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En faisant exploser six bombes sous la même montagne entre 2006 et 2017, les Nord-Coréens ont littéralement réveillé des failles qui n’ont plus cessé de bouger depuis

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Un séisme, c’est une secousse brutale de l’écorce terrestre, généralement provoquée par le mouvement de failles géologiques. Mais que se passe-t-il quand ce ne sont pas les forces naturelles de la planète qui déclenchent ces tremblements, mais l’homme lui-même, à coups d’explosions nucléaires souterraines ? C’est toute la question que pose un site montagneux du nord-est de la Corée du Nord, resté silencieux en apparence depuis 2017, mais qui grondait en réalité sans discontinuer. Près de 1 400 séismes viennent d’être identifiés sous cette montagne, invisibles jusqu’ici pour les systèmes de surveillance classiques. Une découverte qui relance l’intérêt scientifique pour ce site emblématique, théâtre de six essais nucléaires entre 2006 et 2017.

À retenir

  • Des chercheurs ont identifié 1 399 séismes inconnus sous le mont Mantap en analysant dix-sept ans de données sismiques grâce à la technique de détection par filtrage adapté
  • Ces séismes font suite aux six essais nucléaires menés par la Corée du Nord entre 2006 et 2017 sur le site de Punggye-ri, dont le dernier a provoqué l’effondrement d’une cavité souterraine
  • Une sismicité tectonique s’est installée durablement environ vingt jours après le dernier essai et s’est intensifiée au fil des années, suggérant que les explosions ont réactivé des failles auparavant inactives

Sous le mont Mantap, six essais nucléaires ont réveillé une montagne entière

Sous le mont Mantap, six essais nucléaires ont réveillé une montagne entière Une carte indiquant l’emplacement des six essais nucléaires.
Crédit : © Fan et al., Science , 2026

Entre octobre 2006 et le 3 septembre 2017, la Corée du Nord a mené six essais nucléaires souterrains sous le mont Mantap, sur le site de Punggye-ri. Le dernier de ces essais, réalisé en septembre 2017, reste à ce jour le plus puissant jamais enregistré dans le pays : son énergie est estimée entre 100 et 250 kilotonnes, un signal comparable à celui d’un séisme de magnitude 6,3. Pour donner une idée de l’ampleur de cette explosion, il suffit de la comparer à la bombe larguée sur Hiroshima en 1945, dont la puissance avoisinait les 15 kilotonnes. Autrement dit, l’essai nord-coréen de 2017 aurait pu être jusqu’à dix-sept fois plus destructeur.

Ce n’est pourtant pas l’explosion elle-même qui a le plus intrigué les scientifiques, mais ce qui a suivi dans les années qui ont suivi. Car sous cette montagne isolée, un phénomène sismique bien plus long et bien plus discret allait se dérouler pendant près d’une décennie, sans que personne ne s’en aperçoive.

Une montagne qui s’affaisse sous ses propres explosions

Huit minutes et demie après l’explosion de septembre 2017, un second séisme, de magnitude 4,1 cette fois, a été enregistré au même endroit. Il ne s’agissait pas d’une réplique classique, mais de l’effondrement de la cavité souterraine creusée par la déflagration initiale. Sous l’effet du souffle, la montagne s’est littéralement affaissée sur elle-même, un phénomène confirmé par des images radar satellite qui ont capté ce tassement spectaculaire du relief.

On aurait pu penser que cet effondrement marquait la fin de l’histoire sismique du site, une sorte de point final géologique après des années de tests. C’était sans compter sur la réaction en chaîne que ces explosions répétées avaient enclenchée en profondeur.

Vingt jours de silence, puis la terre recommence à trembler

Contrairement à ce que l’on aurait pu attendre, l’activité sismique n’a pas diminué après cet effondrement initial. Environ vingt jours après le dernier essai nucléaire, une sismicité tectonique s’est installée durablement sous le mont Mantap. Loin de s’essouffler, cette agitation souterraine s’est même intensifiée au fil des années suivantes, comme si les explosions avaient réveillé quelque chose de bien plus profond et de bien plus durable que de simples secousses ponctuelles.

Ce comportement, à rebours des scénarios habituels observés après des essais nucléaires souterrains, a poussé des chercheurs à se pencher de plus près sur les enregistrements sismiques accumulés depuis des années dans la région, avec l’intuition que quelque chose leur avait échappé.

La technique qui a débusqué 1 399 séismes fantômes

Pour percer ce mystère, des chercheurs, parmi lesquels le sismologue Kwang-Hee Kim, de l’Université nationale de Pusan en Corée du Sud, ont analysé dix-sept années d’enregistrements sismiques, couvrant la période 2008 à 2025, à partir de stations installées en Chine et en Corée du Sud. Plutôt que de s’appuyer sur les méthodes de détection classiques, souvent trop peu sensibles pour repérer les secousses de faible intensité, l’équipe a eu recours à une technique appelée détection par filtrage adapté, ou matched-filter detection en anglais.

Le principe est simple à comprendre, même s’il repose sur un travail statistique minutieux : la technique compare les signaux sismiques enregistrés à des modèles de référence connus, permettant ainsi de repérer des tremblements de terre trop discrets pour être identifiés par la surveillance sismique traditionnelle. Résultat de ce travail de fourmi : 1 399 séismes jusqu’alors totalement inconnus ont été mis au jour sous le mont Mantap. Publiée dans la revue Science, cette étude suggère que les essais nucléaires ont réactivé des failles auparavant inactives, transformant durablement la structure géologique de la montagne.

Punggye-ri, démantelé mais toujours vivant sous terre

Punggye-ri, démantelé mais toujours vivant sous terre Graphiques illustrant l’augmentation de l’activité sismique dans la région au fil du temps.
Crédit : © Fan et al., Science , 2026

Officiellement, le site de Punggye-ri a été démantelé en mai 2018. Mais cette découverte de près de 1 400 séismes montre que la montagne, elle, n’a jamais vraiment cessé de vivre sous la surface. Les mécanismes précis expliquant cette intensification progressive de la sismicité sur plusieurs années restent encore à approfondir, et les chercheurs n’ont pas livré d’explication définitive sur ce point.

Ce que cette histoire révèle surtout, c’est à quel point l’activité humaine peut laisser une empreinte durable, presque invisible, sur la géologie d’un territoire. Sous des couches de roche que l’on croyait stables depuis toujours, les essais nucléaires ont visiblement rebattu les cartes des failles souterraines, créant une agitation qui a mis près d’une décennie à être révélée au grand jour.

Cette découverte rappelle qu’une montagne, aussi imposante et immuable qu’elle puisse paraître, garde en mémoire les chocs qu’on lui inflige, parfois pendant des années. Reste une question qui continue d’intriguer les spécialistes : combien de temps encore cette sismicité, née d’explosions vieilles de près d’une décennie, va-t-elle continuer de gronder sous le mont Mantap ?

Brice L.

Rédigé par Brice L.

Brice est un journaliste passionné de sciences. Il collabore avec Sciencepost depuis plus d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.

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