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"Quelle victoire ! Le Parlement européen décerne le Prix Sakharov 2026 aux juges de la Cour pénale internationale !", s'est réjouie l'eurodéputée socialiste française Chloé Ridel après l'annonce de cette décision jeudi midi, en plénière strasbourgeoise. Saluée par un hémicycle éclatant comme jamais en applaudissements, cette proclamation du lauréat 2026 du Prix de la liberté de pensée du Parlement européen n'a été boudée que par les élus d'extrême droite figés dans une réprobation ostentatoire.
Partagée sur les réseaux sociaux, la joie de Chloé Ridel était quant à elle d'autant plus légitime que la candidature de la Cour pénale internationale (CPI) a été déposée par cette eurodéputée soutenue par l'ensemble de son groupe. Pour la Française, cette victoire "est un message d'espoir et de résistance adressé [au président américain] Donald Trump". "Nous n'abandonnerons pas l'état de droit et la justice internationale. Nous resterons aux côtés de la CPI aussi longtemps qu'il le faudra".
Créée en 1998, la CPI, qui siège à La Haye, comme la Cour internationale de justice, est compétente pour juger le crime de génocide, les crimes contre l'humanité, les crimes de guerre et le crime d'agression (contre un État ou plusieurs États souverains). Cent vingt-cinq États, dont tous les pays de l'Union européenne, font partie du Statut de Rome, le traité qui fonde la Cour, mais la compétence de la CPI n'est pas reconnue par une septantaine d'autres, dont les États-Unis, la Chine et la Russie.
Le prix Sakharov décerné à la Cour pénale internationale à la Haye : "Un message de résistance envoyé à Donald Trump"Menaces américaines
"L'Union européenne repose sur le respect du multilatéralisme et des institutions internationales, et ce prix salue l'important travail accompli par la Cour pour faire respecter le droit et la justice à l'échelle internationale" a, pour sa part, déclaré la présidente du Parlement européen, Roberta Metsola.
Des mots sobres pour commenter un choix tout sauf anodin car, en distinguant la CPI, le Parlement européen fait un pied de nez européen à Donald Trump, féroce pourfendeur de cette juridiction basée à La Haye que son Administration promet d'ajouter sur la liste noire du Trésor américain d'ici à six mois. Une mesure qui, concrètement, empêcherait la CPI d'effectuer des transactions tant aux États-Unis qu'avec les banques et prestataires financiers avec lesquels elle travaille de par le monde. Une telle mesure pourrait, par exemple, l'empêcher de verser les salaires de son personnel.
Dans ce contexte, le Prix Sakharov conforte ceux qui, au Parlement européen, pressent la Commission européenne – pour l'heure frileuse – d'appliquer le statut de blocage, un mécanisme permettant d'empêcher les banques, assurances et entreprises européennes d'appliquer les sanctions américaines.
"Nous interdirons toute transaction avec ce tribunal voyou" : face à la menace des Etats-Unis qui plane sur la CPI, l'Union européenne hésiteUn vote serré
Rien n'était pourtant joué lorsque, jeudi matin, les chefs des groupes politiques du Parlement européen se sont réunis en Conférence de présidents pour élire leur lauréat parmi les trois candidatures sélectionnées par la Commission des libertés civiles.
Une coalition de gauche composée des socialistes et démocrates, des Verts et de la Gauche Unie, rejoints par les libéraux et centristes de Renew Europe, soutenait la candidature de la CPI.
Face à eux, à droite de l'échiquier, les groupes des conservateurs Parti populaire européen (PPE, formation la plus importante dans l'hémicycle), des Conservateurs et réformistes européens (ECR, droite et extrême droite) et de l'Europe des nations souveraines (ESN, extrême droite) s'étaient rassemblés autour de la candidature du leader de l'opposition tanzanienne Tundu Lissu. Aujourd'hui emprisonné et menacé de la peine capitale, celui-ci est déjà soutenu par deux résolutions adoptées par le Parlement européen.
Du côté de l'extrême droite, les Patriotes pour l'Europe défendaient la candidature de Taraneh et Romina Rahimi, deux sœurs iraniennes, elles aussi incarcérées, et pour l'une menacée de la peine capitale. Cette candidature qui a été éliminée au premier tour ne laissant que Tundu Lissu et la CPI en lice.
Le PPE aurait alors demandé à l'ECR de convaincre les Patriotes pour l'Europe de voter pour le militant tanzanien. Le groupe d'extrême droite a refusé et choisi l'abstention, ce qui a offert une courte majorité aux défenseurs de la CPI.
Les coups pleuvent sur la Cour pénale internationaleLa Cour, "pilier d'une paix durable"
Reste finalement un signal fort envoyé par le Parlement européen. Un signal de résistance à l'adresse des détracteurs de la CPI et un signal de soutien à cette juridiction internationale qui a rapidement publié un message de remerciement pour cette distinction intervenue à "un moment où la CPI et ses responsables font face à des défis sans précédent".
Le Prix Sakharov ne suffira pas à sauver la Cour mais il souligne qu'en Europe, il reste assez de défenseurs de la justice internationale pour que soit reconnu son rôle de "pilier d'une paix durable", selon les mots de la présidente de la Cour, Tomoko Akane.
La cérémonie de remise du Prix Sakharov se déroulera le 16 décembre au Parlement européen à Strasbourg. Tundu Lissu ainsi que Taraneh et Romina Rahimi y seront également honorés car, comme l'a dit Roberta Metsola ce jeudi, eux aussi sont désormais "membres de la famille du prix Sakharov".
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Décerné depuis 1988, le prix compte à son palmarès des personnalités ou des organisations tels Nelson Mandela, Taslima Nasrin, les mères argentines de la place de Mai ; les Nations unies, l'organisation citoyenne espagnole contre le terrorisme Basta Ya ! ; cinq représentants de pays sur lequel souffla le vent du printemps arabe ; l'opposant russe Alexandre Navalny. Plusieurs de ces récipiendaires ont ensuite été récompensés par le prix Nobel de la paix : la militante pakistanaise Malala Yousafzai, qui s'est dressée contre les talibans, le gynécologue congolais Denis Mukwege, l'ONG russe Memorial…
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