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En mangeant deux fois par semaine un aliment banal, des seniors ont littéralement divisé par deux leur risque de déclin cognitif

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Dans les sous-bois humides comme sur les étals bien rangés des marchés, de petites ombrelles brunes ou blanches attendent sagement d’être cueillies, loin de l’agitation médiatique qui entoure les baies exotiques ou les graines miracles venues d’ailleurs. Cet aliment du quotidien, souvent relégué au rang de simple accompagnement, intrigue pourtant de plus en plus les chercheurs qui s’intéressent au vieillissement du cerveau. Une poignée de repas par semaine suffirait-elle vraiment à changer la donne pour la mémoire et les capacités cognitives des seniors ? Les résultats d’une étude menée à Singapour laissent penser que la réponse pourrait bien se cacher dans nos assiettes.

À retenir

  • Une étude singapourienne montre que plus de deux portions de champignons cuits par semaine réduisent d'environ 50 % le risque de déclin cognitif léger chez les seniors.
  • L'ergothionéine, antioxydant que le corps ne fabrique pas lui-même et particulièrement présent dans les champignons comme le cèpe, protège le cerveau contre le stress oxydatif et l'inflammation.
  • Cette molécule résiste bien à la cuisson, ce qui permet d'intégrer facilement les champignons, frais ou surgelés et variés, dans l'alimentation quotidienne.

Un constat scientifique qui interpelle les chercheurs

Tout part d’une étude menée par l’Université nationale de Singapour, publiée dans le Journal of Alzheimer’s Disease. Entre 2011 et 2017, les chercheurs ont suivi 663 personnes âgées de 60 ans et plus, en observant notamment leurs habitudes alimentaires et l’évolution de leurs capacités cognitives. Résultat marquant : les participants consommant plus de deux portions de champignons cuits par semaine présentaient un risque de déclin cognitif léger réduit d’environ 50 %, ce stade étant souvent considéré comme l’antichambre de la maladie d’Alzheimer. Même une consommation plus modérée, d’une à deux portions hebdomadaires, soit environ 150 grammes de champignons cuits, était associée à une réduction de 43 % du risque, contre 52 % au-delà de deux portions. Une étude japonaise, menée dans le cadre du programme CIRCS et publiée dans le British Journal of Nutrition, va dans le même sens chez les femmes, avec un risque de démence invalidante quasiment divisé par deux au-delà de 15 grammes de champignons par jour, sans effet comparable observé chez les hommes. Les auteurs de ces travaux restent toutefois prudents : il s’agit d’une corrélation, et non d’une preuve formelle que manger des champignons empêche, à lui seul, le déclin cognitif de survenir.

L’ergothionéine, la molécule clé de cette protection cérébrale

Si les champignons intriguent autant, c’est en grande partie grâce à une molécule au nom un peu barbare : l’ergothionéine. Cet antioxydant, que le corps humain est incapable de fabriquer lui-même, se révèle particulièrement concentré dans certaines espèces de champignons. Des travaux de recherche ont établi un lien entre de faibles taux sanguins d’ergothionéine et un risque accru de déclin cognitif, de démence, mais aussi de maladie de Parkinson. Plus frappant encore, parmi 112 métabolites sanguins analysés dans le cadre d’études sur le vieillissement, l’ergothionéine s’est distinguée comme celle la plus fortement associée à une mortalité et une morbidité plus faibles, notamment sur le plan cardiovasculaire. Concrètement, cette molécule agit comme un véritable bouclier pour le cerveau : elle contribue à limiter l’inflammation cérébrale, protège les membranes des cellules neuronales contre le stress oxydatif et favorise la communication entre les neurones, un mécanisme essentiel au bon fonctionnement de la mémoire. Autant dire que derrière son apparence modeste, le champignon cache une véritable petite usine de défense cellulaire.

Comment intégrer facilement les champignons à son alimentation

Bonne nouvelle pour les cuisines françaises : les champignons se glissent facilement dans un grand nombre de plats, des omelettes du matin aux poêlées du soir, en passant par les sauces et les soupes. Des chercheurs de l’Université Penn State, dans une étude publiée dans la revue Food Chemistry, ont comparé la teneur en ergothionéine de treize espèces différentes : le cèpe arrive largement en tête, loin devant les champignons de Paris plus communs. D’autres variétés comme le shiitaké ou le pleurote méritent également une place régulière dans le panier de courses. Autre point rassurant, souligné par ces mêmes travaux : l’ergothionéine résiste bien à la chaleur, ce qui signifie que la cuisson, qu’elle soit à la poêle, à la vapeur ou au four, ne dégrade pas significativement ce composé protecteur. Pour profiter pleinement de ces bienfaits, quelques réflexes simples peuvent faire la différence :

  • Privilégier des champignons frais ou surgelés plutôt que les versions très transformées
  • Varier les espèces pour bénéficier d’un spectre plus large de nutriments
  • Les cuire suffisamment, sans craindre de perdre leurs propriétés protectrices
  • Les associer à une alimentation globalement peu inflammatoire, riche en légumes, en fruits et en bonnes graisses

D’ailleurs, une étude suédoise portant sur 1 865 personnes de plus de 60 ans, suivies jusqu’à quinze ans, a montré qu’une alimentation peu inflammatoire pouvait réduire de 21 à 29 % le risque de démence, même chez les personnes porteuses de biomarqueurs associés à la maladie d’Alzheimer. Les champignons s’inscrivent ainsi dans une logique plus large, celle d’une assiette pensée pour prendre soin du cerveau sur le long terme, plutôt que comme une solution miracle isolée.

Un allié simple pour préserver son cerveau avec l’âge

Face à des projections préoccupantes, avec une estimation de 24,7 millions de nouveaux cas de démence attendus chaque année dans le monde d’ici 2050, soit une hausse de plus de 116 % par rapport à aujourd’hui, chaque piste de prévention accessible mérite d’être prise au sérieux. L’Organisation mondiale de la santé recensait déjà 57 millions de personnes vivant avec une démence en 2021, avec près de 10 millions de nouveaux cas supplémentaires chaque année. Dans ce contexte, miser sur un aliment aussi banal, peu coûteux et facile à cuisiner que le champignon apparaît comme un geste simple, loin des injonctions parfois décourageantes liées aux superaliments onéreux.

Rien ne garantit qu’une poêlée de champignons suffise à elle seule à tenir l’oubli à distance, mais associée à une hygiène de vie globale, elle pourrait bien représenter l’un de ces petits gestes du quotidien qui, mis bout à bout, font une vraie différence pour le cerveau vieillissant.

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Rédigé par Sophie W.

Curieuse des questions de santé et de bien-être, Sophie aime rendre l'information médicale accessible, en privilégiant des explications claires, fiables et nuancées.

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