d’une mine de diamants namibienne, en plein désert du Sperrgebiet. Là, un simple employé, en ramassant ce qu’il pensait être un caillou parmi tant d’autres, a mis la main sur l’un des trésors maritimes les plus extraordinaires jamais découverts sur le continent africain. Un lingot de cuivre, quelques concrétions calcaires, et voilà que resurgit un pan d’histoire enfoui depuis près de cinq siècles.

À retenir

  • En 2008, dans la zone minière du Sperrgebiet en Namibie, un lingot de cuivre marqué du trident d'Anton Fugger a mené à la découverte de l'épave du Bom Jesus, caraque portugaise disparue en 1533 avec environ 300 personnes à son bord.
  • Les fouilles ont livré 22 tonnes de lingots, de l'ivoire, des armes, des astrolabes et plus de 2 000 pièces d'or provenant de diverses monnaies européennes, dont des excelentes espagnols.
  • La mine de diamants Namdeb a suspendu ses opérations pour permettre les fouilles, menées principalement par des employés miniers conseillés à distance par un expert.

Un caillou qui n’en était pas un : la découverte accidentelle qui a tout changé

Tout commence en 2008, dans une zone au nom qui ne laisse guère de place au doute : le Sperrgebiet, littéralement zone interdite en allemand. Ce territoire namibien, exploité par Namdeb, coentreprise réunissant De Beers et le gouvernement namibien, est habituellement synonyme de diamants, pas d’archéologie. C’est pourtant là, à environ 16 miles au nord de l’embouchure de l’Orange River, près de la ville minière d’Oranjemund, qu’un géologue travaillant sur le site va faire basculer les choses.

En manipulant ce qu’il croyait être une simple pierre, l’homme découvre en réalité un lingot de cuivre marqué d’un trident, symbole distinctif d’Anton Fugger, riche marchand et financier de la Renaissance européenne. Ce détail, presque anodin en apparence, va se révéler être la clé d’une découverte archéologique majeure. Car ce lingot n’était que la pointe émergée d’un site bien plus vaste, enseveli sous le sable depuis des siècles.

Le Bom Jesus, un fantôme des mers disparu depuis près de 500 ans

Le navire ainsi retrouvé porte un nom aux résonances presque mystiques : le Bom Jesus. Cette caraque portugaise, aussi appelée nau, avait quitté Lisbonne le 7 mars 1533 avec à son bord environ 300 personnes : marins, soldats, esclaves, marchands et prêtres, sous le commandement du capitaine Dom Francisco de Noronha. Sa destination était l’Inde, au terme d’un voyage prévu pour durer quinze mois et destiné à rapporter des épices, alors denrées précieuses entre toutes.

Le navire n’est jamais arrivé à bon port. Il rejoint ainsi la longue liste des 21 navires perdus sur la route maritime vers l’Inde entre 1525 et 1600, mais avec une particularité de taille : il est le seul de cette liste à avoir été retrouvé près de la Namibie actuelle. Une épave qualifiée, sans exagération, de plus ancienne et plus riche jamais découverte le long de la côte subsaharienne africaine. Fait troublant, presque aucun reste humain n’a été retrouvé sur le site, à l’exception de quelques os d’orteils encore emprisonnés dans une chaussure. Un indice qui laisse penser que la majorité des passagers auraient réussi à atteindre la terre ferme après le naufrage.

De l’or, de l’ivoire et des mystères : ce que le sable namibien cachait vraiment

Ce que les fouilles ont révélé dépasse largement le simple lingot de cuivre initial. Au total, ce sont pas moins de 22 tonnes de lingots qui ont été extraites du site, accompagnées d’ivoire, de canons, d’épées, de mousquets, de cottes de mailles et d’astrolabes, ces instruments de navigation typiques de l’époque. Mais le clou du spectacle reste sans conteste la découverte de plus de 2 000 pièces d’or, un trésor numismatique d’une richesse inattendue.

Ces pièces sont majoritairement des excelentes espagnols frappés à l’effigie de Ferdinand et Isabelle, mais on trouve également des monnaies vénitiennes, mauresques, françaises, ainsi que des portugueses arborant le blason du roi João III. Un véritable melting-pot monétaire, reflet de la diversité des monnaies européennes ayant circulé à l’époque.

Tous ces artefacts, longtemps protégés par des concrétions calcaires et sableuses, sont restés relativement bien conservés tant qu’ils demeuraient immergés. Le problème surgit dès leur sortie de l’eau : le contact avec l’oxygène accélère considérablement leur détérioration. Près de vingt ans après la découverte, certains objets continuent d’ailleurs de se dégrader en stockage, malgré les précautions prises pour leur conservation.

Quand les diamants s’effacent devant l’histoire : les leçons d’une fouille hors norme

Ce qui rend cette découverte encore plus singulière, c’est le contexte dans lequel elle s’est déroulée. Les premières interventions sur le site ont été menées non pas par des archéologues maritimes chevronnés, mais par des employés de la mine de diamants eux-mêmes, un expert se contentant de fournir des conseils à distance, par téléphone. Une situation pour le moins inédite, où l’urgence économique d’une exploitation minière a dû composer avec la fragilité d’un site historique exceptionnel.

Namdeb a d’ailleurs choisi de suspendre temporairement ses opérations minières pour permettre le déroulement des fouilles, un choix qui illustre bien la valeur accordée à cette trouvaille, au-delà même de l’intérêt purement économique des diamants environnants. L’étude complète du matériel archéologique recueilli devrait encore occuper les chercheurs pendant plusieurs années, tant la richesse et la diversité des objets exhumés promettent d’éclairer notre compréhension de la navigation, du commerce et de la vie quotidienne à bord des naus portugaises du XVIe siècle.

Cette histoire, aussi improbable qu’elle puisse paraître, nous rappelle à quel point le hasard peut parfois rejoindre la grande Histoire. Un géologue namibien, en ramassant ce qu’il croyait être un simple caillou, a permis de rouvrir un chapitre englouti depuis près de 500 ans, entre naufrage tragique et trésor inestimable. De quoi se demander combien d’autres épaves, tout aussi riches en enseignements, attendent encore sous le sable ou les vagues d’être découvertes par accident.

Brice L.

Rédigé par Brice L.

Brice est un journaliste passionné de sciences. Il collabore avec Sciencepost depuis plus d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.

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