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Entre le secret des loges et les votes de l’Assemblée, la frontière paraît bien mince.
Alain Bauer ne parle pas ici comme un militant hostile aux obédiences. Ancien Grand Maître du Grand Orient de France, il connaît de l’intérieur les habitudes, les réseaux et les lieux où se croisent responsables politiques, magistrats, hauts fonctionnaires, communicants et grands patrons. Quand il décrit une idée « étudiée en loge » qui finit dans le circuit législatif quelques jours plus tard, difficile de balayer cela d’un revers de main en criant au fantasme. En tant que criminologue, il sait quand la loi est bafouée par les institutions.
Lui-même a été reconnu coupable en 2025 de favoritisme, de recel et de détournement de fonds publics avec la complicité de deux ex-dirigeants de la Caisse des dépôts et consignations et condamné à 12 mois de prison avec sursis et 375 000 euros d’amende et une peine d’exclusion des marchés publics pour une période de trois ans.
Il sait donc de quoi il parle, mais ses déclarations ne prouvent évidemment pas, à elles seules, qu’une loi précise serait écrite dans une loge avant d’être votée. Elle dit en revanche quelque chose de beaucoup plus dérangeant : l’existence de lieux d’influence où les mêmes cercles peuvent discuter, préparer des orientations et se retrouver ensuite aux commandes des institutions.
“ Ce qui est étudié en loge le lundi devient une proposition de loi le vendredi et une loi la semaine suivante, le processus est extrêmement rapide car tout est linéaire ”.
(Alain Bauer, ancien Grand Maître du Grand Orient de France, France 5, 2006). pic.twitter.com/5uW6OV3g2V
— Civitas International (@Civitas_) September 2, 2026
Le Parlement vote, mais qui prépare ?
La promesse républicaine est limpide sur le papier : les représentants du peuple débattent publiquement, amendement après amendement, puis votent les lois. Dans la pratique, une grande partie des textes arrive déjà ficelée : cabinets ministériels, administrations, lobbies, groupes de réflexion, institutions européennes et réseaux d’influence ont fait leur travail en amont.
Les loges maçonniques ne sont donc pas le seul lieu où se forgent des idées politiques. Mais elles disposent d’un avantage que peu de cercles peuvent revendiquer : une tradition du secret, un entre-soi durable et une capacité à réunir autour d’une même table des personnes qui, officiellement, ne se fréquentent pas. La fraternité, c’est très pratique quand il faut éviter les comptes rendus.
Dans une France où l’abstention progresse et où les citoyens ont le sentiment de ne plus peser sur grand-chose, cette opacité nourrit une défiance parfaitement compréhensible. La macronie n’a rien inventé en matière de pouvoir vertical. Elle a en revanche porté l’art de gouverner sans le peuple à un niveau industriel : 49.3, ordonnances, conseils de défense, décisions prises à l’Élysée puis expédiées au Parlement comme des colis déjà fermés.
La formule de Bauer résonne donc au-delà de la franc-maçonnerie. Elle pose une question simple : à quel moment les Français participent-ils à la fabrication de la loi ?
Les citoyens ne demandent pas à connaître les convictions intimes de chaque élu ni les discussions privées de tous les responsables publics. Ils sont toutefois en droit d’exiger que les choix qui changent leur quotidien soient préparés et défendus au grand jour et que ceux qu’ils ont élus respectent leur profession de foi. Une démocratie ne devrait jamais ressembler à un couloir dont les portes les plus importantes restent fermées.
Et si le lundi se joue loin des regards, le vendredi devrait au moins appartenir au peuple.


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