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Dans « La Force du destin, une saison à la Scala », la réalisatrice Anissa Bonnefont suit le travail des 900 artistes qui œuvrent à l’inauguration de saison. Passionnant.
Passer la publicité Passer la publicitéLe 7 décembre 2024 au soir, la cathédrale Notre-Dame de Paris renaissait de ses cendres après cinq années de travaux, lors d’une cérémonie à laquelle devaient assister les chefs d’État du monde entier. À 800 kilomètres de là, de l’autre côté des Alpes, un autre monument rouvrait ses portes. La Scala de Milan inaugurait, comme le veut la tradition, sa nouvelle saison lors d’une grande soirée de première, organisée le soir de la Saint-Ambroise.
Au programme cette année-là ? L’un des titres les plus fameux de Verdi : sa Force du destin. Œuvre adulée autant que redoutée. Dont les airs, comme la célébrissime ouverture orchestrale, font partie de ces musiques qui vous hantent pour le reste de votre vie. Mais dont la légende se perd tout autant dans les méandres de son intrigue sur fond d’amour maudit que dans les anecdotes d’une création si mouvementée qu’elle finit par alimenter les superstitions de nombreux chanteurs au siècle dernier. Pas de quoi effrayer Leo Muscato. Celui par qui le scandale arrive, comme les médias l’ont surnommé après « l’affaire Carmen. » Il y a huit ans, le metteur en scène avait en effet fait les gros titres en modifiant la fin de l’opéra de Bizet lors d’une production florentine, pour que ce soit l’héroïne qui assassine Don José et non l’inverse…
Implacable folie
Pas de révolution féministe pour cette Force du destin milanaise. Mais un concept cruellement évident : la permanence d’une guerre, qui, de l’Espagne du XVIIIe siècle aux scènes les plus tristement contemporaines, en passant par les tranchées de 14-18, n’a de cesse de dérouler sous nos pas son implacable folie. C’est le sens de cette tournette impressionnante que le metteur en scène et son équipe ont imaginée des mois à l’avance, et qui ne cesse de perturber la bonne marche des protagonistes. Inéluctable roue du destin, dont le décor change à chaque acte pour se jouer de la concordance des temps.
La réalisatrice Anissa Bonnefont en a suivi la confection. De la présentation de maquette faite à ses équipes par Muscato et sa chef décoratrice, Federica Parolini, 80 jours avant la première, jusqu’à ses derniers fignolages à même le plateau. En passant naturellement par sa fabrication et son assemblage dans les 20 000 mètres carrés des ateliers d’Ansaldo, où sont réalisés et stockés tous les décors de la Scala ! Un suivi palpitant, qui ne se limite pas au seul espace-temps des décorateurs. Rythmée par un compte à rebours à la manière de la série 24, la documentariste nous ouvre les portes de l’institution pour nous faire vivre, de l’intérieur, chaque étape du montage du spectacle.
À 80 jours, nous voici avec les danseuses en pleine audition. À 75, au milieu des chœurs. Encore 10 jours plus tard, la chef costumière, Silvia Aymonino, nous ouvre les portes de sa caverne d’Ali Baba. Cinq jours avant le transfert des décors à la Scala, nous retrouvons Ludovic Tézier en pleine répétition du rôle de Don Carlo, dont il est sans conteste le plus impérial serviteur. À 25 jours de la première, Muscato se débat avec un groupe de catholiques fervents du chœur, en désaccord avec sa vision désacralisée de la Nativité. À 20 jours, Anna Netrebko sidère par sa présence : Leonora bouleversante, même sans costume, au milieu de décombres encore inaboutis. À 15 jours, on assiste à un échange cocasse entre Muscato et le chef Riccardo Chailly au sujet des essais de rideaux…
On se dit alors que l’on aurait aimé que la réalisatrice suive davantage celui qui se révélera le grand héros de cette soirée du 7 décembre. À 72 ans, Chailly, qui fit les gros titres de la presse il y a quinze jours après son malaise en pleine Lady Macbeth de Mtsensk, reste un chef comme on en voit peu. Dont le mélange de rigueur, d’autorité et d’énergie savent faire des étincelles, et porter cet orchestre de la Scala au sommet !


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