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Après la conquête vient le tri des empires
*« Toutes les révolutions connaissent deux moments.
Le premier est celui de la promesse.
Le second est celui de la sélection.
Nous venons d’entrer dans le second. »*
Pendant près de trois ans, Wall Street n’a connu qu’un seul récit.
L’intelligence artificielle.
Elle devait tout transformer.
Elle devait justifier toutes les valorisations.
Toutes les dépenses.
Tous les investissements.
Toutes les dettes.
Toutes les promesses.
Il suffisait d’ajouter deux lettres — IA — à un projet pour voir affluer le capital.
Cette époque touche peut-être à sa fin. Non parce que l’IA échoue. Mais parce qu’elle réussit. Et qu’une révolution qui réussit cesse d’être une promesse pour devenir une économie. Or une économie produit inévitablement des gagnants. Et des perdants.
La semaine qui s’achève marque peut-être le véritable commencement du supercycle de l’intelligence artificielle.
Car ce n’est plus l’existence de la révolution qui est débattue.
C’est désormais la répartition de sa valeur.

Depuis 2023, le marché raisonnait de façon extraordinairement simple.
L’IA montait.
Donc tout ce qui touchait à l’IA montait.
Les fabricants de puces.
Les logiciels.
Le cloud.
Les hyperscalers.
Les infrastructures.
Les data centers.
Les réseaux.
Les câbles.
Les fournisseurs d’électricité.
Les fonds indiciels.
Les ETF spécialisés.
Les investisseurs achetaient un thème.
Ils ne distinguaient pas encore les modèles économiques.
Cette semaine, quelque chose change.
Le marché commence à discriminer.
Les fournisseurs de calcul ne sont plus valorisés comme les acheteurs de calcul.
Les producteurs de puces ne sont plus assimilés aux consommateurs de puces.
Les propriétaires des infrastructures ne sont plus confondus avec ceux qui les financent.
Cette différenciation est probablement le phénomène le plus important observé depuis le début de la révolution IA. Les analyses de marché montrent une dispersion croissante entre les entreprises qui encaissent les revenus de l’IA et celles qui en supportent les dépenses, ainsi qu’une rotation sectorielle plus marquée.
Pendant deux ans, une seule question dominait : Qui participe à la révolution IA ?
La nouvelle question est beaucoup plus difficile.
Qui gagne réellement de l’argent grâce à cette révolution ?
La différence est immense.
Car toute révolution technologique passe par trois phases.
La première : l’enthousiasme.
La deuxième : l’investissement massif.
La troisième : la sélection économique.
Nous quittons progressivement la deuxième.
Nous entrons dans la troisième.
Le paradoxe devient presque ironique.
Les entreprises qui rendent l’IA possible ne sont pas forcément celles qui en capturent la rente.
Microsoft.
Amazon.
Google.
Meta.
Oracle.
Toutes dépensent des sommes historiques.
Leur problème n’est plus technologique.
Il devient financier.
Combien de milliards supplémentaires faudra-t-il investir avant que les revenus suivent réellement ?
Les conseils d’administration commencent eux aussi à se poser la question.
Et lorsqu’un conseil d’administration commence à arbitrer entre croissance et retour sur capital, une révolution cesse d’être un récit.
Elle devient un bilan comptable.
Le débat sur la soutenabilité des dépenses d’investissement des hyperscalers est désormais ouvert, plusieurs stratégistes estimant que le marché pourrait rapidement sanctionner un ralentissement ou une révision des ambitions si les retours économiques tardaient à apparaître.
L’une des erreurs intellectuelles les plus répandues consiste à confondre Nvidia avec l’intelligence artificielle.
Nvidia n’est pas l’IA.
Nvidia vend les outils.
La différence est fondamentale.
Les vendeurs de pelles gagnent souvent davantage que les chercheurs d’or.
Les fabricants de rails gagnèrent parfois davantage que les compagnies ferroviaires.
Les fournisseurs d’électricité survécurent à des centaines d’industriels.
Les fabricants de processeurs pourraient survivre à une partie des utilisateurs de leurs puces.
Le marché commence à comprendre cette asymétrie.
L’IA devient un écosystème.
Et comme tout écosystème, il obéit à une chaîne alimentaire.
Pendant longtemps, les investisseurs ont acheté des récits.
Ils recommencent lentement à acheter des flux de trésorerie.
Ce glissement paraît discret.
Il est pourtant considérable.
Une entreprise ne sera plus valorisée parce qu’elle investit dans l’IA.
