La venue de l’empereur d’Ethiopie à Genève durant l’été 1936 s’effectue dans des conditions particulièrement éprouvantes. Pour le négus, son recours à la Société des Nations est l’appel d’un pays trahi et vaincu, dont la souveraineté et l’intégrité étaient garanties aux membres de la Société des Nations. Il pouvait escompter la «solidarité collective» à laquelle les Etats membres s’étaient engagés en devenant membres de la SdN.
Or, l’Italie fasciste a lancé dès 1934 des initiatives pour étendre son emprise sur l’Empire d’Abyssinie. Installée depuis la fin du XIXe siècle, dans la Corne de l’Afrique, en Erythrée et en Somalie, Rome avait tenté à l’époque de prendre possession de l’Ethiopie, par la diplomatie d’abord, puis par la force. Mais à la surprise générale de l’Europe impérialiste, l’armée italienne fut battue: ce fut le «désastre d’Adoua» en mars 1896. L’Italie dut se résigner à se retirer de ce vaste Empire; pour une puissance européenne en pleine ambition coloniale, ce fut un affront que tôt ou tard les dirigeants italiens espéraient effacer. C’est ce que Mussolini décida d’entreprendre dans le but de rallier le peuple italien à son projet ambitieux d’un grand empire colonial italien.


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