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En 1826, une inondation historique a ruiné la colonie de la rivière Rouge

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Le calme pluvieux du 5 mai 1826, il y a 200 ans, dans la colonie naissante de la rivière Rouge, fut rompu par le fracas des blocs de glace qui se soulevaient, se fendaient et s'entrechoquaient, entraînant la plus vaste inondation de l'histoire du Manitoba.

Une puissante vague d’eau a alors poussé les colons à se précipiter hors de leurs maisons en bois pour se réfugier sur des terrains plus élevés.

À perte de vue, la terre était recouverte d’eau emportant à sa surface les décombres de toute une colonie, écrivait le pionnier John Pritchard le 2 août 1826, quelques mois seulement après le début de l’inondation.

Cette inondation fut la plus importante de l’histoire connue de l’ensemble du bassin versant de la rivière Rouge, qui s’étend sur l’est du Dakota du Nord, le nord-ouest du Minnesota et le sud du Manitoba, a déclaré Scott Stephen, historien de parcs Canada à CBC.

L’un des aspects marquants était la force et la fureur de l’événement. C’est tout simplement terrifiant à lire. On dirait une histoire d’horreur.

Quelques 47 maisons, ainsi que des granges et des écuries, ont été emportées en aval en moins d’une demi-heure, selon le témoin oculaire Francis Heron, un commis de la Compagnie de la Baie d’Hudson qui a détaillé la destruction dans un journal de poste, tenu par les employés de la Compagnie de la Baie d’Hudson dans les postes de traite à travers l’Amérique du Nord.

L'inondation a gravement endommagé le fort Garry d'origine, construit en bois sur les rives de la rivière Rouge, ainsi que les bâtiments qu'il abritait. Le fort Douglas, situé le long de l'actuelle promenade Waterfront, a été réduit en ruines.

Dans son journal, le révérend David Thomas Jones, aumônier de la Compagnie de la Baie d’Hudson, a consigné les graves dégâts subis par l’Église anglicane St Paul’s, qui avait été construite quelques mois plus tôt au nord de la colonie, à l’emplacement de l’actuel Middlechurch.

Le courant a emporté les vitres, brisé les bancs, balayé la chaire et arraché le crépi des murs.

La glace de la rivière Assiniboine a cédé deux jours plus tard, provoquant une nouvelle vague qui a rendu le spectacle aussi destructeur qu’impressionnant, a écrit Heron, employé de la Compagnie de la Baie d’Hudson, dans son journal.

La couverture et une page intérieure écrite en manuscrite du « Fort Garry Journal » de Francis Heron, datant de 1825-1826.

La couverture et une page intérieure du « Fort Garry Journal » de Francis Heron, datant de 1825-1826. Seules trois églises et un moulin à farine ont survécu dans cette colonie naissante, fondée en 1812. Divers récits historiques indiquent que 13 personnes ont péri, bien que certains parlent d'une seule victime et d'autres de cinq.

Photo : Archives de la Compagnie de la Baie d'Hudson / Archives du Manitoba

Des colons à bord de bateaux ont secouru d’autres personnes blotties sur les toits avant que les bâtiments ne s’effondrent et ne soient emportés par les flots. Des employés de la Compagnie de la Baie d’Hudson, à bord d’autres bateaux, ont repêché les corps des victimes de ces tombes aquatiques, a-t-il écrit.

Le débit de pointe de l'inondation a été estimé à environ 6371 mètres cubes par seconde (225 000 pieds cubes par seconde) et a atteint près de 11 mètres (37 pieds) au-dessus des niveaux normaux le 22 mai 1826.

Un automne pluvieux et un hiver rigoureux ont préparé le terrain

Avant même que l'hiver ne s'installe, le sol était saturé d'eau à la suite d'un automne exceptionnellement pluvieux.

Les conditions météorologiques ont poussé les troupeaux de bisons plus au sud, hors de portée. De nombreux chasseurs se sont retrouvés piégés, coupés de leurs camps. On estime que 33 d'entre eux sont morts de froid ou d'épuisement, écrit Alexander Ross dans son ouvrage de 1856 intitulé The Red River Settlement : Its Rise, Progress, and Present State.

Une série de tempêtes de neige intenses et persistantes s'est abattue sur la colonie tout au long de l'hiver, et certains colons ont dû recourir à la consommation de chevaux et de chiens pour survivre, selon Alexander Ross, pionnier qui devint plus tard shérif et historien de facto de la région de la rivière Rouge.

 2011, 2009, 1997, 1979, 1950, 1948, 1852 et 1826. Les cartes permettent de comparer visuellement l'ampleur variable des crues au fil des siècles, la crue de 1826 apparaissant comme la plus vaste et celle de 1948 comme la plus limitée.

L'évolution historique des crues majeures du sud de la vallée de la rivière Rouge, entre Emerson et Winnipeg, allant de 1826 à 2011.

Photo : Radio-Canada

Les gens ont commencé à regagner leurs terres à la mi-juin pour reconstruire leur vie. Mais ce n’est que le 2 juillet que l’eau s’est retirée jusqu’aux berges.

Au total, environ 250 des 2000 colons sont partis.

Ceux qui sont partis ont libéré des terres qui ont contribué à changer à jamais le visage de la colonie.

Scott Stephen à La Fourche, le confluent historique et géographique où la rivière Rouge rencontre la rivière Assiniboine.

Scott Stephen, historien à Parcs Canada, estime que, même si une nouvelle inondation n’est « qu’une question de temps », Winnipeg est bien mieux préparée qu’en 1826.

Photo : Radio-Canada / Darren Bernhardt

Des familles métisses se sont installées sur les terrains riverains vacants de Saint-Boniface et de Saint-Vital et en l’espace de quelques années seulement après l’inondation, on a vraiment commencé à voir la démographie de la rivière Rouge passer de quelques populations européennes différentes, à une population de plus en plus métisse, selon l’historien Scott Stephen.

La Compagnie de la Baie d'Hudson a également changé d'emplacement. Elle a construit un fort en pierre, le Lower Fort Garry, en aval, sur un terrain plus sec, près de l'actuelle ville de Selkirk.

Mais cette décision s'est finalement avérée impopulaire, car le site était trop éloigné de La Fourche, qui avait été pendant des milliers d'années un lieu de rassemblement.

C'est ainsi qu'en 1835, la Compagnie de la Baie d'Hudson a reconstruit ses installations à la colonie de la rivière Rouge, mais plus loin de la rive et avec des murs de pierre de 4,5 m de haut.

Avec des information de Darren Bernhardt

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