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Quand une partie du bloc militant de gauche explique que la démocratie n’est légitime… que si elle vote “correctement”
Le moment est peut-être plus grave qu’il n’y paraît.
Car derrière les provocations médiatiques,
les slogans,
les outrances militantes
et les logiques de clash permanent,
apparaît progressivement une question fondamentale :
que devient une démocratie lorsque certains acteurs n’acceptent plus l’alternance politique comme légitime ?
Et c’est précisément ce que révèle la séquence autour de Bally Bagayoko.

Si le candidat du Rassemblement national (RN) remporte l’élection présidentielle française au printemps prochain, le maire d’extrême gauche de Saint-Denis, ville multiculturelle, Bally Bagayoko, a déclaré que le scrutin serait invalide et a appelé à une « insurrection populaire » si cela devait se produire.
Une interview de Bagayoko avec Jean-Michel Aphatie sur LCI Direct, dans laquelle il déclare à l’animateur choqué que si RN remporte les élections l’année prochaine, ils n’auront jamais de « légitimité populaire », mais seulement ce qu’il appelle une « légitimité institutionnelle ». Le maire a également déclaré que ceux qui tentent de « normaliser l’extrême droite » sont « dangereux », ajoutant que « si l’extrême droite arrive au pouvoir, ce que nous ne souhaitons pas, nous ferons tout pour que cela ne se produise pas ». Lors d’une autre interview sur Oumma.com, un média communautaire musulman, le maire de Saint-Denis s’en est également pris au président Emmanuel Macron, aux médias du groupe Bolloré et même à certains partis de gauche, selon Le Figaro . Accusant Macron d’être responsable de la montée de l’extrême droite, Bagayoko a déclaré : « Sous Macron, l’extrême droite n’a jamais été aussi forte. Nous comptons désormais près de 140 députés racistes », les qualifiant tous de « gardiens » de l’histoire et de la doctrine du RN, selon le portail. Revenant sur le thème de l’insurrection inévitable, Bagayoko a déclaré à l’animateur : « C’est nous ou eux… c’est-à-dire l’extrême droite », ajoutant plus tard qu’il était « fermement convaincu que le peuple se soulèvera » si le RN remporte les élections au printemps prochain, tout en ignorant le fait qu’une victoire du RN indiquerait que les électeurs ont exercé leur volonté démocratique. Averti par son hôte de « faire attention », de peur d’« être accusé d’incitation à l’insurrection », le maire de Saint-Denis a persisté : « Toutes les réformes importantes de ce pays ont été réalisées grâce à des soulèvements populaires », a-t-il déclaré, citant la prise de la Bastille et le mouvement des Gilets jaunes.
Le débat médiatique va immédiatement dériver vers :
- “fascisme”,
- “extrême droite”,
- “insurrection”,
- “provocation”.
Mais le sujet central est ailleurs.
Le sujet réel est :
la conditionnalité croissante de la légitimité démocratique.
Autrement dit :
une partie du champ militant semble désormais considérer que :
- certaines victoires électorales seraient acceptables,
- et d’autres non,
même si elles résultent d’un vote légal.
C’est un tournant majeur.

