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En Iran, un Khamenei risque d’en remplacer un autre au poste de guide suprême

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En Iran, un Khamenei peut en cacher un autre, comme en témoigne la nomination anticipée de Mojtaba Khamenei à la tête du gouvernement iranien. Il est le deuxième fils de l’ex-guide suprême Ali Khamenei, qui a péri samedi sous les premières frappes de l’opération militaire « Fureur épique » (Epic Fury) lancée par les États-Unis et Israël contre la République islamique.

À 56 ans, le nouveau guide suprême incarnerait la ligne dure du régime iranien.

Mercredi, Ahmad Khatami, membre de l’Assemblée des experts, l’institution chargée de nommer le nouveau dirigeant du pays, a indiqué que le nom du fils d’Ali Khamenei était bel et bien cité pour occuper le poste de guide suprême que l’Iran souhaitait pourvoir « dès que possible ».

L’annonce devrait être faite après les funérailles d’Ali Khamenei, initialement prévues mercredi, mais reportées en raison de risques sécuritaires qu’elles font peser sur la classe dirigeante iranienne, cible des frappes israélo-américaines depuis samedi dernier.

Le choix de cet autre Khamenei risque d’envoyer un message clair à Washington et Tel-Aviv sur la volonté du régime de tenir tête à ses agresseurs et surtout de rester ferme dans les négociations sur le nucléaire.

Alors que la rumeur de cette nomination court depuis 24 heures, Israël, par la voix de son ministre de la Défense, Israël Katz, a prévenu que Mojtaba Khamenei allait, lui aussi, être assassiné.

Héritier du fanatisme

Anti-Occidental notoire et figure influente mais discrète de la dictature religieuse guidée par son père depuis 1989, Mojtaba Khamenei ferait entrer au sommet de la théocratie la frange la plus radicale des Gardiens de la révolution, et ce, alors que le pays traverse sa plus grande turbulence, 47 ans après la Révolution islamique. Un scénario anticipé depuis quelques jours par la CIA.

« Mojtaba est le choix le plus judicieux actuellement [dans cette période de crise], car il connaît parfaitement la gestion et la coordination des appareils sécuritaires et militaires », a résumé Mehdi Rahmati, analyste politique à Téhéran cité par le New York Times. « Il en était déjà responsable. »

Mais il prévient : « Une partie du public réagira négativement et avec véhémence à cette décision, et il va y avoir des répercussions. »

Dans les coulisses de la diplomatie, le nom de Mojtaba Khamenei circule depuis des années comme successeur naturel à son père. En 2008, « plusieurs membres du régime le considéraient comme un candidat plausible à la codirection de l’Iran après le décès de son père, que celui-ci survienne prochainement ou dans plusieurs années », indiquait un câble diplomatique américain obtenu par WikiLeaks à la fin des années 2000.

En 2016, un rapport du Service canadien du renseignement de sécurité estimait que sa proximité avec les Gardiens de la révolution et « un accès privilégié au bureau de son père » lui conféraient « une influence considérable » au sein du régime.

Trois ans plus tard, les États-Unis ont imposé des sanctions à Mojtaba Khamenei, l’accusant de promouvoir « les ambitions régionales déstabilisatrices et les objectifs répressifs de son père ».

Mojtaba Khamenei est considéré comme un acteur clé de la répression contre les manifestations déclenchées en 2009 par les allégations de fraude électorale. Cette année-là, l’ancien président Mahmoud Ahmadinejad avait été réélu malgré une pression forte et un appel au changement porté par les réformateurs au sein de la théocratie.

L’un d’eux, Mostafa Tajzadeh, vice-ministre de l’Intérieur sous la présidence de Mohammad Khatami, de 1997 à 2005, a d’ailleurs accusé Mojtaba Khamenei d’avoir téléguidé le procès intenté contre lui et sa femme, Fakhr al-Sadat Mohtashamipour, dans la foulée de ces manifestations. M. Tajzadeh pourrait porter la voix de l’opposition en cas de chute de l’actuel régime.

Le probable nouveau guide suprême iranien a été nommé ayatollah en 2022, étape essentielle à sa nomination. Il vit aujourd’hui caché après la mort de son épouse, Zahra Haddad Abdel, qui a succombé aux frappes israélo-américaines des derniers jours.

Ce nouvel ayatollah Khamenei risquerait de soulever l’ire de Donald Trump, qui espère une figure plus modérée à la tête du pays. Mojtaba Khamenei incarne ces « fanatiques religieux illuminés » dénoncés mardi par le chef de diplomatie américaine, Marco Rubio.

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