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Emmanuel Macron évoque un « faible consensus » sur les rythmes scolaires, mais de quoi parle-t-il ?

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Interrogé sur le mouvement lycéen, Emmanuel Macron est revenu sur l’épineuse question des rythmes scolaires, et les tensions qu’elle suscite.

« J’avais souhaité une Convention citoyenne sur ce sujet des rythmes scolaires. On sait les difficultés que ça soulève. J’ai pu noter aussi le faible consensus qu’il y avait », a déclaré Emmanuel Macron.

NICOLAS GUYONNET / Hans Lucas via AFP

« J’avais souhaité une Convention citoyenne sur ce sujet des rythmes scolaires. On sait les difficultés que ça soulève. J’ai pu noter aussi le faible consensus qu’il y avait », a déclaré Emmanuel Macron.

Une prise de parole attendue. Près de trois semaines après les premiers blocus d’établissements du secondaire, et à la veille d’une nouvelle journée de mobilisation nationale des lycéens, Emmanuel Macron s’est enfin exprimé publiquement sur le mouvement lycéen.

Interrogé en marge de sa visite au Salon de l’Automobile, le chef de l’État a assuré ce lundi 12 octobre que « les choses avancent » pour répondre aux revendications des lycéens. « Je pense que la plateforme qui a été mise en place et les discussions qui doivent se structurer dans chaque lycée sont importantes », a déclaré Emmanuel Macron devant les journalistes, assurant « souhaiter » la poursuite du dialogue même si points de crispation persistent.

À commencer celui de « l’aménagement des horaires » et les problèmes d’emploi du temps, qui arrivent largement en tête des contributions à la plateforme de concertation lancée par le gouvernement à l’adresse des lycéens. Ce qui n’ignore pas Emmanuel Macron. « J’avais souhaité une Convention citoyenne sur ce sujet des rythmes scolaires. On sait les difficultés que ça soulève. J’ai pu noter aussi le faible consensus qu’il y avait », a assuré le président, même s’« il faut à coup sûr remettre cette question sur la table ».

Une meilleure prise en compte du rythme des ados

Mais quels sont ces consensus ? L’an dernier, les 133 membres de la Convention citoyenne sur les temps de l’enfant avaient accouché d’un rapport mettant en lumière une « fragmentation » de la vie des enfants, profondément inadaptée à leurs besoins biologiques et cognitifs car construite « autour des contraintes des adultes ».

Au terme de plusieurs sessions de travail, dont certaines composées de 20 jeunes, la Convention avait émis des propositions restructurant totalement les rythmes scolaires. Parmi elles, un début des cours à 9 heures au collège et au lycée pour « améliorer la santé physique et mentale des adolescents en réduisant la fatigue et le stress », des après-midi consacrés aux apprentissages pratiques, une réduction des cours à 45 minutes effectives dans le secondaire pour prévenir une baisse de la concentration.

La Convention prévoyait aussi un retour à une semaine d’enseignements sur 5 jours et, surtout, une révision du calendrier scolaire, qui passerait de trois à deux zones. En revanche, pas de grand chambardement des vacances scolaires : comme aujourd’hui, elles continueraient à respecter « un rythme plus équilibré de 7 semaines de cours pour 2 semaines de repos ».

La crainte d’une « École au rabais »

Sur le papier, ces propositions axées sur les besoins physiologiques des adolescents avaient tout pour plaire, puisque censées permettre de « construire une école qui permette à tous de s’épanouir, de mieux apprendre et de réduire les inégalités », assure la Convention.

Dans les faits pourtant, cette réforme systémique des rythmes de vie des enfants suscite un forte blocage social. En particulier de la part des professeurs, qui estiment que ces propositions risquent au contraire d’aggraver les inégalités. « Mises bout à bout, les propositions de la Convention mèneraient à une impasse organisationnelle », estime ainsi le SNES-FSU, principal syndicat enseignant dans le second degré, qui ajoute même que les propositions des citoyennes dessineraient « une École au rabais » pour les élèves qui en feraient les frais.

Le SNALC (Syndicat national des lycées, collèges, écoles et du supérieur) quant à lui, refuse l’organisation d’une semaine sur cinq jours, ainsi que toute modification des vacances scolaires, qui risquerait d’accroître la fatigue des enfants. « Il est inconcevable et inadmissible que les conclusions d’une consultation impliquant 133 citoyens, tirés au sort, donc forcément non-spécialistes de l’enseignement scolaire, puissent prévaloir sur l’expérience, l’expertise et le vécu de plus de 300 000 professeurs des écoles », taclent-ils.

Opposition des acteurs du tourisme

Si la réforme des rythmes scolaires est si clivante, c’est aussi qu’elle aurait des répercussions au-delà du monde enseignant, en affectant les rythmes de travail des parents ainsi que l’industrie du tourisme, vent debout contre un possible raccourcissement des vacances scolaires, ou même à une révision du calendrier en deux zones.

« Toute réduction de la durée des vacances entraînerait une concentration des départs sur une période plus restreinte, et donc une hausse des prix, des phénomènes de congestion accrus dans les transports », assurait en juin 2025 auprès du Monde Laurent Barthelemy, de l’Union des métiers de l’hôtellerie et de la restauration.

Un avis partagé par la Confédération des acteurs du tourisme (CAT), pour qui l’actuel étalement des vacances de février et de Pâques sur quatre semaines est « en phase avec la nécessité d’une meilleure gestion des flux touristiques et des déplacements ».

Les professionnels du tourisme font aussi valoir un risque pour l’emploi saisonnier. « Diminuer la durée des vacances aurait des impacts délétères sur les salariés », estime Anne Marty, présidente de Domaines skiables de France (DSF), interrogée par Libération.

Les collectivités dans le flou

Reste un dernier acteur majeur à temporiser au sujet de cette refonte en profondeur des rythmes scolaires : les collectivités territoriales. Échaudées par la réforme Peillon de 2013, qui établissait un retour à la semaine de quatre jours et demi dans le primaire, nombreuses sont encore les municipalités à redouter les effets d’une nouvelle révision du calendrier scolaire. Ils craignent notamment que le passage la semaine d’enseignements sur 5 jours, avec des après-midi dédiés aux enseignements pratiques, impose aux mairies d’organiser et de financer le temps périscolaire. Ce qui peut être vecteur d’inégalités territoriales.

Mais l’Association des maires de France (AMF) ne ferme pas totalement la porte à ces propositions. « L’idée est de prendre le temps pour voir comment on peut se saisir intelligemment de leurs propositions », expliquait en décembre dernier au Monde le coprésident de la commission éducation de l’AMF, Frédéric Leturque. « Il ne faut rien imposer soudainement, et travailler à partir d’études d’impact », ajoutait-il.

Reste désormais à savoir si ce sont ces acteurs ou les lycéens qui auront le dernier mot sur la question des rythmes scolaires. Ce qui est sûr c’est que le dossier ne sera pas réglé pas ce gouvernement et que le dossier arrivera en têtes des priorités du futur ministre de l’Éducation nationale.

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