Pas l’amour de l’adversaire.
Pas le consensus.
Pas l’absence de conflit.
Elle repose sur :
l’acceptation de la possibilité de perdre.
Or lorsque des responsables politiques expliquent implicitement :
- qu’une alternance serait “illégitime” par nature,
- ou qu’elle devrait provoquer un soulèvement permanent,
alors ils déplacent le conflit :
du terrain électoral vers le terrain existentiel.
Et à ce moment-là,
la démocratie cesse progressivement d’être perçue comme :
- arbitrage,
- compétition,
- alternance.
Elle devient :
guerre de légitimité.
Saint-Denis est devenue beaucoup plus qu’une commune.
Dans l’imaginaire politique français,
la ville symbolise désormais :
- fragmentation urbaine,
- multiculturalisme avancé,
- tensions identitaires,
- transformation démographique,
- crise du modèle républicain classique.
Quand un maire de cette ville parle :
“d’insurrection populaire”
beaucoup entendent donc davantage qu’une simple déclaration militante.
Ils y voient :
le symptôme d’une fracture de souveraineté culturelle et politique.
Une autre mutation apparaît dans ce type de discours :
la centralité croissante de la mémoire historique comme moteur politique.
Colonisation,
esclavage,
discrimination,
identités blessées,
réparation symbolique,
héritages impériaux…
Tout cela devient :
- non plus seulement historique,
- mais structurant politiquement au présent.
Le risque est évident :
quand les sociétés commencent à se définir principalement à travers :
- des mémoires concurrentes,
- des récits victimaires opposés,
- des culpabilités historiques,
- des identités irréconciliées,
alors le récit national commun se fragmente.
Le problème dépasse largement :
- Bally Bagayoko,
- le RN,
- ou même la France.
Toutes les démocraties occidentales voient monter :
des blocs identitaires concurrents.
Blocs :
- culturels,
- ethniques,
- religieux,
- idéologiques,
- territoriaux,
- informationnels.
Et chacun commence progressivement à percevoir l’autre :
non comme adversaire…
mais comme :
menace existentielle.
Quand chaque élection devient :
- “la dernière”,
- “le fascisme ou nous”,
- “la survie ou la mort”,
alors :
- la modération disparaît,
- le compromis devient trahison,
- l’alternance devient insupportable,
- et les institutions s’épuisent.
C’est le mécanisme classique :
des démocraties entrant dans une phase de polarisation terminale.
Paradoxalement,
ce type de rhétorique radicale aide souvent :
Le « »National Rally ».
Pourquoi ?
Parce qu’une partie croissante des classes moyennes et populaires :
- cherche stabilité,
- ordre,
- continuité,
- sécurité institutionnelle.
Et lorsque certains segments militants de gauche et d’extrème gauche semblent :
- relativiser la légitimité électorale,
- banaliser l’insurrection,
- ou territorialiser le conflit politique,
cela renforce mécaniquement :
les forces promettant réaffirmation de l’État et de la souveraineté nationale.
Le problème ultime est peut-être là.
Pendant longtemps,
la République française reposait sur :
- assimilation,
- centralisation,
- école commune,
- mémoire nationale dominante,
- universalisme abstrait.
Mais aujourd’hui,
plusieurs récits coexistent :
- récit national classique,
- récit post-colonial,
- récit multiculturel,
- récit identitaire,
- récit globalisé,
- récit décolonial.
Et ces récits deviennent de moins en moins compatibles.
Quand :
- les élites médiatiques,
- certains segments militants de gauche
- certaines institutions,
- certains territoires,
ne reconnaissent plus spontanément la légitimité potentielle d’une alternance démocratique…
alors apparaît progressivement :
une dissociation entre légalité institutionnelle et acceptation culturelle du pouvoir.
Et historiquement,
c’est toujours une zone dangereuse.
Le sujet n’est pas simplement :
- immigration,
- gauche,
- droite,
- banlieues,
- RN,
- ou militantisme.
Le sujet réel est :
la capacité de la France à rester une communauté politique partageant encore :
- des règles communes,
- une légitimité électorale commune,
- un minimum de destin collectif.
Car lorsqu’une nation commence à se percevoir comme :
- juxtaposition de blocs irréconciliables,
- territoires psychologiques séparés,
- mémoires antagonistes,
alors la politique devient progressivement :
une lutte pour la définition même du pays.
🐺 PHRASE MANIFESTE
Une démocratie commence rarement à mourir le jour où l’on cesse de voter.
Elle commence souvent à se fissurer le jour où une partie du pays considère que certains votes ne devraient plus avoir le droit d’exister.
Le danger que représente Bagayoko est bien réel. « Il crée les conditions psychologiques d’un refus de l’alternance, c’est-à-dire, tout simplement, les conditions d’une guerre civile froide, puis chaude. » Il est choquant de constater la montée en puissance du maire d’extrême gauche LFI et l’influence qu’il exerce désormais, alors qu’en réalité il n’a recueilli que 13 506 voix sur environ 64 000 électeurs inscrits à Saint-Denis. Cependant, depuis son élection en mars, sa voix réclamant justice pour les injustices commises contre ceux qu’il considère comme opprimés par la France depuis des siècles fait régulièrement la une des journaux. Dans un exemple récent, Bagayoko s’est attiré les foudres du préfet local lorsqu’il a été révélé qu’il avait retiré une photo de Macron, traditionnellement exposée en signe de respect, la reléguant dans un coin de son bureau et, selon certains témoignages, la retournant. « Le portrait restera à sa place jusqu’à ce que l’État remplisse ses obligations au titre du Pacte républicain, notamment envers les habitants de notre territoire », a-t-il déclaré, faisant vraisemblablement référence à Saint-Denis, ville d’environ 150 000 habitants, comme étant leur territoire. Le territoire de qui ? On peut supposer qu’il s’agit de celui des Noirs et des autres minorités, puisqu’il a appelé la ville « la ville de Noirs ». Nous savons que lorsque Bagayoko parle d’« éliminer les inégalités », l’oppression coloniale et l’esclavage du passé figurent en bonne place sur sa liste, car il les considère comme faisant partie des problèmes actuels. En réalité, pour beaucoup à droite, la question est plus complexe. « La mémoire de l’esclavage ne doit pas concerner uniquement les Européens. La traite arabo-musulmane : 17 millions de victimes. La traite intra-africaine : 14 millions de victimes »

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