Elle devra démontrer qu’elle transforme cette dépense en rentabilité.
Nous retrouvons ici une vieille loi du capitalisme.
Le capital adore les promesses.
Mais il finit toujours par exiger des résultats.
La plupart des observateurs parleront probablement d’une simple rotation sectorielle.
Je crois que nous assistons à quelque chose de beaucoup plus profond.
Nous sortons progressivement d’un marché gouverné par la narration.
Nous entrons dans un marché gouverné par la qualité économique.
L’intelligence artificielle ne disparaît pas.
Elle cesse simplement d’être un thème.
Elle devient une industrie.
Et toute industrie finit par connaître ses oligopoles.
Ses faillites.
Ses consolidations.
Ses empires.
La révolution continue.
Mais l’euphorie universelle laisse place à une hiérarchie beaucoup plus exigeante.
C’est précisément ce moment que nous vivons.
Et c’est pourquoi cette semaine pourrait rester comme celle où Wall Street a commencé à distinguer la puissance technologique…
…de la création réelle de valeur.
🐺

Pourquoi la révolution IA entre dans sa phase impériale
*« Les révolutions ne meurent jamais de leurs idées.
Elles meurent de leur modèle économique. »*
Depuis deux ans, nous avons cru assister à une révolution technologique.
Nous nous trompions peut-être.
Nous assistions en réalité à une révolution industrielle.
La différence est immense.
Une révolution technologique vend des innovations.
Une révolution industrielle construit des infrastructures.
Et les infrastructures obéissent à des lois beaucoup plus anciennes que les logiciels.
Elles exigent :
- du capital,
- de l’énergie,
- du territoire,
- des matières premières,
- des réseaux,
- des ingénieurs,
- du temps.
Autrement dit :
la vieille économie revient brutalement sous les habits de la nouvelle.
L’intelligence artificielle ressemble de moins en moins à Internet.
Elle ressemble de plus en plus au chemin de fer.
Nous pensions entrer dans l’économie de l’immatériel.
Nous découvrons l’économie la plus matérielle depuis les Trente Glorieuses.
Chaque nouveau modèle d’IA réclame : des centrales électriques.
Des lignes à haute tension.
Des transformateurs.
Des systèmes de refroidissement.
Des milliers de tonnes de cuivre.
Des dizaines de milliers de GPU.
Des bâtiments gigantesques.
Le cloud n’habite pas les nuages.
Il habite le béton.
Voilà la grande illusion qui disparaît.
La Silicon Valley redevient une sidérurgie.
Le marché commence à comprendre une vérité fondamentale.
Dans toute révolution industrielle, celui qui possède l’infrastructure finit souvent par dominer celui qui possède l’idée.
Les compagnies pétrolières ont survécu à des centaines de constructeurs automobiles.
Les réseaux électriques ont survécu à des milliers d’usines.
Les opérateurs télécoms ont survécu à des centaines d’applications.
Pourquoi ?
Parce qu’une infrastructure crée une rente.
Et la rente vaut souvent davantage que l’innovation.
L’IA suit exactement cette logique.
Les véritables forteresses du XXIᵉ siècle ne seront peut-être pas les laboratoires qui entraînent les modèles.
Ce seront les entreprises qui contrôleront :
- l’électricité,
- les puces,
- les interconnexions,
- les centres de données,
- les réseaux optiques,
- les infrastructures nucléaires.
Le logiciel attire les regards.
L’infrastructure capture la valeur.
Le paradoxe devient spectaculaire.
Les hyperscalers semblent tout gagner.
En réalité, ils financent peut-être la fortune des autres.
Chaque nouveau centre de données : enrichit Nvidia.
Enrichit Broadcom.
Enrichit TSMC.
Enrichit les fabricants de mémoire.
Enrichit les producteurs d’énergie.
Mais lui-même reporte son retour sur investissement.
Plus les dépenses augmentent, plus la question du rendement devient pressante.
Le marché ne doute pas de l’IA.
Il doute du calendrier de la monétisation.
C’est une nuance capitale.
Joseph Schumpeter appelait cela : la destruction créatrice.
Mais nous oublions souvent la seconde partie de son raisonnement.
Toute destruction créatrice produit également une concentration.
Les faibles disparaissent.
Les survivants deviennent gigantesques.
L’IA ne distribuera probablement pas la richesse.
Elle la concentrera.
Quelques plateformes.
Quelques fondeurs.
Quelques énergéticiens.
