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Il y a plus de 300 ans, de jeunes hommes venus d'Europe occidentale embarquaient pour l'Arctique, où ils chassaient la baleine boréale dans les eaux du Svalbard, un archipel norvégien situé à mi-chemin entre le nord de la Norvège et le pôle Nord. Ce travail était exténuant, souvent réalisé sous un vent incessant. Beaucoup n'en revenaient jamais: ils étaient enterrés sur place, vêtus de leurs vestes de laine et de leurs bonnets, dans des tombes peu profondes marquées par des monticules de pierres, rapporte le National Geographic.
Aujourd'hui, le permafrost qui gardait ces sépultures intactes commence à dégeler. «Ce qui est unique avec ces baleiniers, c'est qu'ils ne sont conservés nulle part ailleurs», explique Lise Loktu, chercheuse à l'Institut norvégien de recherche sur le patrimoine culturel. Dans une étude publiée ce printemps dans la revue PLOS One, elle détaille comment le changement climatique a détérioré ces vestiges au cours des quarante dernières années.
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Les premiers navires baleiniers anglais ont mis le cap sur Svalbard dès 1611, une période considérée comme la plus froide du Petit Âge glaciaire dans l'Atlantique Nord. La saison de chasse y était brève, mais éprouvante. Il s'agissait de chasser des baleines de 100 tonnes depuis de petites barques, au milieu des glaces, tout en affrontant les refroidissements et la malnutrition. Même la bière finissait par geler. «La mort était omniprésente», souligne Dagomar Degroot, historien de l'environnement à l'université de Georgetown, aux États-Unis.
Bienvenue à la Pointe des cadavres
Le site Likneset, ou la «Pointe des cadavres» comme l'ont surnommé les Norvégiens, comprend plus de 200 sépultures de l'époque. Il est situé sur une plaine côtière dans le Svalbard. Lise Loktu et une autre chercheuse ont examiné seize ensembles d'ossements exhumés de ce cimetière de glace entre les années 1980 et 2016, afin de comparer leur état de préservation.
Les squelettes analysés appartenaient à des hommes, la plupart âgés entre 20 et 34 ans au moment de leur décès. Beaucoup fumaient la pipe et la majorité présentait des marques de scorbut (une maladie causée par un manque de vitamine C pendant une longue période) ainsi que des signes de maladies articulaires dégénératives, sans doute liées à la difficulté de leur labeur. Une analyse isotopique de trois dépouilles a permis de retracer leurs origines: les Pays-Bas pour l'un, l'ouest de la Norvège pour les deux autres.
Les fouilles menées à la fin des années 1980 avaient déjà révélé des dégâts sur les corps, imputés à l'érosion. Le permafrost avait toutefois préservé de nombreux vêtements: des bonnets, des vestes, des bas tricotés et même des chemises en lin. Depuis, le réchauffement a déstabilisé le sol et fragilisé les sédiments, laissant l'eau et l'oxygène atteindre les tombes. En 2016, les fouilles ont révélé une forte dégradation des textiles. À l'inverse, des fouilles de 2019, réalisées plus haut sur la plage, ont mis au jour des squelettes conservant encore leurs cheveux, ainsi que des pantalons en laine et des bonnets bien préservés. «Le permafrost lui-même maintient la matière stable», précise Lise Loktu.
Le dégel du permafrost lié au changement climatique s'inscrit dans une tendance observée depuis des décennies dans tout l'Arctique, notamment au Groenland. «Le changement climatique accélère considérablement la destruction des sites archéologiques arctiques, confirme George Hambrecht, anthropologue à l'université du Maryland, aux États-Unis. Que faut-il préserver en priorité? C'est là que se situe le cœur du problème.»
Des sites longtemps considérés comme figés dans le temps «subissent aujourd'hui une transformation rapide et irréversible», écrivent les chercheurs. L'éloignement du Svalbard, les conditions climatiques extrêmes et la présence d'ours polaires rendent le travail de préservation du site coûteux et difficilement réalisable. Le tout, pour Lise Loktu, reste de poursuivre les fouilles avant qu'il ne soit trop tard et de préserver les artefacts pour les scientifiques de demain.





























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