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En faisant venir la laine des moutons d’Afrique du Sud dans leurs usines dès les années 1930, les Français ont littéralement semé au bord de leurs routes une fleur jaune toxique pour le bétail

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À retenir

  • Le séneçon du Cap est arrivé en France entre 1934 et 1936 via des toisons de moutons sud-africaines.
  • La plante se propage le long des voies ferrées et des autoroutes grâce à ses graines légères portées par le vent.
  • Ses alcaloïdes pyrrolizidiniques sont toxiques pour le foie du bétail, d’où l’interdiction de le faucher pour le fourrage.

Sommaire

  1. Des graines cachées dans la laine sud-africaine
  2. De la cour d’usine au bord de l’autoroute
  3. Un risque pour le foie du bétail
  4. Arracher ou faucher : ce que préconisent les gestionnaires

Des graines cachées dans la laine sud-africaine

Ces fleurs jaunes qui frangent les talus d’autoroute n’ont pas toujours poussé là. Senecio inaequidens, le séneçon du Cap, vient d’Afrique du Sud. Il est arrivé en France entre 1934 et 1936 sous forme de graines accrochées aux toisons de moutons importées par les usines de laine de Calais et de Mazamet.

Un voyage clandestin, dans des ballots de laine.

Les usines de Calais et de Mazamet, dans le Tarn, faisaient venir des toisons d’Afrique du Sud pour alimenter leurs ateliers. Brême et Verviers, ailleurs en Europe, recevaient le même type de cargaisons. Les petites graines très légères s’accrochent facilement dans les toisons, et la plante est longtemps restée cantonnée aux zones portuaires, aux zones de transbordement de la laine et aux usines textiles. Personne ne les a vues arriver, et c’est aux abords des usines qu’elles ont germé.

Selon Wikipédia, l’espèce a été introduite en Europe pour la première fois en Allemagne en 1889, avant la France des années 1930. La France n’a donc pas été la première touchée, mais c’est une ville du Tarn qui a donné à la plante son second nom, le séneçon de Mazamet.

Les dates varient d’une source à l’autre. Certains textes parlent de 1934 autour de Mazamet, d’autres de la fin des années 1930, d’autres encore d’une arrivée « vers 1930 ». Dans tous les récits, le scénario reste le même : une introduction accidentelle, liée à l’industrie lainière.

De la cour d’usine au bord de l’autoroute

Longtemps, la plante est restée près de son point d’arrivée. Puis elle a pris la route, au sens propre. Au XXe siècle, elle s’est répandue surtout dans le Sud et l’Ouest de l’Europe, en utilisant les voies de communication, en particulier les voies ferrées. Partie de la région de Mazamet, elle a gagné la plupart des départements méridionaux, puis elle est remontée vers le nord grâce aux grands axes autoroutiers.

Ses graines, munies d’une aigrette plumeuse, voyagent avec le vent.

Sur la D906, entre Belleville et Mâcon, près de Crêches-sur-Saône notamment, une bande de fleurs jaunes très serrées longe la route. Ce tapis n’est pas composé de pissenlits, mais de séneçon du Cap. Le même tableau se répète sur des kilomètres de bords d’autoroute dans certaines régions.

Le reste du travail, la plante le fait seule. Vivace, elle forme des touffes arrondies de 30 à 150 cm de haut, soit parfois la taille d’un enfant, et ses capitules mesurent en moyenne 2 cm de diamètre. Sa floraison se poursuit très tard en saison, tant qu’il ne gèle pas trop fort, et certaines sources indiquent qu’elle peut fleurir toute l’année.

Espèce pionnière, elle envahit les milieux perturbés : terrains vagues près des gares, friches industrielles, bords des routes et autoroutes. Ses graines sont aussi disséminées par les mammifères au pelage dense, ce qui lui offre un second mode de transport.

Son avancée ne s’arrête pas aux talus. La ville de Cergy-Pontoise rappelle que ses racines libèrent des substances qui inhibent le développement des autres espèces, et que le catalogue de la flore vasculaire d’Île-de-France la classe invasive au niveau 3. Elle commence même à envahir des milieux naturels.

Les hauts plateaux d’Afrique du Sud sont son berceau d’origine. Les chercheurs s’intéressent à son parcours : une étude parue en septembre 2010 dans la revue Molecular Ecology s’est penchée sur la diversité génétique de l’espèce, dans sa région d’origine comme dans les territoires envahis. Son titre parle de la fabrique d’un envahisseur rapide. Les auteurs sont Susanne Lachmuth, Walter Durka et Frank Schurr.

Un risque pour le foie du bétail

La plante contient des alcaloïdes pyrrolizidiniques, des composés toxiques pour le foie, et le bétail qui en mange en grande quantité s’expose à une intoxication aiguë. Plusieurs sources la décrivent aussi comme toxique pour l’homme, et la Suisse l’a classée sur liste noire.

La fauche d’un talus envahi ne doit pas finir en fourrage.

Arracher ou faucher : ce que préconisent les gestionnaires

D’après la base d’information sur les espèces introduites, l’arrachage et la fauche sont les interventions les plus fréquemment appliquées, selon l’UICN France en 2016. L’arrachage convient quand la colonisation débute, avec seulement quelques pieds, et il doit être réalisé avant la fructification, avant fin juin. Les fleurs en bouton d’un plant arraché peuvent fructifier en 2 ou 3 jours, d’où la consigne de stocker les plants dans des sacs. Un ensemencement avec des espèces à fort pouvoir couvrant est recommandé après l’arrachage.

La fauche ne tue pas la plante, mais limite son expansion en l’empêchant de produire des graines. Après l’arrachage, les graines des années précédentes peuvent germer, il faut donc répéter l’opération chaque année, pendant plusieurs années.

Sur sol humide, les tiges couchées au sol peuvent même émettre des racines et bouturer.

Sources : base-information-especes-introduites.fr | fr.wikipedia.org | natureenville.cergypontoise.fr

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