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Du Cameroun à Sept-Îles, le parcours d’une famille d’entrepreneurs tissée serrée

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Si on peut encore célébrer des abats entre amis à Sept-Îles, c’est en grande partie grâce à Antoinette Kunse et sa famille. En rachetant le dernier salon de quilles de la ville, la femme d’affaires d’origine camerounaise a non seulement gardé en vie l’un des rares lieux de divertissement de l’endroit, mais elle a aussi transmis à ses deux enfants son esprit entreprenant.

Antoinette Kunse ne connaissait pas grand-chose au milieu des affaires avant de s’installer au Québec. Quinze ans plus tard, elle gère maintenant trois entreprises à Sept-Îles avec ses enfants, Danielle et Junior.

« D’où je viens, mon père était fonctionnaire. Ma mère était une petite commerçante qui vendait son huile de palme au quotidien. On n’était pas formé pour devenir des entrepreneurs, mais c’est arrivé. Comme on dit, chacun son destin », explique avec philosophie Mme Kunse, attablée au comptoir vintage du salon Nord-Quilles, aux côtés de ses deux enfants.

Débarquée sur la Côte-Nord en 2011 avec son mari, qui est maintenant directeur adjoint au cégep local, Antoinette a d’abord travaillé pour d’autres, sans parvenir à trouver sa place.

« J’ai été gérante adjointe chez McDonald pendant trois ans, puis à la Poissonnerie Soucy pendant un an. Après, je me suis retrouvée avec Air Canada, au service à la clientèle, pendant cinq ans. Il y avait beaucoup de frustration. S’insérer, c’était un peu compliqué. Culturellement, c’était un peu rough pour moi », raconte la mère de famille.

Un peu par hasard, elle rencontre le propriétaire d’un magasin de meubles qui cherche à céder son entreprise. Après avoir longtemps hésité, elle décide de se lancer en affaires à la faveur d’une pause professionnelle forcée par la COVID-19.

« Ça m’a donné le temps de réfléchir. Donc, je me suis investie à 100 % dans mon magasin de meubles. Et après je me suis dit : non, c’est fini, plus de retour en arrière. Depuis ce moment, je suis entièrement à mon compte », explique-t-elle avec fierté.

Fusion inattendue

C’est ainsi qu’Ameublement Petite panthère est né. Rapidement, l’entreprise a donné naissance à des petits. En premier lieu, Déménagement de l’Ours puis, depuis 2024, le Salon Nord-Quilles.

Le lien entre les meubles et les quilles ? À la recherche d’un local après que le magasin de meubles a subi un dégât d’eau, Antoinette visite le dernier salon de quilles en activités dans une ville, qui en a déjà compté trois.

« Je me suis dit : wow, un grand espace, on va mettre tout ça à terre. Ça va être un magasin de meubles à la grandeur. »

Le zonage municipal l’empêche toutefois de transformer l’endroit en magasin de meubles comme elle le souhaitait. Qu’à cela ne tienne, Mme Kunze imagine une fusion inattendue : les quilles demeurent bien en place et un commerce de meubles usagés s’installe au deuxième étage du vaste espace.

« C’est le dernier salon. On est content pour les gens de Sept-Îles [qu’il soit resté ouvert]. Si on est toujours là, c’est parce qu’ils viennent jouer », dit modestement Antoinette Kunze, qui a bénéficié de l’appui de la Société d’aide au développement des collectivités (SADC) locale et de la MRC pour la transaction et la mise à niveau des équipements.

Le lien avec l’ameublement se fait sentir jusque dans les allées. À la suggestion d’un client, de confortables divans ont replacé les chaises en plastique vieillottes autour de l’écran de pointage.

« On écoute les clients, on prend en note leurs propositions et si c’est réalisable, on le fait ! », résume Jean Daniel Ngatcha Kuipou Junior.

Le fils d’Antoinette a commencé à travailler dans les entreprises familiales à 16 ans en suivant le chauffeur du Déménagement de l’Ours. Aujourd’hui, à 21 ans, il s’occupe de la mécanique de la salle de quilles, tout étant le chauffeur principal de l’entreprise de déménagement. Sa sœur Danielle Amélie Ketchemen a elle aussi commencé à travailler à 15 ans pour la Petite Panthère.

« Ils n’ont jamais travaillé pour personne d’autre. Ils ont montré rapidement leur intérêt pour les affaires, alors on a monté un partenariat à trois », dit fièrement leur mère, qui souhaitaient leur éviter les difficultés qu’elle a vécues à son arrivée.

« Ça n’a pas été facile pour moi de s’insérer. Je me suis dit que mes enfants n’auraient pas à traverser cette étape-là. Si mes enfants mettent leur énergie dans nos affaires plutôt que dans celles des autres, je pense qu’on va pouvoir mieux s’installer et essayer d’avoir un peu de succès. »

Le parcours de leur mère a influencé les deux enfants.

« Elle m’a beaucoup inspiré, avoue son fils, Junior. J’essaie d’apprendre de ses erreurs, comme des bonnes choses qu’elle fait. C’est un bon modèle, elle a tout vécu. Elle sait nous guider, nous diriger, nous conseiller. »

Elle a aussi transmis à ses enfants sa volonté farouche et son esprit d’entrepreneure.

« On a prévu de continuer les trois entreprises et même d’en créer d’autres, si possible, affirme Junior. On essaie toujours de se développer. »

Le nouveau visage de Sept-Îles

En 15 ans, Antoinette Kunse a vu le visage de sa ville d’adoption changé tranquillement.

« Lorsque je suis arrivée, les gens voyaient notre couleur à l’épicerie, ils étaient contents, ils nous demandaient d’où on venait. Maintenant, c’est rendu normal », se souvient celle qui a tout de même vécu quelques frictions au fil des années avec des esprits fermés.

L’immigration a pris de l’ampleur dans la dernière décennie et compte pour un peu moins de 2 % de la population. Sénégalais, Ivoiriens, et Tunisiens forment les communautés africaines les plus nombreuses. La ville de 26 000 habitants a maintenant son épicerie africaine, son organisme pour les afro-descendants et vivra début août son premier Africa Fest.

Qu’est-ce qui amène autant d’enfants du continent noir à s’installer au nord du 50e parallèle ?

« À Sept-Îles, ce sont des personnes accueillantes, c’est ouvert. Il y a de la place pour tout le monde et des opportunités », estime Antoinette Kunze.

« Sept-Îles, c’est un “petit village”, comme on dit souvent. Tout le monde connaît tout le monde, c’est facile de poser des questions et d’avoir des réponses. »

Ce reportage bénéficie du soutien de l’Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada.

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