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Echo & the Bunnymen, la grâce éternelle

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Publié le 26 septembre 2026 à 13:57. 4 min. de lecture

Voilà plus de quarante ans qu’on le trouve attachant comme un sale gosse foncièrement gentil, à le couver du regard avec la tendresse du tout premier jour. C’est peut-être à cause de sa tête de personnage de cartoon, tel un papier froissé qui lui donne des airs d’un Shane MacGowan amélioré – le chanteur des Pogues, souvenez-vous… ou, plus sûrement, parce qu’il a su déclencher force éclats de rire spontanés chez nous, à sulfater ses confrères musiciens sans faire de prisonniers.

Ian McCulloch est surnommé Mac the Mouth («Mac la grande gueule») depuis le début des années 1980, et c’est vrai qu’il n’épargne pas grand monde, des Beatles à Oasis en passant par U2. Ses tirades définitives sont cependant moins terribles qu’elles n’en ont l’air. Parce que la légèreté n’est pas toujours évidente à retranscrire sur papier, et à l’oral non plus, d’ailleurs – son accent de Liverpool est si caricatural qu’on rame un peu pour tout comprendre. Ce Scouser, comme on appelle les habitants de Liverpool, respire, parle et vit sans filtre, comme la plupart des habitants de sa ville. C’est délectable, on y reviendra plus loin. Car on enfile les perles, on s’attarde sur des détails, mais la vérité est ailleurs.

Ian McCulloch n’est rien moins qu’une légende du rock anglaise, dans un pays qui ne valide pas n’importe qui à son sommet. C’est lui qui œuvre derrière toutes les compositions d’Echo & The Bunnymen, groupe fondé en 1978 et auteur en 1984 d’un album sublime, Ocean Rain. C’était il y a 42 ans, et rien n’a vieilli en 2026: ni les cordes, ni la production, ni même la poésie faussement morbide et terriblement romantique du tube planétaire The Killing Moon.

Le bonhomme est toujours debout en cette fin d’été, aux côtés du guitariste Will Sergeant, pour nous offrir un 13e album, Apples for Isaac, qui transpire l’artisanat rock, les milliers d’heures à bûcher sa six cordes à l’adolescence, et la production cash sans rien céder aux trucages technologiques. Les rêves de gosse, aussi, Ian McCulloch chantant comme s’il avait toujours 20 ans, comme si sa vie risquait de s’effondrer à la première fausse note ou au moindre manque d’enthousiasme.

Une interview, en 2001: Ian McCulloch: «Echo & The Bunnymen est toujours le plus grand groupe de l'univers»

Sur les traces de Michel-Ange

On a vainement attendu un moment faible ici ou là, mais les morceaux défilent sans jamais défaillir, concis comme on apprécie – rien au-delà des quatre minutes. Et puis ce sens du refrain haut de gamme, sa signature qui est toujours venue magnifier ses plus belles chansons ou soutenir les plus moyennes – celui de The Light That Surrounds You, mais quelle merveille! Encore un travail d’orfèvre, donc, pour celui qui a toujours revendiqué une recherche d’excellence, comme affirmé à The Independent en 2014: «Je vous parle de Michel-Ange, de Léonard de Vinci, de Rembrandt. C’est ce niveau-là de création qu’on visait. Et bien sûr qu’on y est arrivé!»

Une arrogance de Scouser à ne pas prendre au pied de la lettre. C’est plus un concours de bons mots qu’autre chose. Tout comme ses flèches empoisonnées, dont le stock paraît inépuisable. Sur Bono, sa cible favorite: «J’ai toujours considéré que c’était une tête de nœud, une de la pire espèce. S’il était né à Liverpool, on l’aurait chassé de la ville en se foutant de sa gueule. Chez nous, on sait reconnaître les bidons quand on en voit un.» Sans surprise, il n’aime pas Ed Sheeran et dit: «Qui a besoin d’entendre un nouveau disque de ce gars-là? Si ça, ce sont des chansons d’amour, mais putain, c’est à se demander de qui il est amoureux.» Il n’apprécie guère les poseurs ou les trafiquants de sons, et ajoute: «Ces nouveaux dieux avec leur intelligence artificielle, ils n’ont même pas démarré leur apprentissage. Je leur dis: apprenez d’abord à sculpter le bois!»

Lennon dans un western spaghetti

Des mots qui sonneraient sans doute vieux con fini chez certains, mais c’est Ian McCulloch, sa fraîcheur permanente, son authenticité inaltérable. Son héros ultime, David Bowie, s’évertuait à changer de personnage à chaque nouvel album. Lui reste ce gars entier, brut, et finalement pas taillé pour le sommet de la pyramide. Mais les Anglais l’adorent parce que sa langue de douce vipère ne trempe pas vraiment dans le cynisme ou la méchanceté gratuite. Même en ce qui concerne Bono et U2: il reconnaît qu’il aurait aimé écrire One, «et aussi I Still Haven’t Found What I’m Looking For, même si Bono met dix heures à terminer cette putain de chanson».

Lire aussi: Jean-Daniel Beauvallet: «Il n’existe pas de musicien passionnant sans cassure»

On peut lire encore un peu partout qu’il est persuadé qu’Ocean Rain est «le plus grand album de tous les temps». Il avait pourtant levé le voile sur ce conte urbain l’an dernier, pour le magazine Classic Pop: «Le boss de notre label avait demandé où on en était, pendant l’enregistrement du disque, et j’avais balancé ça. Il a trouvé la réponse géniale, alors qu’on n’avait que deux chansons de prêtes. C’était ironique, ou gentiment arrogant, mais aujourd’hui, je mets Ocean Rain dans mon top 10. On retrouve toujours le Sgt. Pepper’s des Beatles dans ce classement, mais c’est de la merde, cet album. C’est gênant, Lennon était fringué comme s’il se rendait à un casting pour un western spaghetti.»

Un petit truc en plus

Il a traversé mille dépressions, en est sorti mille et une fois, toujours en attendant la suivante. Sans surprise, ses histoires d’amour ont toutes fini dans le mur, et il prend ces fiascos sur lui: «Je ne suis pas le gars le plus facile à vivre. Je n’arrive pas à comprendre que les gens refusent de faire les choses comme je l’entends. Je suis incapable d’accepter le point de vue des autres, mais franchement, qui le peut ici-bas? Un démocrate libéral, peut-être, mais pas moi.»

Paradoxe ultime du personnage: grande gueule, certes, mais on trouve pourtant une foule de gens qui se demandent ce que le groupe avait bien pu devenir au fil des décennies. Comme s’il avait plongé dans le silence. Alors que le grand Ian a toujours été très actif, avec ses potes ou en solo. Et souvent très bon – on peut ainsi revenir sans hésiter à Evergreen (1997) ou Meteorites (2014). Et, on insiste, enchaîner les écoutes de cet Apples for Isaac tant ce retour à l’énergie des tout débuts est délectable. «Je possède un truc que les autres n’ont pas», dit-il encore. Il a désormais 67 ans, et l’éternité lui va drôlement bien.


Echo & the Bunnymen, «Apples for Isaac» (BMG).

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