Le chant des ombres. Bleues, les ombres, comme dans les contes. Elles vous cernent, elles vous emmaillotent, elles vous caressent en vérité. C’était l’autre soir au Pavillon ADC à Genève, après le Théâtre de Vidy où le spectacle a vu le jour et avant le Théâtre du Jura ce mercredi à Delémont. Une foule autour d’un podium orgueilleux comme la jetée quand les vagues fouettent. L’espoir qu’une druidesse chasse le spleen de l’époque. Elle s’avance, justement, à quatre pattes, comme une araignée épileptique sur la toile des percussions. C’est la danseuse et musicienne Lorena Stadelmann alias Baby Volcano, son nom de scène, son nom de générale des ombres.
En 2022, elle frappait avec Sindrome Premenstrual, un premier album qui était l’arbre généalogique musical d’une écorchée ultrasensible, rap et latino. Elle y disait «mi cuerpo, mi casa» et elle se jetait dans la mêlée. Aujourd’hui, elle continue de tout embrasser: les catastrophes des temps présents, le chagrin des bêtes, le spleen d’une jeunesse à hue et à dia. La jeune femme, qui allie le Jura de son enfance et le Guatemala de ses aïeux, est hors d’elle. C’est ainsi qu’elle fait face. Le titre du spectacle, Si me ves ir con todo, es porque a la noche lloro («Si tu me vois me donner à fond, c’est parce que la nuit je pleure»), est sa devise. Baby Volcano dépense et ne compte pas.


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