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Deux drapeaux, un seul cœur : le dilemme des immigrants à la Coupe du monde

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La Coupe du monde a ce pouvoir de réveiller les émotions, les souvenirs et les attachements les plus profonds. Pour de nombreux immigrants, le tournoi devient aussi un moment de réflexion sur leur identité et leur sentiment d'appartenance.

Dans les bars, les salons et les rassemblements communautaires de Winnipeg, certains encouragent sans hésiter leur pays natal. D'autres se découvrent une affection grandissante pour le Canada. Plusieurs refusent tout simplement de choisir.

Un événement comme celui-là donne l'occasion de se reconnecter avec son pays d'origine et sa culture, explique Patrick Tshiovo, directeur général de Recovery Education for Addictions and Complex Trauma (REACT).

Selon lui, les compétitions internationales agissent souvent comme des marqueurs symboliques. Elles permettent aux personnes immigrantes de maintenir un lien avec leur histoire tout en développant un attachement à leur pays d'accueil.

Les gens ne regardent pas seulement un match. Ils se reconnectent à des souvenirs, à des valeurs, à une communauté.

Le pays d'origine toujours présent

Pour Freddy Muganza, membre de la communauté congolaise du Manitoba, la question du soutien sportif est loin d'être simple. Canadien et Congolais, il affirme encourager les deux équipes durant la compétition. Comme j'ai la double nationalité, je supporte les deux. Si une équipe est éliminée, je continuerai avec l'autre , explique-t-il.

Un homme, Freddy Muganza, regarde vers la caméra.

Freddy Muganza affirme soutenir à la fois le Canada et la République démocratique du Congo pendant la Coupe du monde.

Photo : Radio-Canada

Mais lorsqu'il est question de football, son attachement à son pays natal demeure particulièrement fort : Je suis né au Congo, j'ai grandi au Congo. J'ai encore de la famille là-bas. Le sentiment d'appartenance envers ce pays reste plus grand dans un premier temps.

Cette réalité n'étonne pas Patrick Tshiovo. Selon lui, les nouveaux arrivants conservent naturellement un lien émotionnel puissant avec leur terre d'origine. Votre pays d'origine vous suit partout. C'est pour ça que lorsqu'on arrive ici, on garde nos traditions, notre culture, parfois même nos habitudes sportives, souligne-t-il.

Cependant, ce sentiment peut évoluer avec le temps.

Vous pouvez finir par vous sentir beaucoup plus canadien que de votre pays d'origine. Mais la nostalgie reste toujours quelque part.

Entre deux drapeaux

Pour certains immigrants installés depuis longtemps au Canada, l'identité devient plus nuancée. C'est le cas d'Yvonnick Le Lorec, propriétaire de la crêperie Ker-Breizh à Winnipeg, où plusieurs matchs sont diffusés pendant le tournoi.

Après une dizaine d'années au Canada et l'obtention de la citoyenneté canadienne, il continue pourtant de soutenir la France avant tout.

Je suis canadien aussi maintenant. Mais je suis né en France, j'y ai passé quasiment toute mon enfance, donc évidemment, je supporte la France.

Cela ne l'empêche pas de suivre avec intérêt les progrès de l'équipe canadienne : Si le Canada fait un beau parcours, je serai content. L'équipe canadienne se développe énormément depuis quelques années.

Cette coexistence de plusieurs appartenances est devenue une caractéristique de l'immigration moderne, selon Patrick Tshiovo. Le Canada est un pays multiculturel. On nous encourage à garder notre culture. On n'est pas obligé d'abandonner une identité pour en adopter une autre, rappelle-t-il.

Selon lui, soutenir deux équipes à la fois n'a rien de contradictoire : Ce n'est pas choisir entre deux identités. C'est essayer d'établir une balance entre les deux.

Yvonnick Le Lorec.

Installé au Canada depuis une dizaine d'années, Yvonnick Le Lorec continue de soutenir l'équipe de France, tout en suivant avec intérêt les progrès du soccer canadien.

Photo : Radio-Canada / ILRICK DUHAMEL

Quand le sport rassemble

L'expérience d'Amélie Guillerme, une Française arrivée récemment à Winnipeg dans le cadre d'un service civique, illustre elle aussi cette complexité.

Aujourd'hui, son choix est clair : elle soutient la France. Mais elle reconnaît que les choses pourraient changer avec le temps. Je pense que ça dépendrait de combien de temps j'aurais vécu au Canada et combien de temps j'aurais vécu en France.

Pour Patrick Tshiovo, la Coupe du monde révèle surtout une réalité de l'immigration moderne : Il n'est pas toujours nécessaire de choisir, résume-t-il. On essaie d'établir un équilibre.

Entre le pays qui les a vus naître et celui qu'ils ont choisi pour construire leur vie, plusieurs nouveaux Canadiens apprennent à vivre avec des appartenances multiples. Et lorsque l'arbitre siffle le coup d'envoi, ces identités ne s'affrontent pas forcément : elles cohabitent le temps d'un match.

Avec les informations de Rachid Nahli

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