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À bientôt 88 ans, Jean-Pierre Bomy fait revivre l’histoire oubliée de son petit village de la Somme

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Des envies d’indépendance au XIXe siècle à l’arrivée du train, en passant par les grandes heures du château ou de la tourbe, l’historien amateur raconte Vieulaines dans un livre.

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 le retraité a consacré un livre à l'histoire du village.

Jean-Pierre Bomy devant la maison de sa famille à Vieulaines : le retraité a consacré un livre à l’histoire du village. ©Olivier BACQUET

Par Olivier Bacquet Publié le 25 oct. 2026 à 17h10

Qui mieux que Jean-Pierre Bomy pour raconter l’histoire de Vieulaines, ce hameau jadis indépendant, rattaché depuis la Révolution à Fontaine-sur-Somme (Somme) ?
À bientôt 88 ans, l’homme connaît le village comme personne : le village tel qu’il est aujourd’hui, mais aussi tel qu’il a évolué ces dernières décennies.
Il vient d’ailleurs de consacrer un livre à son histoire, Vieulaines : pour mémoire, édité avec l’Association de sauvegarde de l’église de Vieulaines (ASEV). Dans cet ouvrage, Jean-Pierre Bomy rassemble des années de recherches dans les archives de la commune et du département.

Il y est question du château, de la tourbe, de l’arrivée du train, mais aussi des tentatives des habitants pour retrouver leur indépendance après leur rattachement à Fontaine à la Révolution (lire l’encadré). Autant de pans d’histoire locale qu’il raconte avec beaucoup de détails et de passion.

Extraits : quand Vieulaines réclamait son indépendance

« L'événement politique local majeur du XIXe siècle fut incontestablement la démarche entreprise par les propriétaires et habitants du village afin que celui-ci recouvre son indépendance.
Le feu devait couver sous la tourbe, mais c'est le 10 mai 1835 qu'une pétition signée par 27 habitants est envoyée à la préfecture, demandant à former une commune indépendante.
Les pétitionnaires estiment que depuis la fusion de 1791, malgré ses ressources propres, essentiellement tirées du marais communal, Vieulaines est toujours restée pauvre et pour ainsi dire asservie, parce que, pour dire simplement, Fontaine a tiré la couverture à lui.
[...]
En juin 1836, le ministre refuse la demande : « Il était impossible de proposer au Roi de former une commune nouvelle dans une localité qui n'a que 150 habitants, nombre insuffisant pour qu'on puisse trouver dans une si faible population des éléments pour une administration municipale. »
[...]
En 1863, Fulgence Pierru, cultivateur, regrette que « la séparation n'ait pas été prononcée en 1836 ».
Le maire Colart lui-même finit par déclarer : « Le conseil verrait avec la plus grande satisfaction qu'une prochaine séparation eût lieu. En nous séparant de Vieulaines, que recueillerons-nous ? De l'entente et du profit ! »

Un voyage dans le temps au fond de l’impasse

Pour en parler, le rendez-vous est donné dans la maison de famille, une belle longère où vivaient ses grands-parents, et où il est toujours venu passer ses week-ends et ses vacances, partageant son temps entre la campagne et Amiens.

Le lieu semble d’ailleurs nous proposer un voyage dans le passé. Pour accéder à cette maison, il faut emprunter une petite rue que l’on pourrait facilement ne pas remarquer. Une rue qui ne mène qu’à un large chemin d’herbe, lequel conduisait autrefois à une ferme dont il ne reste aujourd’hui que quelques pans de murs.

 le retraité a consacré un livre à l'histoire du village.

Jean-Pierre Bomy devant la maison de sa famille à Vieulaines : le retraité a consacré un livre à l’histoire du village. ©Olivier BACQUET

Cette allée a longtemps porté le nom de « rue du Cul de Sac », avant d’être rebaptisée « Voyeul Jacques Pierru », du nom de celui qui avait bâti cette ferme, en 1835. « C’est en tout cas ce qui est inscrit sur une poutre encore visible : Je fus bâtie par Jacques Pierru, 1835 », précise Jean-Pierre Bomy.

En 1801, une quinzaine de personnes habitaient dans ce « lotissement », cette partie de Vieulaines située en contrebas de son église, récemment restaurée. Aujourd’hui, le chemin n’est plus guère emprunté que pour se rendre chez Jean-Pierre Bomy.

Une maison qui appartient à l’histoire

Sa longère pleine de charme semble ne faire qu’un avec la végétation. Là, rien ne dit avec évidence que nous sommes en 2026, et non quelques décennies plus tôt, voire quelques siècles.

Rien, si ce n’est la voie ferrée qui longe le terrain, comme elle coupe quelques dizaines de mètres plus tôt l’ancien parc du château voisin. Mais c’est une autre histoire. Encore que…

Car le train, comme le château, fait partie de cette histoire de Vieulaines que Jean-Pierre Bomy a entrepris de préserver. Pourtant, son livre ne parle presque pas de lui.

J’aurais pu raconter mes souvenirs, mais ça n’aurait intéressé personne.

