Le 10 août 1628, le Vasa quitte le quai du château de Tre Kronor, à Stockholm, sous une salve de canons et avec cent cinquante hommes à bord. L’immense bateau quitte le quai de Château Tre Kronor sous une salve de canons avec 150 membres d’équipage à son bord. Il n’ira pas loin. Le navire coule après avoir parcouru environ 1 300 mètres lors de son voyage inaugural, le 10 août 1628. Une rafale de vent suffit à le faire chavirer, et l’eau s’engouffre par les sabords des canons restés ouverts. En quelques minutes, le fleuron de la marine suédoise repose au fond du port qu’il venait tout juste de quitter.
À retenir
- Un navire révolutionnaire coule en quelques minutes lors de son voyage inaugural devant toute la ville
- Les deux ponts d’artillerie complets restent le mystère d’une conception qui défie les lois de l’équilibre
- Retrouvé trois siècles plus tard, il devient l’épave la mieux conservée du XVIIe siècle grâce à un détail géographique
Sommaire
- Une catastrophe sous les yeux de la foule
- Un navire trop haut, trop lourd, pas assez lesté
- Trois siècles au fond de la Baltique ont sauvé ce que la marine suédoise a perdu
Une catastrophe sous les yeux de la foule
La scène se déroule devant témoins, et c’est bien là que le naufrage prend une autre dimension. Le 10 août, la foule des grands jours se presse sur les docks de Stockholm, rassemblée autour d’un Gustave Adolphe fier de pouvoir étaler sa puissance navale devant le gratin diplomatique européen. Le roi Gustave II Adolphe voulait un navire capable d’incarner la suprématie suédoise en mer Baltique, et il l’avait obtenu, du moins sur le papier : soixante-quatre canons de bronze, des centaines de sculptures peintes, un château arrière spectaculaire. Le bateau qui devait glacer d’admiration les ambassadeurs étrangers a glacé d’effroi la foule venue l’applaudir.
Le mécanisme de la chute est documenté avec précision. Un coup de vent fit incliner fortement le vaisseau vers bâbord, causant une voie d’eau par les sabords de la batterie basse, trop proche de la ligne de flottaison, restés ouverts. L’équipage tente bien de redresser la situation : selon certains récits, les sabords sont refermés en urgence et le navire semble un instant retrouver son assiette, avant qu’une seconde bourrasque ne le fasse définitivement chavirer. Le bilan humain reste incertain mais documenté dans une fourchette précise : le navire disparaît en quelques minutes, emportant avec lui 30 à 50 des membres d’équipage, sous les yeux des milliers d’habitants qui assistent à la scène.
Un navire trop haut, trop lourd, pas assez lesté
Le rapport d’enquête, commandé par un roi furieux, tourne autour d’une seule question technique. S’agit-il d’un accident, d’un sabotage, d’une incompétence de l’équipage, ou d’un navire mal conçu ? Le conseil du royaume s’empresse de lancer une chasse au responsable. Les officiers jurent qu’ils n’y sont pour rien, les charpentiers répondent avoir suivi les plans validés par le roi lui-même. Personne n’est finalement condamné, un flou qui persiste encore aujourd’hui dans les analyses historiques.
Sur le fond technique, en revanche, le diagnostic ne fait pas débat. Le navire portait deux ponts d’artillerie complets, une rareté pour l’époque, sur une coque bien trop étroite pour un tel armement. Le naufrage du Vasa serait dû à un déséquilibre entre le haut et le bas du navire : le ballast de pierres placé au fond fut insuffisant pour compenser les deux ponts de canons. Les plans initiaux avaient d’ailleurs été revus à la hausse en cours de chantier, le roi réclamant davantage de puissance de feu que prévu à l’origine, sans que la largeur de la coque ne suive. Le résultat tient en une image assez cruelle pour un roi qui voulait impressionner l’Europe : un navire trop haut dans ses œuvres mortes, trop lourd du pont, et pas assez lesté dans ses fonds pour compenser.
Trois siècles au fond de la Baltique ont sauvé ce que la marine suédoise a perdu
Les Suédois tentent de récupérer leur épave dès le lendemain du drame, sans succès. Seuls les canons de bronze, précieux, sont remontés au XVIIe siècle par des plongeurs équipés de cloches rudimentaires. Le reste du bateau s’enfonce dans la vase et disparaît des mémoires pendant plus de trois siècles, jusqu’à ce qu’un ingénieur amateur, Anders Franzén, reprenne les recherches dans les années 1950. En suivant les renseignements issus de documents du XVIIe siècle, Franzén localise l’épave avec des grappins descendus au fond de la mer, et les grappins s’accrochent à un grand objet en chêne : le Vasa est retrouvé.
Le renflouage, lancé à l’automne 1957, mobilise des scaphandriers chargés de creuser six tunnels sous la coque pour y glisser des câbles reliés à des pontons. Le 24 avril 1961, le navire fend la surface de l’eau, renfloué avec plus de 14 000 pièces en bois éparses. Ce qui aurait dû être une perte totale se révèle être une conservation exceptionnelle : les eaux froides et peu salées de la Baltique empêchent la prolifération du taret, ce ver marin qui dévore habituellement les coques en bois. Le ver Teredo navalis, qui mange le bois, ne survit pas dans les eaux saumâtres de la mer Baltique. Résultat : le Vasa est aujourd’hui constitué à 98 % de ses pièces d’origine, un taux de conservation sans équivalent pour un navire du XVIIe siècle.
Le musée qui lui est consacré ouvre à Stockholm en 1990, après près de trente ans de restauration. Entre son renflouage en 1961 et le début de l’année 2025, le Vasa a été vu par plus de 45 millions de visiteurs. Le paradoxe est total : ce que le roi voulait comme la démonstration la plus spectaculaire de la puissance suédoise est devenu, par son échec immédiat, l’objet naval le mieux préservé de son siècle. Le navire continue d’ailleurs de bouger légèrement sur sa quille, penchant à bâbord, ce qui a poussé le musée à lancer depuis 2024 un chantier de renforcement structurel destiné à stabiliser la coque pour les décennies à venir.
Sources : rtbf.be | bateaux.com


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