Entre 1985 et 2023, le delta du Nil a perdu 18,7 km² de terres le long de ses 240 km de côte, d’après une étude parue en 2025 dans GeoJournal. Cela représente environ 49 hectares par an, l’équivalent de 2 600 terrains de football repris par la Méditerranée en 38 ans. L’étude désigne un responsable : le haut barrage d’Assouan, qui a coupé l’apport de sédiments au delta.
À retenir
- Le delta du Nil a perdu 18,7 km² de terres entre 1985 et 2023
- 64 % de cette perte se concentre sur les promontoires de Rosette et Damiette
- Le haut barrage d’Assouan a réduit l’apport de sédiments à presque zéro
Sommaire
Une pointe qui recule sur les images satellite
Sur les images satellite de 1985 et de 2023 que compare l’étude, la ligne de côte ne se superpose plus. La perte ne se répartit pas de façon égale : 64 % se concentre sur les promontoires de Rosette, à l’ouest, et de Damiette, à l’est, soit près de 12 km². C’est là que les deux bras du Nil se jettent dans la Méditerranée.
À Rosette, jusqu’à 12,4 m de recul par an, la longueur d’un autobus.
Des travaux antérieurs, menés avant la pose d’ouvrages de protection, relevaient une retraite moyenne de 137,4 m par an sur ce même promontoire. Ces ouvrages existent : des rangées de barrières en béton, installées dans les années 1980 et 1990, bordent la côte là où le fleuve rencontre la mer. Elles freinent le recul sans l’arrêter, dans une ville située à 40 minutes de route d’Alexandrie. Un fort de 550 ans figure parmi les sites que l’érosion menace, rapportait The National en 2023.
Reste la projection : la même étude annonce 420 m de recul supplémentaire d’ici 2050, soit plus que la hauteur de la tour Eiffel. Sur les 18,7 km² perdus, environ 12 km² concernent les deux promontoires, et 6,7 km² le reste des 240 km de côte, à peu près la distance entre Paris et Lille.
Ce constat n’est pas isolé. Une analyse par télédétection sur la période 1974-2022 désigne Rosette, Damiette et le lac Manzala comme les zones les plus touchées, avec un trait de côte repoussé vers l’intérieur des terres. Autour de Damiette, une autre étude note que les zones aménagées ont doublé entre 1984 et 2018 : on construit pendant que la côte s’efface.
Ce que le barrage a arrêté
Le haut barrage d’Assouan poursuivait trois buts : réguler les crues, produire de l’électricité et offrir un réservoir à l’agriculture. Mettre fin aux crues qui noyaient les récoltes semblait une évidence dans un pays où tout dépend du fleuve. Mais le Nil charriait aussi son limon, cette boue noire et fertile qui se déposait sur les champs à chaque montée des eaux. Désormais, il s’arrête au lac Nasser.
Plus de 120 millions de tonnes de sédiments par an : c’était avant le barrage.
Selon une étude de l’Alexandria Engineering Journal relayée par The National, cet apport est tombé à presque zéro. Les agriculteurs du delta se tournent donc vers les engrais chimiques, achetés, pour remplacer ce que la crue déposait gratuitement. Sur la côte, la baisse des sédiments a accéléré l’érosion causée par l’avancée de l’eau de mer.
Le calcul est cruel : l’Égypte a gagné la maîtrise de l’eau et de l’électricité, et elle la paie en fertilité. Chaque campagne agricole réclame désormais des sacs d’engrais achetés, là où le fleuve livrait autrefois sa fumure sans facture, et le vide laissé par le limon se creuse aussi sur le littoral.
On aurait tort d’y lire une simple erreur d’ingénieurs. Les bénéfices sont réels, qu’il s’agisse de l’électricité, du réservoir ou des crues domptées. Le coût, lui, a été reporté sur un endroit que personne ne surveillait : 240 km de rivage.
Le sel, le béton et la mer qui revient
Le secteur de Rosette cumule une fragilité de plus : une partie notable de la zone se trouve sous le niveau de la mer et se retrouve périodiquement inondée en hiver. Les auteurs d’une étude par imagerie Landsat jugent qu’une petite hausse du niveau marin accélérerait l’érosion et pèserait sur tous les usages du sol. Sur ces terres basses, le sel peut remonter dans les parcelles. Une photographie d’archive de 2009 montre d’ailleurs un agriculteur de Rosette en train d’examiner le sel présent dans sa terre.
Le béton, lui, déplace le problème. Un mur construit à Rosette a protégé la ville d’un recul de 121 m par an, mais l’érosion s’est reportée à 3 km vers l’est, à 64 m par an ; cinq épis y ont ensuite ramené le rythme à 45 m par an.
En 2022, l’Alexandria Engineering Journal prévenait que, sans protection supplémentaire, le promontoire de Rosette reculerait plus vite encore. À la clé, la perte de certaines des terres les plus fertiles d’une Égypte très largement désertique. The National décrit le delta et la vallée du Nil comme le grenier du pays.
La terre que le barrage devait protéger des crues part à la mer.
Un barrage de 1964, des pertes mesurées jusqu’en 2023
Le haut barrage a été fermé en 1964, mais l’érosion des promontoires aurait commencé dès le début du XXe siècle, après la construction du premier barrage d’Assouan. Les 38 ans étudiés ne racontent donc qu’un chapitre. Autour de Damiette, l’érosion relevée dans une zone d’étude est passée de 8,961 km² entre 1984 et 2000 à 2,7046 km² entre 2000 et 2018. Sur la même zone, l’accrétion a atteint 1,8991 km² puis 2,4909 km² sur ces deux périodes.
Sources : researchgate.net | thenationalnews.com


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