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Des « voitures espionnes » de la Chine : mythe ou réalité?

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Pour Doug Ford, accepter les véhicules électriques (VÉ) fabriqués en Chine sur le marché canadien n’est pas seulement un risque pour l’économie, mais aussi pour la sécurité nationale. Or, si ces voitures pourraient récolter des données personnelles et même épier des conversations, les experts préviennent que c’est également un risque avec les voitures connectées déjà disponibles sur le marché.

Quand vous allez connecter votre téléphone, ils vont vous écouter, c’est aussi simple que ça. Et il faut être très naïf pour croire que ce n’est pas le cas, a lancé Doug Ford plus tôt cette semaine au sujet des voitures électriques fabriquées en Chine.

Doug Ford en point de presse à Toronto, le 21 janvier 2026.

Le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, continue à dénoncer l’accord conclu par Ottawa avec la Chine sur les véhicules électriques. (Photo d’archives)

Photo : Radio-Canada / Evan Mitsui

Le premier ministre ontarien enchaîne les tirades contre l’entente commerciale entre Ottawa et Pékin, qui facilitera l’arrivée de ces véhicules sur le marché canadien.

Il les appelle d’ailleurs des véhicules espions.

Ce n’est pas une exagération, mais il faut arrêter de dire que c’est juste les Chinois qui font ça, commente le conseiller et consultant en cybersécurité Steve Waterhouse.

Il souligne que tous les véhicules connectés, qu’ils soient électriques ou non, collectent une importante quantité de données sur leurs usagers.

Des données à l’ICE ou aux compagnies d’assurance

Dans un rapport de 2023, la Fondation Mozilla a étudié 25 marques de voitures connectées, incluant Nissan, GMC et Tesla. Aucune n’a obtenu la note de passage en termes de protection de la vie privée.

Toutes les marques étudiées collectaient plus de données que nécessaire sur leurs usagers.

La vaste majorité vendait ces données à des tiers.

Steve Waterhouse souligne que des enregistrements audio ou des conversations interceptées dans des véhicules de GM, par exemple, ont été par le passé partagés avec les forces de l'ordre aux États-Unis.

Des données de géolocalisation auraient aussi été transmises à l’agence américaine de contrôle de l’immigration ICE, selon une enquête de Forbes en 2021.

En 2023, Reuters rapportait que des vidéos captées par les caméras sur des voitures de Tesla avaient été enregistrées et partagées dans des conversations de groupe entre des employés de la compagnie.

6:19

Toujours aux États-Unis, GM a récemment été sanctionné par la Federal Trade Commission pour avoir permis à des compagnies d’assurance d’accéder à des données sur la géolocalisation et le comportement au volant de ses conducteurs, sans le consentement éclairé de ces derniers.

En 2024, GM a annoncé qu’elle cessait d’offrir son service Smart Driver de OnStar, qui avait été au centre de la controverse.

Une autre couche de risque

Si les voitures chinoises suscitent davantage l’inquiétude des experts, ce n’est pas parce qu’elles collectent plus de données que les autres, mais en raison de qui pourrait y accéder.

Steve Waterhouse est convaincu qu’elles seront éventuellement transmises au gouvernement chinois.

La Loi sur le renseignement chinois qui a été amendée en 2017 permet au gouvernement de taper sur l’épaule de BYD et dire : j’ai besoin de cette information. BYD ne peut rien dire et va donner l’information [...] au service de renseignement.

Dans un premier temps, seuls 49 000 véhicules électriques fabriqués en Chine pourront pénétrer le marché canadien avec un tarif préférentiel de 6,1 %.

C’est vraisemblablement trop peu pour représenter une menace pour la sécurité publique, selon le PDG de la firme Cybershell, Alexandre Cormier.

Mais il souligne que les compagnies comme BYD fabriquent des véhicules électriques qui sont à plusieurs égards en avance sur Tesla et beaucoup moins chers.

Il ne serait pas surpris de les voir s’étendre rapidement au pays.

L’idée que Pékin puisse ainsi savoir ce qui se dit à l’intérieur d’une voiture au Canada n’a rien de farfelu aux yeux d’Alexandre Cormier.

Le jour où une campagne d’espionnage commence, il y aura des mises à jour qui peuvent être poussées par Internet sur certains des véhicules.[...] Ça peut être pour faire l’échantillonnage audio dans les voitures, dit-il.

BYD déjà en Europe et ailleurs

On ne sait pas encore quels modèles de voitures électriques fabriquées en Chine seront importés au Canada. Ils ne seront pas nécessairement tous de marques chinoises.

L’Américaine Tesla a une usine en Chine de laquelle elle exportait vers le Canada avant l’application des droits de douane de 100 % en octobre 2024. Elle a également un réseau de concessionnaires établis au Canada, contrairement à ses rivales chinoises, comme BYD.

Les fabricants chinois ont toutefois l’avantage d’avoir des modèles plus abordables, alors que la moitié du contingent de véhicules acceptés au tarif préférentiel devrait être réservée à des voitures de moins de 35 000 $ à l’importation d’ici 2030.

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BYD a d’ailleurs dépassé Tesla en tant que premier vendeur de véhicules électriques au monde. La marque est en circulation à travers l’Europe, en Australie et en Amérique latine notamment.

Le président de l’Association des fabricants de pièces automobiles du Canada, Flavio Volpe, a évoqué des mesures pour réduire les risques associés aux véhicules fabriqués en Chine.

Il suggère par exemple de s’assurer que les systèmes permettant de faire fonctionner les logiciels qui y sont associés soient hébergés au Canada.

C’est la solution que la Chine a trouvée pour Tesla. Les piles technologiques de Tesla sont hébergées en Chine, observe-t-il.

Sécurité publique Canada et BYD n’avaient pas répondu aux questions de Radio-Canada au moment de la publication de cet article.

Dans une entrevue au Toronto Star plus tôt cette semaine, le ministre de la Sécurité publique du Canada, Gary Anandasangaree, a indiqué qu’Ottawa n’avait aucune inquiétude en termes de sécurité publique en lien avec l’entente sur les véhicules électriques chinois.

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