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En dilettante – «Kola», qui aurait dû faire la Coupe du monde

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Publié le 13 juin 2026 à 08:50. / Modifié le 13 juin 2026 à 08:53. 4 min. de lecture

En dilettante

Le sport est de plus en plus un spectacle que des professionnels exercent pour des spectateurs de moins en moins pratiquants. Cette chronique a pour but de réhabiliter la pratique en amateur, laquelle partage un socle commun avec le monde du professionnalisme, dont elle donne d’utiles et sages clés de lecture. Toutes les chroniques

A Genève, tout le monde le connaissait comme «Kola». Un phénomène! Un talent fou, une belle gueule, un charisme incroyable, et un mec adorable par-dessus le marché. Tous ceux qui l’ont connu disent les deux mêmes choses à son propos: «Je n’ai jamais joué avec un gardien aussi fort», et «Lui, il aurait pu aller vraiment loin…»

On en connaît tous, des doués qui auraient pu faire carrière, qui avaient le talent mais pas la volonté, ou pas la patience, ou encore qui n’ont pas eu de chance. Mais Kola, c’était autre chose. La classe internationale.

A l’entraînement, lui marquer un but dans les oppositions de fin de séance, avec des grandes cages et des espaces réduits, était déjà une performance. Il avait tout: la taille, l’envergure, la technique de mains et de pieds, la détente, un mélange d’audace et d’insouciance et une autorité dans sa surface qui ne se contestait pas. Parfois, pour s’amuser un peu, il décidait de garder son but «sans les mains» et faisait échouer nos tentatives de la cuisse, de la poitrine ou de la tête, en riant. C’était l’époque où le gardien (comme l’ailier gauche) était un peu fou, et lui avait ce truc à part. Feeling, lecture du jeu tout à l’intuition, zéro pression. Sa force était de jouer en équipe de Suisse comme il jouait dans son club de village.

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Car il avait joué en équipe de Suisse, en M21. Au moins une fois, en avril 1991, une défaite 0-2 contre la Roumanie à Fribourg. A l’époque, il était titulaire en Ligue nationale B à seulement 20 ans, ce qui représentait bien sept ou huit ans de moins que la moyenne des gardiens. Il avait débarqué de deuxième ligue six mois plus tôt. En LNB comme avec la Nati, cela n’avait pas duré en raison d'un problème de comportement. Rien de grave mais on est vite catalogué, et le milieu est petit. Kola n’était pas toujours très sérieux. Il était surtout un peu mystérieux, insaisissable: «un artiste», comme on dit dans le foot où ce n’est pas vraiment un compliment. Il était revenu dans le club de son village, avant de signer dans celui du mien. Un an après, on était champion de deuxième ligue.

J’ai repensé à Kola, qui est décédé à 50 ans en 2020, l’été du Covid, la semaine dernière en lisant une interview de Murat Yakin aux journaux de Tamedia. Le sélectionneur a raconté ses débuts difficiles avec l’équipe de Suisse, le fait qu’il a manqué la Coupe du monde 1994 parce qu’il était «resté trop longtemps au bar de l’Hôtel Dolder». Lui avait été sanctionné, d’autres pas, comme Ciriaco Sforza. En 1991, Kola aussi avait fait le mur avec Sforza. Lui avait été viré, l’autre pas. Je ne crois pas que c’était une question de favoritisme, plutôt que les entraîneurs se méfient des électrons libres et qu’ils sentent ceux qui sont trop sensibles, qui ne vont pas se battre pour revenir par la fenêtre si on les met à la porte.

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Avec nous, il semblait d’ailleurs n’avoir gardé aucune rancœur. Il jouait, s’amusait, travaillait à côté comme électricien. C’est un ancien de l’équipe, qui avait fait une belle carrière en LNB, qui s’était agacé de tant de gâchis. Il connaissait Christian Gross, qui entraînait la meilleure équipe du pays, Grasshopper. Avait placé Kola à GC pour un stage, à l’essai. Le stage avait été concluant, mais il n’était pas resté à Zurich. GC avait déjà un jeune gardien du même âge, qui commençait à jouer et à qui mettre un concurrent dans les pattes n’aurait pas eu de sens. C’était Pascal Zuberbühler, futur gardien de l’équipe de Suisse à la Coupe du monde 2006. Pour nous tous, Kola était bien meilleur que «Zubi».

Zuberbühler avait quelque chose que Kola n’avait pas – une structure, entre force mentale et ambition –, c’est évident. Sinon, il serait resté plus que six mois à Sion, où on lui avait offert un an de contrat comme doublure de Stefan Lehmann. De retour à Genève, la suite est une lente glissade. D’abord insouciante, parce qu’il avait toujours ce sourire et parce qu’il survolait ces ligues amateurs où son talent était presque indécent. Puis de plus en plus sombre, loin des terrains, gagné progressivement par un mal-être auquel il a choisi de mettre fin lors de cette période, perturbante pour tout le monde, de la pandémie.

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A son enterrement, nous étions peu de gens du football. Il avait été oublié, et puis c’était le cœur de l’été. La petite église était comme coupée en deux, entre ceux qui avaient connu l’homme, ou l’enfant, et ceux qui avaient connu le gardien, mais il manquait à tous une pièce du puzzle. On ne connaît jamais complètement les gens. A sa demande, j’avais envoyé un e-mail à sa sœur, avec quelques notes retraçant son parcours sportif. Elle les a lues à l’église. Si j’avais su, j’aurais écrit mieux. Je lui aurais dit qu’à Genève, tout le monde le connaissait comme «Kola». Un phénomène! Un talent fou, une belle gueule, un charisme incroyable... Et qu’il aurait dû jouer la Coupe du monde.

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