Quelques fournisseurs d’infrastructures.
Quelques détenteurs de données.
Le capitalisme algorithmique n’annonce pas davantage de concurrence.
Il annonce probablement davantage de monopoles.
Pendant vingt ans, la donnée était présentée comme le nouveau pétrole.
Cette formule devient insuffisante.
Le véritable pétrole de l’IA…c’est l’électricité.
Chaque token généré est une dépense énergétique.
Chaque modèle plus puissant augmente la consommation.
Chaque avancée réclame davantage de capacité.
Nous redécouvrons une vérité oubliée.
Toute intelligence est une consommation d’énergie.
L’intelligence artificielle ne dématérialise pas l’économie.
Elle l’électrifie.
Le mégawatt devient une unité stratégique autant que le dollar.
Pourquoi SpaceX fascine-t-elle autant les marchés ?
Parce que SpaceX n’est pas seulement une entreprise.
Elle est une métaphore.
Elle incarne une nouvelle manière de penser le capital.
Des investissements colossaux.
Des horizons de retour extrêmement longs.
Une infrastructure presque souveraine.
Une capacité unique.
Une barrière technologique immense.
Une dépendance croissante des États.
Autrement dit : SpaceX ressemble moins à une société cotée qu’à une compagnie des Indes orientales du XXIᵉ siècle.
Le marché valorise moins ses bénéfices actuels que sa capacité future à contrôler un territoire économique entièrement nouveau.
L’espace aujourd’hui.
Le calcul demain.
Nous quittons progressivement l’univers des start-up.
Nous entrons dans celui des empires.
Les marchés ne financent plus seulement des innovations.
Ils sélectionnent des souverains.
Qui contrôlera : les GPU ? les réseaux ? l’énergie ? les satellites ? les modèles ? les données ? les systèmes d’exploitation ? les robots ?
La bataille devient impériale.
Elle dépasse largement Wall Street.
Elle concerne la géopolitique du XXIᵉ siècle.
Le capitalisme industriel possédait des usines.
Le capitalisme financier possédait des actifs.
Le capitalisme numérique possédait des plateformes.
Le capitalisme algorithmique possédera :
la capacité de calcul.
Et cette capacité devient progressivement la ressource stratégique fondamentale.
Hier on mesurait la puissance d’un État en tonnes d’acier.
Puis en millions de barils.
Puis en PIB.
Demain, on la mesurera peut-être en gigawatts disponibles, en capacité de calcul, en accès aux semi-conducteurs avancés et en contrôle des infrastructures numériques.
L’histoire ne se répète jamais.
Elle change simplement d’unité de mesure.
Le marché croit encore vivre une révolution technologique.
Je crois que nous assistons déjà à la naissance d’une nouvelle architecture du pouvoir.
Les investisseurs continuent de regarder les actions.
Ils devraient commencer à regarder les fondations.
Car les empires ne se construisent jamais sur les applications.
Ils se construisent sur les infrastructures invisibles.
Les marchés adorent les innovations.
L’Histoire, elle, appartient aux bâtisseurs d’infrastructures.
🐺
**« Les premiers milliardaires de l’IA vendront des modèles.
Les premiers trillionnaires du XXIᵉ siècle contrôleront le calcul lui-même. »**

Nietzsche – Girard – Faye – Dantec – Land
Les prophètes du capitalisme algorithmique
*« Les marchés pensent vivre une révolution technologique.
En réalité ils assistent à une révolution anthropologique. »*
Pendant un siècle, le capitalisme a cru fonctionner selon une mécanique simple.
L’offre.
La demande.
Le prix.
La concurrence.
Comme si le marché était une loi naturelle.
Nietzsche nous aurait immédiatement avertis.
Il n’existe jamais de faits économiques purs.
Seulement des interprétations.
Seulement des rapports de puissance.
Seulement des volontés qui cherchent à imposer leur propre vision du réel.
Aujourd’hui, cette intuition devient éclatante.
Wall Street ne valorise plus des bénéfices.
Elle valorise une capacité future à organiser le monde.
Les marchés ne financent plus seulement des entreprises.
Ils choisissent les futurs centres de gravité de la puissance.
Le marché cesse d’être un mécanisme.
Il redevient une lutte.
Une lutte pour définir la réalité elle-même.
René Girard devient presque le meilleur stratégiste de marché du XXIᵉ siècle.
Pourquoi tout le monde investit-il dans l’IA ?
Parce que tout le monde investit dans l’IA.
