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En posant 3 125 km de fibre sous l’Atlantique d’ici 2028, Orange va littéralement relier l’Irlande à la France sans passer par le Royaume-Uni

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Un câble de plus de 3 000 kilomètres va bientôt relier directement l’Irlande au continent européen, sans passer par le Royaume-Uni. Orange, aux côtés de deux investisseurs, vient de créer une coentreprise pour mener à bien ce projet baptisé Pisces, qui doit redessiner la carte des télécommunications sous-marines en Europe de l’Ouest.

À retenir

  • Le câble Pisces, long de 3 125 km, reliera Galway (Irlande) à Saint-Hilaire-de-Riez (France), Sopelana (Espagne) et Carcavelos (Portugal), évitant le détour actuel par le Royaume-Uni
  • La coentreprise Orange-Equitix-MDM, dirigée par Carine Romanetti, porte un projet estimé à 180 millions d'euros, partiellement financé par une subvention européenne de 18,9 millions d'euros
  • Le déploiement du câble, doté de 16 paires de fibres optiques en accès ouvert, est prévu pour 2028, après une étude marine achevée en août 2026

Un câble sous-marin pour contourner la saturation des réseaux européens

Il existe un détail géographique qui pèse lourd dans l’économie numérique européenne : l’Irlande n’a, jusqu’à présent, aucune liaison directe en fibre optique avec le continent. Pour échanger ses données avec la France, l’Espagne ou le Portugal, le trafic doit transiter par le Royaume-Uni. Un détour qui n’a rien d’anodin quand on sait à quel point la vitesse et la fiabilité des connexions comptent pour les data centers, les services cloud ou les plateformes financières.

C’est précisément ce goulot d’étranglement que le projet Pisces entend supprimer. Le câble sous-marin, long de 3 125 kilomètres, reliera Galway en Irlande à trois points d’atterrissement sur le continent : Saint-Hilaire-de-Riez en France, Sopelana en Espagne et Carcavelos au Portugal. Une route entièrement nouvelle, tracée au fond de l’Atlantique, qui s’affranchit du passage obligé par les côtes britanniques.

Techniquement, le système embarquera 16 paires de fibres optiques, un volume qui donne une idée de la capacité visée. Pour accueillir ce nouveau flux de données côté espagnol, Orange va construire une station d’atterrissement entièrement dédiée à Sopelana. Le câble fonctionnera selon le principe de la fibre noire en accès ouvert, c’est-à-dire que sa capacité pourra être louée à différents opérateurs plutôt que réservée à un seul acteur, un choix qui favorise la concurrence et l’accès de plusieurs clients à cette nouvelle autoroute numérique.

Orange, Equitix et MDM : le trio inattendu qui finance l’infrastructure

Derrière ce projet d’ampleur se cache une alliance qui mélange opérateur télécom historique et fonds d’investissement spécialisés dans les infrastructures. La coentreprise Orange–Equitix–MDM doit développer cette liaison sous-marine directe reliant l’Irlande, la France, l’Espagne et le Portugal par l’Atlantique, et chacun des trois partenaires y apporte une brique différente du puzzle.

Orange apporte son savoir-faire technique, acquis au fil de décennies de déploiement de câbles sous-marins à travers le monde. Equitix, de son côté, investit via son fonds Equitix Infra Ireland, dont l’investisseur d’ancrage n’est autre que l’Ireland Strategic Investment Fund, le fonds souverain irlandais. Fondé en 2007, Equitix revendique aujourd’hui environ 20 milliards de dollars d’actifs sous gestion, ce qui en fait un acteur solide pour porter ce type de projet sur le long terme.

Pour piloter cette coentreprise baptisée Pisces Cable System Limited, c’est Carine Romanetti, ancienne cadre d’Orange, qui a été nommée directrice générale. Un choix qui illustre la continuité entre l’expertise de l’opérateur français et la gouvernance autonome de la nouvelle structure. Le financement, lui, ne repose pas uniquement sur des capitaux privés : l’Union européenne a accordé une subvention de 18,9 millions d’euros via le Connecting Europe Facility, fléchée sur la troisième phase du projet. Ce même programme européen avait déjà cofinancé les deux premières phases, preuve que Bruxelles considère cette connectivité comme un enjeu stratégique pour le marché numérique du continent.

Irlande-France-Espagne-Portugal : la route directe qui change la donne numérique

Le quotidien irlandais Irish Examiner chiffre le coût total du système Pisces à 180 millions d’euros. Une somme conséquente, mais qui s’explique par la complexité technique d’un tel ouvrage : poser un câble de plus de 3 000 kilomètres au fond de l’océan Atlantique ne s’improvise pas. L’étude marine du tracé a d’ailleurs été confiée à Orange Marine et Elettra Tlc, deux spécialistes du domaine, et s’est achevée en août 2026. Les phases d’ingénierie détaillée et d’obtention des autorisations sont actuellement en cours.

Le déploiement du câble est attendu pour 2028, une échéance qui laisse encore deux bonnes années de travaux avant la mise en service effective. D’ici là, les équipes devront finaliser les études environnementales, sécuriser les autorisations dans chacun des quatre pays traversés, puis mener l’opération de pose proprement dite, un chantier maritime qui mobilise des navires câbliers spécialement équipés.

Une fois opérationnel, Pisces offrira à l’Irlande une alternative crédible au transit systématique par le Royaume-Uni. Pour les opérateurs de data centers déjà très présents sur l’île, pour les entreprises technologiques et pour les utilisateurs finaux, cela signifie des temps de latence potentiellement réduits et une résilience accrue du réseau, puisque les données ne dépendront plus d’un seul couloir de passage. La France, via Saint-Hilaire-de-Riez en Vendée, devient ainsi un point d’entrée stratégique pour cette nouvelle route transatlantique courte, aux côtés de l’Espagne et du Portugal.

Ce projet illustre bien une tendance de fond dans le secteur des télécommunications : la multiplication des câbles sous-marins pour répondre à l’explosion du trafic de données, portée notamment par le cloud et l’intelligence artificielle. En créant un lien direct entre quatre pays européens, Orange et ses partenaires financiers ne se contentent pas de poser un tuyau supplémentaire au fond de l’océan. Ils renforcent l’autonomie numérique d’une partie de l’Europe, en réduisant sa dépendance à des infrastructures tierces. Reste à voir, d’ici 2028, si le calendrier annoncé tiendra face aux défis techniques et réglementaires qui jalonnent ce type de chantier titanesque.

Brice L.

Rédigé par Brice L.

Brice est un journaliste passionné de sciences. Il collabore avec Sciencepost depuis plus d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.

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