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En 20 ans, les écoles ont délaissé les musées

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Le nombre d’élèves qui sont allés au musée avec leur école a baissé de 40 % entre 2003 et 2024. Même l’instauration de la mesure des sorties scolaires culturelles en 2019 n’a pas renversé cette longue tendance à la baisse. Et depuis 2015, le délaissement des musées par les écoles est encore plus marqué : il a été renforcé par les grèves des enseignants et la pandémie. Mais pourquoi nos écoles ne vont-elles plus au musée ?

Le Devoir a analysé les statistiques de fréquentation des institutions muséales compilées depuis 2003 par l’Institut de la statistique du Québec.

À cette époque, les visites scolaires représentaient environ 10 % de la fréquentation totale des musées. Elles se situent aujourd’hui autour de 6 %.

Le changement viendrait « des changements dans les habitudes de sorties culturelles des écoles », note l’Institut de la statistique dans ses faits saillants.

Un changement majeur. Car en 2003, on recensait près de 1,3 million d’entrées scolaires, sur une fréquentation totale de 12,4 millions de visiteurs.

En 2024, la dernière année entière faisant partie des données, 782 155 élèves étaient passés dans nos musées, pour 6 % de la fréquentation totale de 13,3 millions de visiteurs.

Le recul est encore plus important si l’on tient compte de l’évolution démographique.

La population étudiante québécoise est passée de 984 000 élèves en 2003 à plus de 1 million en 2024, selon Statistique Canada. Une augmentation de 3,6 %. La fréquentation scolaire des musées n’a pas progressé au même rythme, et elle a même diminué.

Les écoles buissonnières

« Les musées du Québec ont fait leur travail. Ils ont une offre pédagogique qui suit les programmes d’enseignement depuis des décennies », rappelle le directeur général de la Société des musées du Québec (SMQ), Stéphane Chagnon, qui n’arrive pas à expliquer cette baisse. « Et les entrées étudiantes restent abordables, autour de 8 $ ou 12 $. »

Cette baisse des visites étudiantes est « préoccupante pour les musées », confirme Yves Bergeron, de la Chaire de recherche de l’UQAM sur la gouvernance des musées et le droit de la culture.

Plusieurs facteurs se conjugueraient là. La diminution des budgets consacrés aux sorties scolaires, dont une part de plus en plus grande sert à payer le transport en autobus, serait un aspect important, selon le spécialiste et la SMQ.

Pour Yves Bergeron, « le développement de l’offre numérique des musées, qui permet un autre type de contact avec les collections et les expositions », tout en rendant les expériences possibles à distance, pourrait décourager les visites réelles.

S’ajoutent les contraintes financières des établissements scolaires, l’augmentation normale du coût des visites au musée et le contexte économique difficile. « Les organismes subventionnaires encouragent les musées à accroître leurs revenus autonomes », rappelle M. Bergeron. « Cette pression financière a inévitablement des répercussions sur l’accessibilité des activités éducatives et des visites scolaires », croit-il.

Une compétition avec les arts vivants ?

Les statistiques montrent la très grande incidence des grèves du zèle menées par les enseignants en 2015 et en 2016. En 2014, près de 1,04 million d’élèves ont visité les musées. Ils n’étaient que 843 000 en 2015 et 801 000 en 2016.

L’effet de la pandémie est tout aussi clair : 2020 marque une chute historique de l’achalandage dans les musées.

« Ce qui est surtout inquiétant, c’est que la fréquentation scolaire n’a pas retrouvé son niveau antérieur après la pandémie, indique Yves Bergeron, contrairement à plusieurs autres catégories de visiteurs, dont la fréquentation est repartie à la hausse. »

La surprise ? Le texte législatif sur les sorties scolaires culturelles n’a pas eu d’effet positif sur les musées. En 2018 et en 2019, juste avant son application, la fréquentation scolaire des musées oscillait entre 900 000 et 965 000 élèves.

En 2023, quand les effets de la pandémie se sont dilués, les musées ont accueilli 750 000 élèves. Et ils en ont reçu 782 000 en 2024. C’est toujours beaucoup moins que le 1,3 million de 2003.

Le directeur général du Musée de la Gaspésie, Martin Roussy, souffle une idée. « Les musées ont une longue histoire de médiation culturelle. Ils étaient traditionnellement un bon choix de sortie scolaire. […] On peut penser que la mesure des sorties scolaires culturelles du Québec a permis de développer la sortie vers des arts moins favorisés historiquement, comme les arts vivants, en créant un genre de compétition… » soulève-t-il.

Effectivement. Les données du Conseil des arts et des lettres du Québec montrent, pour les arts de la scène seulement, une progression de 206 % du nombre d’élèves avec l’arrivée de la mesure. Un total de 180 000 élèves sont allés en spectacle scolaire en 2017-2018. Ils étaient près de 555 000 en 2024-2025.

« … alors les jeunes fréquenteraient avec l’école davantage de types d’art, et c’est ce qui serait défavorable aux musées », poursuit Martin Roussy.

Dans ce contexte, la SMQ est très inquiète des changements apportés par la ministre Sonia LeBel. En réduisant le nombre de mesures du ministère de l’Éducation, ils « diluent dans un grand tout la mesure des sorties scolaires culturelles, et mettent ses budgets en péril, avec un grand risque d’impact sur les musées ».

La SMQ prône le rapatriement de cette mesure au ministère de la Culture. « Il faut que ce soit géré en misant sur l’exception culturelle et sur la nécessité d’augmenter la découvrabilité de la culture chez les jeunes. »

« Les musées ont une offre toute prête pour le scolaire. Ce ne sont pas les élèves qui choisissent où ils sortent. Il y a une réflexion à avoir sur ce qu’on veut faire avec les sorties scolaires. » Est-ce une réflexion qui peut se passer des acteurs de la culture ?

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