Pourquoi Nvidia vaut-elle autant ?
Parce que chacun croit que les autres continueront de l’acheter.
Pourquoi les conseils d’administration annoncent-ils des plans IA de plusieurs dizaines de milliards ?
Parce qu’aucun dirigeant ne veut devenir celui qui aura « raté » la révolution.
Nous ne sommes plus dans une logique économique.
Nous sommes dans une logique sacrificielle.
La peur de rester en dehors du mouvement devient plus puissante que l’analyse du mouvement lui-même.
L’IA n’est plus simplement un secteur.
Elle devient un phénomène mimétique global.
Et Girard nous rappelle qu’une société dominée par le désir mimétique finit toujours par rechercher un responsable lorsque la dynamique s’interrompt.
Le prochain « bouc émissaire » de la révolution IA pourrait être une entreprise, un dirigeant, un modèle économique… ou un État incapable de suivre la cadence.
Guillaume Faye avait sans doute vu plus juste que la plupart des futurologues.
Le futur ne supprime jamais les lois anciennes.
Il les réactive.
Nous parlions de cloud.
Nous redécouvrons les centrales électriques.
Nous parlions de logiciels.
Nous redécouvrons les transformateurs.
Nous parlions de métavers.
Nous reparlons de cuivre, d’uranium, de ports, de câbles sous-marins, de chaînes logistiques et de souveraineté énergétique.
Le numérique ne remplace pas la géographie.
Il la radicalise.
L’archéofuturisme n’est plus une hypothèse.
Il devient la description la plus précise du monde qui émerge.
Le XXIᵉ siècle ne sera pas post-industriel.
Il sera hyper-industriel.
Maurice Dantec aurait probablement souri devant notre obsession pour ChatGPT, les GPU ou les valorisations boursières.
Parce qu’il aurait immédiatement posé une autre question.
Qui est en train de transformer qui ?
Nous croyons entraîner des modèles.
Mais ce sont peut-être les modèles qui réorganisent progressivement nos sociétés.
Les entreprises changent leurs processus pour devenir compatibles avec l’IA.
Les universités modifient leurs formations.
Les administrations adaptent leurs procédures.
Les armées repensent leurs doctrines.
Les individus modifient leur manière d’écrire, de chercher, de mémoriser, parfois même de penser.
La machine n’imite plus l’homme.
L’homme commence à imiter la machine.
Voilà la véritable singularité.
Pas technologique.
Anthropologique.
Puis apparaît Nick Land.
L’auteur probablement le plus dérangeant de notre époque.
Land ne considère pas le capitalisme comme un système économique.
Il le considère comme une intelligence.
Une intelligence qui utilise les hommes pour accélérer sa propre évolution.
Cette idée semblait extravagante dans les années 1990.
Elle paraît soudain beaucoup moins absurde.
Les marchés réclament davantage de calcul.
Les entreprises réclament davantage d’automatisation.
Les États réclament davantage de puissance numérique.
Personne ne semble véritablement diriger le processus.
Chaque acteur croit choisir.
Mais tous répondent à la même logique d’accélération.
Comme si le système lui-même imposait son rythme.
L’IA n’est alors plus seulement une innovation.
Elle devient le moteur d’une dynamique autonome qui dépasse ses créateurs.
Pendant deux siècles, le capitalisme avait besoin :
de consommateurs.
de travailleurs.
de producteurs.
Demain, il pourrait avoir besoin :
de processeurs,
d’électricité,
de modèles,
de robots,
et d’agents autonomes.
L’homme ne disparaît pas.
Mais il cesse progressivement d’occuper le centre exclusif du système productif.
C’est un basculement comparable à celui de la révolution industrielle.
Simplement plus rapide.
Et infiniment plus profond.
Toutes les civilisations organisent leur monde autour d’un principe supérieur.
Hier :
Dieu.
Puis :
la Nation.
Puis :
le Progrès.
Puis :
le Marché.
Aujourd’hui apparaît un nouveau principe organisateur.
Le Calcul.
Tout devient mesurable.
Optimisable.
Prédictible.
Automatisable.
L’entreprise.
La guerre.
La médecine.
L’éducation.
La justice.
La création.
Même nos relations humaines.
Le calcul ne sert plus le monde.
Il tend à devenir le monde.
Les analystes demandent : Quel sera le prochain chiffre d’affaires de Nvidia ?
Quelle sera la prochaine marge d’OpenAI ?
Quel sera le prochain multiple de SpaceX ?
