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Politique 18/10/2026 22:14 Actualisé le 18/10/2026 22:18
Le président de la République a prononcé une allocution au lendemain des violences qui ont secoué le pays. Le ton était grave mais sans rien de concret.

LUDOVIC MARIN / AFP
Emmanuel Macron a présidé une réunion de crise dimanche 18 octobre avant de faire une allocution à 20 heures.
EN BREF • Dans une allocution diffusée à 20h, Emmanuel Macron a exprimé sa colère au lendemain des violences qui ont émaillé le 17 octobre.
• Le chef de l’Etat n’a fait aucune annonce concrète pour apaiser la situation, se contentant de charger Sébastien Lecornu de mener des consultations.
• Les réactions politiques sont très critiques, jugeant l’allocution vide de véritables annonces
Merci d’arrêter. Emmanuel Macron a pris la parole ce dimanche 18 octobre, au lendemain des violences et des pillages massifs survenus en marge des manifestations contre la vie chère. S’exprimant lors d’une allocution solennelle retransmise à 20 heures à la télévision et sur les réseaux sociaux (là où des scènes de violences continuaient d’être diffusées simultanément), le président de la République a dit sa « colère » et sa « honte » face aux innombrables scènes de chaos, qui se retrouvent à la une de la presse internationale.
Le bilan est lourd. Environ 1000 policiers et gendarmes ont été blessés, comme des manifestants, dont certains gravement. L’Hôtel de Ville de Limoges a été détruit par les flammes, les mairies de Marseille ou Lille ont été en partie saccagés par les casseurs, tandis que de centaines de boutiques étaient pillées à travers le territoire.
« Qu’ont-ils dans la tête ? Comment des Français peuvent-ils faire cela à la France ? », s’est interrogé le chef de l’État ce dimanche soir, en ciblant « des factieux issus de groupuscules d’ultragauche » rejoints par des milliers de « délinquants. »
Voilà pour le constat. Mais s’il a promis une grande fermeté à l’encontre des individus impliqués, et la transparence sur la stratégie policière largement critiquée ce dimanche, force est de constater qu’Emmanuel Macron aussi solennel et grave qu’il ait pu apparaître n’avait pas grand-chose à annoncer pour apaiser les colères.
Lecornu va devoir consulter à tout-va
Rien ou si peu, tant sur le plan social, que sécuritaire. Ceux qui dans la classe politique demandaient l’instauration de l’état d’urgence, à l’image du candidat des Républicains à la présidentielle Bruno Retailleau, seront effectivement déçus de l’exercice. Pour ramener l’ordre, le président de la République s’est borné indiquer que les préfets pourront prendre « des décisions pour protéger nos villes, nos bâtiments publics et nos commerces », sans autres détails que les habituelles interdictions de « rassemblement », par ailleurs régulièrement dénoncées et annulées par la justice.
Pour le reste : des appels à la responsabilité, et plusieurs missions laissées à Sébastien Lecornu. Emmanuel Macron, qui doit s’envoler lundi pour le Koweït et une tournée au Moyen Orient, a effectivement chargé son Premier ministre, incapable d’anticiper la crise, puis de la juguler, d’organiser nombreuses consultations. Celui-ci doit réunir les partis politiques, mais également les syndicats ou les représentants des collectivités et des parlementaires.
Le but de ces discussions ? « Entendre la colère et agir sur ses causes », selon les mots du chef de l’État, qui a appelé ces acteurs à « travailler dès cette semaine avec le gouvernement à des propositions concrètes » pour « construire ensemble des solutions » à l’éruption d’une partie de la société. « Nous ne pouvons demander à notre jeunesse de croire en l’avenir sans lui donner la possibilité de construire les réponses et d’être autour de la table », a déclaré Emmanuel Macron, sans rien de plus tangible. À ceci près que ce retour au dialogue vise un autre objectif.
Sébastien Lecornu est effectivement chargé d’obtenir des partis politiques et des organisations syndicales (avant tout) des « positions claires et publiques » sur les exactions qui secouent le pays. « Chacun doit prendre ses responsabilités, le pays à besoin d’ordre, d’apaisement et pas d’une escalade », a encore lancé Emmanuel Macron, en pointant du doigt « ceux qui expliquent que l’urgence est de créer le désordre ».
Allocution « irresponsable » pour Bompard
Sept minutes et un message susceptible de calmer les esprits ? Pas dans la classe politique, en tout cas, en témoignent les nombreuses réactions à cette allocution présidentielle vide de véritables annonces. À gauche, la candidate écologiste se dit Marine Tondelier se dit sur les réseaux sociaux « en colère » contre la « mise en scène d’Emmanuel Macron » qui « convoque » les partis à Matignon « comme des enfants au tableau. »
Sur LCI, le coordinateur de la France insoumise Manuel Bompard a évoqué un « sentiment de gâchis » après la journée du 17 octobre et la réponse du chef de l’État. « Quand j’entends le président de la République prendre la parole pour ne rien annoncer, strictement rien » sur les revendications sociales, « c’est absolument irresponsable », a-t-il dénoncé. Un constat partagé par la secrétaire générale du Snes-FSU, Sophie Vénétitay, selon laquelle Emmanuel Macron n’a « rien avancé de concret » pour l’Éducation, ce qui « à ce stade de la crise lycéenne, et plus généralement démocratique, c’est irresponsable et dangereux. »
De l’autre côté de l’échiquier politique, les dirigeants de droite et d’extrême droite sont tout aussi critiques. Le président du Rassemblement national Jordan Bardella fustige par exemple une allocution « lamentable » et un « pouvoir lâche et désorienté » face aux casseurs. En résumé, si le chef de l’État cherchait la concorde nationale, l’opération a raté sa cible. Mais pouvait-il en être autrement pour un président sans marge de manœuvre, et encore bousculé par la rue, sept mois avant son départ de l’Élysée ?


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