Pour protéger les vignes et les vergers de la grêle, des bénévoles français déclenchent à la main des générateurs qui multiplient les grêlons. Chaque orage menaçant est donc ensemencé d’iodure d’argent pour produire plus de glace, avec un pari : des billes plus petites, qui fondent avant d’arriver au sol. L’Anelfa, l’Association nationale d’étude et de lutte contre les fléaux atmosphériques, mène cette opération depuis 1951 sur environ 66 000 km².
Plus de grêlons, donc, mais de bien plus petite taille.
À retenir
- 1170 générateurs d’iodure d’argent sont activés manuellement par des bénévoles lors d’orages menaçants sur 66 000 km²
- En multipliant les noyaux de congélation, la méthode fragmente l’eau en milliers de petits grêlons qui fondent avant d’atteindre le sol
- L’Anelfa revendique une efficacité de 40 à 60 % pour réduire les dégâts, financée par les professions agricoles elles-mêmes
Sommaire
Un réseau de bénévoles sur 12 % du territoire
L’Anelfa exploite 17 réseaux de générateurs au sol, concentrés surtout dans l’Ouest et le Sud-Est. Rapportés aux 551 000 km² de la France métropolitaine, les 66 000 km² couverts représentent environ 12 %, un calcul maison, mais qui donne l’échelle. Pour la campagne 2026, 1170 générateurs assurent la prévention grêle, tandis que 1513 grêlimètres caractérisent les chutes. Un réseau ne s’improvise pas : le minimum est de 15 générateurs espacés de 10 km environ.
Le déclenchement n’a rien d’automatique. Quand le risque est prévu, l’Anelfa envoie un message d’alerte pour demander aux opérateurs d’allumer et d’éteindre les générateurs. Le message vocal part quelques heures avant l’orage, sur la base des prévisions de Keraunos et en lien avec Météo-France.
Derrière chaque appareil, il y a donc un particulier, souvent un viticulteur ou un voisin, qui quitte son dîner pour aller allumer un brûleur. Deux à trois bénévoles par poste peuvent assurer la mise en route, ce qui évite de dépendre d’une seule personne un soir d’orage. Les orages de grêle frappent rarement à l’heure qui arrange tout le monde.
Une grêle destructrice naît de quelques gros grêlons qui se partagent l’eau surfondue d’un nuage d’orage. L’iodure d’argent a une structure cristalline proche de celle de la glace : des cristaux gelés peuvent se former sur ses particules. En injectant ces noyaux dans les courants ascendants, on multiplie les points de départ, et l’eau disponible se répartit entre bien plus de grêlons. Chacun reste petit, tombe plus lentement et a une chance de fondre, au moins en partie, avant de toucher une grappe ou un toit.
L’Anelfa avance une efficacité de 40 à 60 %.
Ce chiffre vient de l’association elle-même, qui s’appuie sur des grélimètres, des plaques de polystyrène que les impacts marquent. Elle y lit une réduction de 50 % de l’énergie cinétique des grêlons. La communauté scientifique reste partagée sur la portée réelle de la méthode, et rien n’oblige à trancher à sa place : il s’agit d’un résultat mesuré par ceux qui l’exploitent.
Ce que la grêle coûte, et qui paie les brûleurs
Selon l’Anelfa, la sinistralité grêle atteignait environ 780 millions d’euros en France en 2018, dont un tiers pour les cultures et les biens agricoles. Le reste concerne les bâtiments et les voitures, ce qui rappelle que la grêle ne se limite pas aux champs.
En Armagnac, les orages du 3 et du 19 juin 2022 ont touché un quart du vignoble, qui compte 20 000 ha. Sur cette surface, 2 100 ha ont été détruits à 75-100 %. Les chiffres figurent dans une question écrite adressée au Sénat le 7 juillet 2022. Pour un vigneron, quelques minutes d’orage ont suffi à supprimer une année entière de récolte.
Face à ce risque, les professions agricoles se financent elles-mêmes. En Lot-et-Garonne, le coût indicatif est de 100 000 € pour 50 diffuseurs, soit 2 000 € par appareil, pris en charge par la profession. Le département faisait partie des premiers à ouvrir la campagne 2026, dès le 25 mars, avec la Dordogne et Prévigrêle.
La saison des orages s’achève, mais la campagne de prévention s’étend d’avril à octobre : c’est le moment où les bénévoles rangent les brûleurs et où l’association dresse son bilan. Les cuves se vident, les relevés de température des cheminées sont dépouillés, et les plaques de polystyrène livrent leurs impacts de l’année.
Sources : lejma.fr | questions.assemblee-nationale.fr


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