La mémoire d’un village, pas la sienne

La famille de Jean-Pierre Bomy est intimement liée à Vieulaines. Sa grand-mère et son arrière-grand-mère ont été garde-barrières au passage à niveau situé près de l’église. Son grand-père travaillait pour la SNCF, comme cantonnier sur la ligne du Nord.

Son père, lui, était instituteur. Jean-Pierre Bomy a suivi une autre voie, en devenant conseiller d’orientation, mais il n’a jamais perdu le lien avec le village de ses racines. Il y revenait régulièrement, le week-end ou pendant les vacances.

Passionné par l’histoire locale

À la retraite, il s’est mis à consacrer davantage de temps à l’histoire locale.

Autrefois, j’aimais voyager. Aujourd’hui, je voyage dans l’histoire.

Une passion qui l’a conduit à fouiller les archives et à s’intéresser particulièrement au XIXe siècle.

Il s’était d’ailleurs inscrit sur les listes électorales de Vieulaines, « pour montrer que j’étais des leurs ». Il a également rejoint le syndicat d’initiative du village, dont il est devenu président.

Au fil des années, il a écrit des dizaines de petits articles historiques, longs d’une ou deux pages, pour le bulletin local. Une publication qui a cessé de paraître en 2022, après près de 200 numéros.

Transmettre avant que les souvenirs ne s’effacent

Mais comment transmettre toutes ces recherches ? Au début de la décennie, après le décès de sa mère, Jean-Pierre Bomy a pris conscience qu’une partie de ce qu’il avait rassemblé risquait de disparaître avec lui.

Il a alors rédigé un premier livret destiné à ses enfants. Une manière d’assurer la pérennité de son travail d’historien amateur. Puis les recherches ont continué, les documents se sont accumulés, et le projet a pris de l’ampleur.

Le livre publié aujourd’hui avec l’Association de sauvegarde de l’église de Vieulaines (ASEV) est le résultat de ces années de travail.

C’est un patchwork de tout ce que j’ai trouvé.

La tourbe, le château et le train : les grandes heures de Vieulaines

Parmi les sujets abordés, il y a bien sûr la tourbe, qui a fait la fortune du village. Mais Jean-Pierre Bomy estime que les responsables locaux n’ont pas toujours su tirer parti de cette richesse, contrairement à ceux de Long, où l’argent de la tourbe a permis de transformer le village.

À ses yeux, ce manque d’ambition pourrait aussi expliquer pourquoi Vieulaines a dû attendre vingt-cinq ans avant d’obtenir une gare.

Le château, le chemin de fer, les cafés ou encore la vie religieuse trouvent également leur place dans l’ouvrage. Vieulaines a ainsi compté trois cafés et trois prêtres. Autant de détails qui donnent à voir un village bien différent de celui que l’on connaît aujourd’hui.

« Vaines requêtes », un chapitre qui lui tient à cœur

Parmi tous ces sujets, il en est un auquel Jean-Pierre Bomy est particulièrement attaché : les tentatives des habitants de Vieulaines pour retrouver leur indépendance vis-à-vis de Fontaine-sur-Somme, après leur rattachement à la commune à la Révolution. Un épisode du XIXe siècle qui a donné son titre au chapitre qu’il préfère, Vaines requêtes.

Les démarches sont allées jusqu’au ministère, sans aboutir. À travers les archives, l’auteur fait revivre les arguments des uns et des autres, les demandes répétées des habitants et les réponses des autorités. Une histoire de village, certes, mais aussi une histoire de rivalités et de rapports de force, dont les échos semblent parfois traverser les époques.

Un livre pour ne pas oublier

Jean-Pierre Bomy a donc fait le choix de ne pas parler à la première personne. Mais en cherchant bien, on trouve pourtant dans son livre une photo tirée des albums de famille : celle « d’un vague parent », page 54 pour les curieux, choisi « parce qu’il illustrait bien un certain type de vieux Vieulainois ».

Ce livre, Jean-Pierre Bomy espère qu’il circulera, qu’il sera lu. Pas pour remplir son compte en banque : avec 30 exemplaires imprimés à compte d’auteur, il ne s’attend pas à rentrer dans ses frais. Mais par goût de la transmission.

D’ailleurs, l’homme a enchaîné avec l’écriture d’un autre livret, bien plus modeste. Il est consacré à Élisée Calippe, « instituteur exemplaire » au XIXe siècle à Fontaine-sur-Somme, publié dans le bulletin communal.

Encore beaucoup d’idées

Et les sujets ne manquent pas pour poursuivre les recherches.

Il y aurait de quoi faire sur l’école du village au XIXe siècle. Ou sur le rôle joué par le maire pendant la Révolution. Ou sur le village de tourbier. Ou… Mais vu mon âge, je ne suis pas sûr d’avoir le courage.

En attendant, Vieulaines : pour mémoire rassemble déjà une part précieuse de cette histoire locale. Un travail de recherche et de transmission, pour que les traces du passé ne disparaissent pas tout à fait.

« Vieulaines : pour mémoire », de Jean-Pierre Bomy, est édité à 30 exemplaires, et vendu 15 €.Pour l’acheter : [email protected]

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