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Economie asphyxiée et jeunesse révoltée: la France donneuse de leçons agonise

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Economie à bout de souffle, colère sociale généralisée et classe politique dans le déni : la situation de la France atteint un seuil critique. Attaquée sur les marchés pour sa dette incontrôlée, la France ne fait plus figure d’économie « trop grande pour faillir », mais de géant « trop grand pour être sauvé », suscitant l’inquiétude et l’exaspération de ses voisins européens.

Comme le soulignent plusieurs économistes et experts financiers, la France traverse une grave crise de confiance sur les marchés financiers, caractérisée par une envolée du taux d’intérêt de sa dette à 10 ans à près de 5 % et un élargissement inédit de l’écart (spread) avec l’Allemagne. Avec une dette qui s’approche des 120 % du PIB — soit plus de 3 600 milliards d’euros — et un déficit public prévu à 5,4 % en 2026, le coût annuel des seuls intérêts frôle désormais les 90 milliards d’euros, dépassant des budgets majeurs comme ceux de l’Education ou de la Défense.

Cette détérioration s’explique par un problème de fond : une économie en stagnation (croissance estimée à 0,5 %), une perte de compétitivité industrielle face à la concurrence mondiale et un modèle d’État-providence très généreux — porté notamment par les dépenses de santé et de retraites — qui n’est plus soutenable au vu des gains de productivité actuels.

À ce blocage économique s’ajoute un doute majeur quant à la volonté politique des dirigeants français de contenir la dépense publique. L’abandon temporaire de la réforme des retraites d’Emmanuel Macron sous la pression politique illustre cette difficulté à affronter la réalité budgétaire.

De plus, la perspective de la présidentielle de 2027 accentue la nervosité des investisseurs : les propositions des deux principales forces politiques d’opposition — le retour de la retraite à 62 ans prôné par Marine Le Pen et la conversion de 600 milliards d’euros de dette en titres perpétuels à 0 % exigée par Jean-Luc Mélenchon — sont perçues comme financièrement insoutenables et destructrices pour la crédibilité de l’Etat.

Selon le prix Nobel d’économie Paul Krugman, la France pourrait être passée du statut de pays « trop grand pour faillir » (too big to fail) à celui de « trop grand pour être sauvé » (too big to be bailed out). En raison du poids systémique de la France, la hausse de ses taux d’intérêt menace de renchérir le coût de la dette pour l’ensemble de la zone euro.

Or, un sauvetage financier se heurte à des obstacles majeurs : bien que la Banque centrale européenne dispose d’outils d’intervention (comme le TPI), leur activation exige une stricte discipline budgétaire que la France refuse de s’imposer. 

Surtout, une forte opposition politique émergerait au sein de l’Union européenne, menée par l’Allemagne et soutenue par les pays ayant subi de douloureuses mesures d’austérité lors de la crise de 2012. Pour ces nations créancières, il serait politiquement intolérable de financer le sauvetage d’un partenaire qui s’éloigne délibérément de la responsabilité fiscale.

Une jeunesse en révolte et des services publics exsangues

À 190 jours de l’élection présidentielle, la France fait face à une vague de contestation lycéenne et étudiante inédite, déclenchée par le manque chronique de professeurs remplacés dans les établissements de banlieue. Cette crise met en lumière la dégradation profonde de l’Éducation nationale et des services publics, véritables piliers républicains aujourd’hui en perte de moyens.

Dans un contexte économique sous tension, marqué par une dette publique étouffante à 120 % du PIB, la colère de la jeunesse a rapidement débordé en affrontements et en manifestations massives, soutenues par les syndicats et d’autres secteurs sociaux exaspérés par la hausse du coût de la vie.

Ce climat de tension profite principalement aux figures politiques les plus radicales, polarisant le débat autour d’un duel entre Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen.

D’un côté, le leader de La France Insoumise capitalise sur le malaise social et l’élan de la jeunesse pour alimenter une dynamique révolutionnaire.

De l’autre, la candidate du Rassemblement National, largement en tête des sondages, exploite le sentiment d’insécurité provoqué par les violences urbaines pour incarner l’aspiration à l’ordre de la majorité silencieuse. Face à eux, le centre et la gauche modérée pâtissent d’un vide de leadership et d’une rivalité d’égos incapable d’émerger.

Ce mouvement d’ampleur scelle le crépuscule d’un second mandat agonisant pour Emmanuel Macron, confronté à un rejet massif de l’opinion publique et à l’impasse financière de son gouvernement.

Élu en 2017 avec la promesse d’endiguer la montée de l’extrême droite, le président laisse au contraire un paysage politique plus fracturé que jamais. 

Si Marine Le Pen venait à lui succéder à l’Élysée, ce dénouement marquerait un échec historique retentissant pour son bilan et sa mémoire politique.

Trop occupée à donner des leçons à l’international, trop occupée à fomenter des coups d’Etat à l’étranger, à multiplier les actions de déstabilisation au Sahel et à entretenir la haine et la xénophobie en son sein et d’ignorer ses propres plaies avec le concours de ses médias stipendiés, la France a oublié de traiter ses propres maux. Une cécité politique dramatique par laquelle le pays risque aujourd’hui d’imploser.

Hanane Ben

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