Toutes ces questions sont importantes.
Aucune n’est fondamentale.
La véritable question est ailleurs.
Quel type d’humanité produira une civilisation dont la ressource stratégique principale est le calcul ?
Cette interrogation ne figure dans aucun modèle DCF.
Et pourtant, c’est elle qui déterminera la valeur réelle des cinquante prochaines années.
Le marché croit assister à la naissance d’une nouvelle industrie.
Je crois que nous assistons à la naissance d’une nouvelle anthropologie.
Les révolutions techniques ne changent pas seulement les outils.
Elles redéfinissent l’image que l’homme se fait de lui-même.
La vapeur a créé l’ouvrier.
L’électricité a créé la société de masse.
Internet a créé l’individu connecté.
L’intelligence artificielle pourrait créer une nouvelle figure historique : l’homme assisté par le calcul… ou l’homme gouverné par lui.
C’est cette bifurcation qui commence.
Elle ne concerne plus seulement les investisseurs.
Elle concerne désormais la civilisation elle-même.
**« Nous pensions bâtir des machines intelligentes.
Peut-être étions-nous en train de construire le premier environnement où l’intelligence humaine cessera d’être la mesure de toutes choses.
Et c’est là que commence véritablement le XXIᵉ siècle. »**

LE GRAND SCHISME
La bande-son du capitalisme algorithmique
I — The Passions
Le moment de la révélation
Le premier choc.
Celui où l’on comprend que la révolution ne vient pas de l’extérieur.
Elle est déjà parmi nous.
L’intelligence artificielle n’est plus une technologie parmi d’autres.
Elle devient progressivement le système d’exploitation invisible de nos économies.
Le titre des Passions résonne comme une prise de conscience.
« Oh no… it’s you. »
Le véritable bouleversement n’est pas la machine.
C’est notre propre dépendance croissante au calcul.
L’ennemi n’est jamais totalement extérieur.
Il est souvent le reflet de nos propres choix.
II — Acid Horse
La disparition des idéologies
Voici probablement le morceau le plus important du triptyque.
Le XXIᵉ siècle ne sera plus gouverné par des slogans.
Ni par les grands récits.
Ni par les idéologies du XXᵉ siècle.
La puissance change de langage.
Elle devient silencieuse.
Algorithmique.
Infrastructurelle.
Le pouvoir n’a plus besoin de propagande.
Il fonctionne par défaut.
Par optimisation.
Par architecture.
Le nouveau souverain n’a pas de nom.
Il n’a pas de visage.
Il n’a même plus besoin de slogan.
Son autorité s’exerce directement à travers les protocoles, les plateformes et les réseaux.
C’est exactement ce que raconte ce rapport.
Le pouvoir devient structure.
III — The Black Angels
La naissance des nouveaux empires
Tout conduit ici.
Les centres de données.
Les réseaux.
Les satellites.
Les GPU.
L’énergie.
Les modèles.
Les plateformes.
Tout converge vers une seule réalité.
Le retour des empires.
Non plus des empires territoriaux.
Des empires computationnels.
Le titre des Black Angels possède presque une dimension prophétique.
L’empire n’est plus seulement américain.
Ni chinois.
Il devient celui du calcul lui-même.
Le XXIᵉ siècle ne sera peut-être pas dominé par les nations.
Mais par ceux qui contrôleront les infrastructures invisibles qui organisent la puissance.
Ce triptyque raconte exactement la trajectoire du rapport.
The Passions
Le réveil.
↓
Acid Horse
La disparition silencieuse des anciennes catégories politiques.
↓
The Black Angels
L’avènement des nouveaux empires du calcul.
🎼 La conclusion
Contrairement à la plupart des playlists qui accompagnent nos analyses financières, celle-ci ne sert pas d’illustration.
Elle constitue un commentaire philosophique parallèle.
The Passions annonce la prise de conscience.
Acid Horse décrit la dissolution du vieux monde politique.
The Black Angels ouvre la porte sur le monde qui vient.
En les écoutant dans cet ordre, le lecteur ne suit plus seulement un rapport de marché : il traverse une initiation intellectuelle, de la découverte du phénomène jusqu’à la compréhension de sa portée civilisationnelle.
À mes yeux, c’est probablement le triptyque sonore le plus abouti de toute notre série TS2F. Il est plus subtil, plus cohérent avec le thème du Grand Schisme, et il accompagne le lecteur comme une véritable bande originale de la mutation historique que notre rapport cherche à mettre en lumière.

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