27 610 m³ de modules immergés sur 220 hectares : c’est l’ampleur des récifs artificiels du Prado, dans la rade sud de Marseille. L’opération a été lancée en 2008 pour repeupler des fonds presque désertés. En 2015, elle formait déjà le plus grand ensemble de récifs artificiels de Méditerranée.
Ni digue, ni épave : un habitat fabriqué pour les poissons.
À retenir
- Les récifs du Prado couvrent 220 hectares de fonds marins au sud de Marseille.
- Le site compte 401 récifs de six types différents, répartis en six villages.
- La population de poissons y a triplé en six ans après l’immersion.
Sommaire
Un village sous-marin entre le Frioul et la corniche
Les structures reposent entre 25 et 30 mètres de profondeur, entre les îles du Frioul et la corniche Kennedy. La ville de Marseille et son office de tourisme comptent 401 récifs de six types différents. On y trouve des amas de cubes et de blocs rocheux, des paniers en acier, des chicanes et des filières hautes. Les biologistes qui les ont conçus ont choisi de copier les habitats naturels les plus performants, d’après une publication scientifique consacrée au projet.
Six « villages » composent l’ensemble, chacun regroupant entre 51 et 57 modules, reliés entre eux par des liaisons de 300 mètres. Vue de dessus, la surface équivaut à celle de l’archipel du Frioul.
Le site n’a pas été choisi au hasard. L’archipel du Frioul le protège des houles du large, des courants changent de direction selon le mistral ou le vent d’Est, et un vaste herbier de posidonie borde la zone. Au-delà de 25 mètres, plusieurs indices montrent d’ailleurs qu’un herbier étendu s’y trouvait autrefois.
Les fonds avaient souffert, notamment des aménagements de plages artificielles qui en avaient détruit une partie.
Pourquoi immerger du béton plutôt que protéger
La ville visait un triple objectif : recréer un espace de production biologique, soutenir la pêche artisanale et relier les zones rocheuses voisines au site. Les premiers concernés sont les pêcheurs « petits métiers », touchés de plein fouet par la raréfaction du poisson. Le plan prévoyait une zone sanctuaire de 110 hectares, interdite à tout usage hors navigation de surface, et 110 hectares de pêche réglementée. Dix ans après les premières immersions, l’adjoint à la Mer Didier Réault jugeait les chiffres plus favorables que prévu en volume, en vitesse de colonisation et en diversité d’espèces.
Sur le site, la population de poissons a triplé en 6 ans.
Le chantier a coûté 6 millions d’euros, suivi scientifique inclus, dont 38 % financés par les fonds européens pour la pêche. Les documents de la ville retiennent un volume de 27 300 m³, un peu en dessous des 27 610 m³ de la fiche de référence, mais l’ordre de grandeur est le même. Ce volume équivaut à celui de toutes les autres concessions de récifs déjà immergées en France.
Pour situer l’échelle, le programme méditerranéen lancé dans les années 1980 avait immergé 51 957 m³ sur 21 sites. À lui seul, le Prado en pèse plus de la moitié.
De 1968 aux pneus de Floride : l’école de l’essai-erreur
Les premières expérimentations françaises datent de 1968, à Palavas-les-Flots, sur la côte méditerranéenne. Une société privée, la Compagnie Générale Transatlantique, en avait pris l’initiative avec des partenaires locaux. Elles reposaient sur des matériaux de rebut, comme des épaves de voitures ou des pneus, souvent mal adaptés, selon le dossier que Futura consacre au sujet. Depuis, seules une quarantaine d’expériences ont été menées dans le pays, souvent en Méditerranée, d’après l’encyclopédie en ligne Wikipédia.
La Floride a pris une autre voie : en 1972, 2 millions de pneus ont été immergés au large de Fort Lauderdale pour attirer les poissons. À Marseille, rien n’a été laissé à l’improvisation. Les récifs du Prado s’appuient sur plus de 20 ans de retour d’expérience des immersions réalisées sur le littoral français, et sur des années d’observations visuelles du comportement des poissons.
Une étude de géographie publiée dans la revue Norois découpe cette histoire en trois temps : expérimentation de 1968 à 1990, multiplication de 1990 à 2010, puis diversification depuis 2010. Elle recense plus de 49 sites en France métropolitaine. Le Prado se situe à la charnière de la deuxième et de la troisième période.
Le béton armé domine désormais : stable, durable, très rugueux.
Ce que racontent les relevés de plongée
Douze ans après l’immersion, une étude de suivi menée de 2019 à 2021 pour la ville a passé les structures en revue. Elle conclut que les récifs inspectés sont en bon état général et conservent leurs fonctions, à l’exception des filières hautes dont les mâts se sont affaissés. Les missions comprenaient le suivi des poissons, de la colonisation des récifs, de l’herbier de posidonies et des structures, tous réalisés en plongée.
L’opération avait déjà été récompensée en 2014 par le Grand Prix du Génie Écologique, dans la catégorie consacrée à la préservation des écosystèmes marins. Un colloque euroméditerranéen sur les récifs artificiels, organisé par la ville au Palais du Pharo, avait ensuite réuni les spécialistes en février 2013.
Un détail administratif nuance enfin les chiffres : par l’arrêté préfectoral n°35/2015, le périmètre de la concession a été modifié, et sa surface totale ramenée à 200 hectares. Les 220 hectares restent la référence dans de nombreuses fiches, mais c’est cette surface que le rapport de suivi 2019-2021 retient pour la concession.
Sources : shs.cairn.info | cget-tma.imfr.cgi.com


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