Une chaîne couchée au fond de l’eau, un bateau qui s’y agrippe pour se hâler tout seul dans l’obscurité d’un souterrain de 3 333 m : c’est ainsi que le canal de Bourgogne a fait passer ses péniches sous Pouilly-en-Auxois (Côte-d’Or) à partir de 1893. Le toueur électrique de l’ingénieur François-Marie Galliot tirait les bateaux, et le courant venait de la chute d’eau des écluses voisines. Le service a duré jusqu’en 1987, soit 94 ans.
Faute de marchepied, les chevaux ne pouvaient pas tirer les bateaux.
À retenir
- Une chaîne posée au fond du canal permettait de tirer les bateaux dans la voûte.
- Le courant électrique était produit par deux petites usines alimentées par la chute d’eau des écluses.
- Ce touage électrique a fonctionné de 1893 à 1987, soit 94 ans.
Sommaire
Une voûte creusée depuis 32 puits
Construit à partir de 1775, le canal de Bourgogne relie l’Yonne à la Saône sur environ 242 km. Entre les deux, il doit franchir la ligne de partage des eaux, là où l’on passe du bassin de la Seine à celui du Rhône. Ce franchissement se fait à Pouilly-en-Auxois, dans un souterrain que tout le monde appelle « la voûte », au point culminant du canal, vers 378 m d’altitude.
Avec 3 333 m, la voûte équivaut à une trentaine de terrains de football alignés bout à bout, le tout sous la roche et sans lumière du jour. Le chantier a duré de 1825 à 1832. Pour tenir ce délai, les ouvriers n’ont pas attaqué la roche seulement par les deux extrémités : ils ont creusé à partir de 32 puits. En ne partant que des deux bouts, il aurait fallu plus de 50 ans.
Ces puits servent aussi à l’aération du souterrain, ce qui compte dans un boyau aussi long. Un puits revient tous les 100 m environ, et chacun a offert un point d’attaque de plus aux mineurs.
Sept ans de travaux au lieu de plus d’un demi-siècle : le gain dépasse un facteur 7. Le canal doit donc sa continuité à ces trous verticaux, qui lui ont évité des décennies de chantier. Le souterrain est aujourd’hui géré par Voies navigables de France.
Sans marchepied, une autre traction à inventer
Sur un canal ordinaire, le cheval marche sur le chemin de halage, au bord de l’eau. Dans la voûte, le souterrain n’a pas de marchepied, c’est-à-dire aucune bande de terre ferme où poser les sabots. Il fallait donc trouver autre chose que la traction animale pour faire passer les bateaux.
Un toueur à vapeur l’avait précédé.
Un toueur n’avance pas en poussant l’eau : il s’enroule sur une chaîne posée librement au fond du chenal, grâce à un treuil porté à bord. Chaque tour de tambour le fait glisser un peu plus loin, et les péniches accrochées derrière suivent le mouvement. Dans un souterrain étroit, la chaîne tient lieu de chemin de halage. Le toueur électrique de Galliot reprenait ce principe, avec une chaîne posée au fond du canal.
En 1891-1892, l’ingénieur François-Marie Galliot prévoit de remplacer le toueur à vapeur par un toueur électrique, plus léger. Le touage électrique commence en 1893.
Deux petites usines au pied des écluses
L’électricité était fabriquée sur place, dans deux petites usines construites en 1893. Chacune était mue par la chute d’eau de l’écluse 1 de son versant : l’une côté Yonne, à Pouilly, l’autre côté Saône, à Escommes. Les turbines qu’elles abritaient étaient reliées à des dynamos Gramme, du nom de leur inventeur belge, Zénobe Gramme. Le courant gagnait ensuite le bateau sur le principe des tramways.
La force qui tirait les bateaux venait de l’eau des écluses.
Le remorquage couvrait environ 5,5 km, dont environ 3,3 km sous terre, le reste se faisant à l’air libre. Il commençait et finissait donc hors de la voûte, de part et d’autre du point haut du canal. Deux petites usines, pas davantage, suffisaient à faire fonctionner l’ensemble.
94 ans de service, puis une halle signée Shigeru Ban
Le touage électrique a fonctionné de 1893 à 1987. Ce service a couvert les deux guerres mondiales, de la fin du XIXe siècle jusqu’à la fin des années 1980.
Le toueur est aujourd’hui exposé à Pouilly, dans la Halle du toueur, livrée en août 2004. C’est le premier bâtiment en France de l’architecte japonais Shigeru Ban. L’engin y est visible à quelques pas du port, au bord du canal qu’il a servi pendant près d’un siècle.
Le visiteur peut aussi traverser la voûte, désormais éclairée, à bord d’un bateau promenade, en environ 30 min. Quant à la distance de 5,5 km pour le remorquage, elle est arrondie d’après un document d’époque : les mesures exactes pourraient différer de quelques dizaines de mètres.
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Sources : dijonbeaunemag.fr | matriarka64.eklablog.com


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