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Daniel V. signe ses revendications, mais l’Europe préfère toujours chercher l’ombre du Kremlin derrière chaque sabotage.
Jean-Noël Barrot évoque « une tentative menée par le Kremlin pour déstabiliser l’Union européenne ». Emmanuel Macron parle d’« ingérence » et de « guerre hybride ». Ursula von der Leyen présente Leipzig comme une « nouvelle escalade » directement attribuée à Moscou.
Le scénario est donc simple : un drone, des explosifs, des suspects possédant des passeports russes et, tout en haut de la pyramide, le Kremlin. Il reste seulement à la justice à terminer son travail.
Berlin le reconnaît : l’attribution est politique
Le gouvernement allemand affirme disposer d’éléments sérieux : investigations policières, renseignements, matériel utilisé et mode opératoire. Mais il précise aussi que son accusation constitue une « attribution politique ». Les enquêtes pénales et les procédures judiciaires, elles, continuent.
Deux suspects possédant des passeports russes ont bien été identifiés, comme l’a rapporté Le Parisien. Cela constitue évidemment une piste importante. Mais entre deux hommes de nationalité russe et une opération ordonnée par l’État russe, il reste normalement quelques cases à remplir.
Bruxelles, visiblement, possède le stylo plus rapide que les magistrats.
Daniel V. signe, donne son adresse et explique pourquoi il sabote
Et pendant que l’Europe scrute le ciel à la recherche de Vladimir Poutine, une autre série d’attaques contre des infrastructures allemandes vient offrir une petite leçon de prudence. La police recherche Daniel V., 48 ans, soupçonné de sabotages et tentatives de sabotage contre plusieurs postes électriques en Allemagne.
Médecin de formation, reconverti un temps comme fabricant de guitares autodidacte et récemment sans emploi, l’homme est décrit comme particulièrement intéressé par la technique. Surtout, plusieurs rédactions allemandes ont reçu des lettres manuscrites de revendication.
Pas de mystérieuse adresse IP à Vladivostok ni d’agent du GRU caché derrière trois pseudonymes : l’auteur signe de son nom complet et fournit son adresse à Gevelsberg. Les enquêteurs considèrent ces courriers comme authentiques. Alexander Dobrindt explique que les détails techniques contenus dans les lettres correspondent à des informations que l’auteur des sabotages pouvait connaître.
Lorsque des journalistes ont montré l’un des courriers à la mère de Daniel V., celle-ci a reconnu l’écriture de son fils.
« La production d’électricité fossile est un crime »
Le motif revendiqué n’a rien de particulièrement russe. Dans sa lettre, l’auteur écrit que « la production d’électricité à partir de combustibles fossiles est un crime qui entraîne des souffrances indicibles ». Il affirme agir pour empêcher ou réduire ces souffrances.
Il précise également avoir agi seul et dédouane les groupes militants de gauche. La police a depuis retrouvé des explosifs lors de la perquisition de son domicile. Son camion, transformé en camping-car, a été découvert près du Hambacher Forst, lieu emblématique de la lutte allemande contre l’exploitation du charbon. Daniel V. reste recherché.
Dobrindt parle désormais d’un probable cas de « Klimaextremismus », autrement dit d’extrémisme climatique, commis selon les premiers éléments par un individu isolé.
Non, Daniel V. n’est pas le suspect de Leipzig
Précisons ce que certains raccourcis commencent déjà à mélanger : Daniel V. n’est pas présenté comme l’auteur du drone explosif de Leipzig. Il s’agit de deux enquêtes différentes.
Son cas ne prouve donc pas que Moscou est innocent. Mais il démontre quelque chose de beaucoup plus simple : lorsqu’une infrastructure allemande est sabotée, le coupable n’est pas nécessairement russe, financé par la Russie ou téléguidé depuis le Kremlin.
Une évidence qui devrait normalement inviter à attendre la fin des enquêtes avant de transformer une hypothèse de renseignement en certitude politique. Or, concernant Leipzig, la France a déjà convoqué le chargé d’affaires russe, l’Allemagne ferme son consulat de Bonn, l’Union européenne prépare de nouvelles sanctions et l’OTAN est dans la boucle.
La justice n’a pas terminé. La diplomatie européenne, elle, a déjà rendu son verdict.
À Bruxelles, on appelle cela la fermeté. Dans un tribunal, on appelle normalement cela attendre les preuves.


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