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L’ascidie jaune apparaît comme une menace de plus en plus imminente pour les éleveurs de moules des îles de la Madeleine.
Le ministère des Pêches et des Océans a d’ailleurs commandé une étude d’impacts économiques et sociaux sur la présence de plus en plus importante de cette espèce envahissante.
Au départ cantonnée au port de Cap-aux-Meules, la présence de l’ascidie jaune, un tunicier envahissant, est documentée depuis 20 ans.
Toutefois, voilà qu’au cours des cinq dernières années, les colonies du petit invertébré marin ont pris beaucoup d’expansion.
Les biologistes en retrouvent maintenant un peu partout dans les havres de pêche de l’archipel madelinot. Havre-aux-Maisons en premier, c'est là qu'on l’a observé, Cap-Vert, Pointe-Basse également, puis là, on commence à peut-être le trouver sur des structures d'aquaculture dans les lagunes , énumère Andréanne Demers, biologiste principale à la gestion espèces aquatiques envahissantes à Pêches et Océans Canada.

L'ascidie jaune va se fixer à des structures qu'elle va par la suite coloniser.
Photo : Gracieuseté : Pêches et Océans Canada
Dans l’archipel, la crainte des biologistes et des éleveurs de moules est que l’ascidie infecte maintenant les sites de culture, comme c’est le cas depuis plusieurs années à l’Île-de-Prince-Édouard.
Les boudins de moules, une structure flottante, cachée du soleil, sont en effet des endroits où le tunicier, qui ressemble à un petit morceau de gélatine, aime bien s’agglutiner.
Comme l’ascidie jaune est un filtreur qui entre en compétition avec la moule pour la nourriture, rapidement, les boudins de moules peuvent être infestés. Le poids de l’ascidie rend le boudin difficilement manœuvrable et la compétition avec le tunicier mine la croissance de la moule.
Ailleurs dans les Maritimes, la présence des tuniciers est un casse-tête depuis plusieurs années pour les mytiliculteurs qui doivent assumer des couts supplémentaires pour lutter contre l’envahisseur.
Dans l’archipel, le petit invertébré a même commencé à coloniser des milieux naturels.

Le ministère des Pêches et des Océans a commandé une étude sur l'impact économique de la présence de l'ascidie auprès des mytiliculteurs des Îles.
Photo : Gracieuseté : Pêches et Océans Canada
Des images de drones sous-marins ont capté des colonies d’ascidies jaunes sur des enrochements, hors des structures humaines où on les voit habituellement.
La biologiste Andréanne Demers note que les biologistes doivent aussi poursuivre leurs recherches à fois pour obtenir plus d’informations sur la présence du petit invertébré en milieu lagunaire, mais aussi sur les impacts de cette colonisation. Il y a beaucoup d'incertitudes sur les répercussions dans le milieu naturel , indique la biologiste.
Nettoyer les embarcations
Le principal vecteur de propagation reste l’humain.
Pour se reproduire, la larve de l’ascidie reste peu de temps dans la colonne d’eau et n’a pas l’occasion de voyager très loin. D’autant plus, que le petit animal marin aime les endroits sombres à l’abri du courant.
C’est donc en se collant aux embarcations ou dans les eaux résiduelles des navires qu’il peut se promener d’un port à l’autre.
Aux Îles, des stations de nettoyage volontaires sont désormais présentes dans les havres.

L'ascidie jaune, repérée pour la première fois en 2006, figure parmi la liste des espèces envahissantes présentes aux Îles-de-la-Madeleine.
Photo : Comité ZIP des Îles
Andréanne Demers souhaiterait que leur utilisation soit plus encouragée afin de limiter la propagation. La clé?Laver, vider, sécher , répète comme un mantra la spécialiste qui recommande aussi aux navigateurs d’employer une peinture antisalissure.
À Cap-Aux-Meules, les quais flottants ont même été nettoyés puis repeints avec de la peinture antisalissure sur les quais pour empêcher que l'ascidie de se propager. Andréanne Demers souligne que beaucoup de travail de sensibilisation et de prévention est effectué par le comité ZIP des Îles-de-la-Madeleine.
Comme d’autres espèces envahissantes, le crabe vert en est un exemple, l’ascidie jaune a d’autres usages sous d’autres cieux. Elle est au menu dans certains pays asiatiques. Elle est aussi utilisée dans l’industrie des cosmétiques.
Par contre, Andréanne Demers observe qu’ici, l’exploitation commerciale comporterait beaucoup de risques, dont celui d’aggraver sa propagation et de causer des dommages irréversibles aux habitats d’espèces indigènes. Mais on n'est vraiment pas rendu à cultiver l’ascidie , poursuit la biologiste.
En Gaspésie
Au Québec, la présence de l’ascidie jaune a été détectée seulement aux Îles-de-la-Madeleine. On aimerait ça garder ça comme ça , commente la responsable de Pêches et Océans.
Elle est toutefois partout dans toutes les Maritimes. Mais pas dans toutes les baies, ça vaut donc la peine de toujours nettoyer son bateau , poursuite Andréanne Demers.
S’il n’y a pas d’ascidie jaune en Gaspésie, un autre tunicier, le botrylle étoilé, a été détecté en 2024 aux quais de Grande-Rivière et de Sainte-Thérèse-de-Gaspé. Cet invertébré, un autre filtreur, pourrait aussi causer des dommages aux éleveurs de moules de la Gaspésie s’il se répand.


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