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Des universités britanniques ont «espionné» des étudiants pendant près de quatre ans

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Par Agathe Belloni

Le 19 mai 2026 à 16h39

Des étudiants de l’Université d’Oxford devant leur campement en soutien aux Palestiniens de Gaza.

Des étudiants de l’Université d’Oxford devant leur campement en soutien aux Palestiniens de Gaza. Hollie Adams/Reuters

Une enquête révèle que de prestigieux établissements ont mené des opérations de surveillance pour évaluer des «risques de sécurité».

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Publier un post, rejoindre une manifestation, afficher une opinion… Ces gestes du quotidien étudiant font désormais l’objet d’une surveillance organisée dans certaines universités britanniques selon une enquête publiée conjointement fin avril par Al-Jazeera et le groupe de journalistes d’investigation Liberty Investigates. Selon cette enquête des universités - y compris des institutions prestigieuses - ont mené des opérations de surveillance de leurs étudiants pour évaluer «les risques de sécurité».

Au total, douze institutions dont l’Université d’Oxford ont fait appel à la société Horus, une entreprise de sécurité, pour suivre les mouvements de contestation apparus notamment dans le sillage du conflit israélo-palestinien et des violences commises par l’armée israélienne à Gaza. Un responsable d’un des établissements, contacté par Le Figaro, justifie ce choix par le besoin d’anticiper d’éventuels débordements en marge de manifestations sur les campus. Cette démarche est légale, mais certaines voix, notamment parmi les étudiants, dénoncent une surveillance systématique et s’inquiètent pour leur liberté d’expression.

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L’entreprise mandatée, Horus Security Consultancy Limited, a été fondée en 2006 par Jonathan Whiteley, un ancien militaire britannique. Selon l’enquête, elle aurait perçu près de 600 000 dollars entre 2022 et 2025 de la part des établissements. Horus était chargée d’analyser des données publiques accessibles sur les plateformes de réseaux sociaux (X, Instagram…), de vérifier les profils et produisait des notes de renseignement qu’elle vendait aux universités.

Des démarches jugées légales par les universités

À l’heure actuelle, la démarche des universités et les méthodes employées sont jugées légales par les universités, souligne l’enquête. Horus dit travailler uniquement à partir de données publiques. En parallèle, l’Imperial College a assuré aux auteurs de l’enquête que, tout comme le reste des établissements concernés, il veille uniquement à la sécurité de ses étudiants sur les campus. Il souligne son engagement en faveur des débats d’opinions et de la liberté d’expression sur ses campus.

La prévention des risques est imposée juridiquement aux universités britanniques par le Counter-Terrorism and Security Act de 2015, qui les oblige à protéger les étudiants contre toute implication dans le milieu terroriste.

Cependant, les étudiants concernés contestent la légitimité de ces surveillances qu’ils décrivent comme systématiques. Un étudiant en première année d’études de la guerre («war studies») au King’s College de Londres conteste anonymement la justification donnée par son université. «Des manifestations de toutes natures ont régulièrement lieu devant le campus principal, notamment par des étudiants pakistanais près de l’ambassade indienne qui est à quelques mètres, sans que cela suscite la même attention que les manifestations propalestiniennes», remarque-t-il. «Ce n’est pas le rôle de l’université de surveiller les réseaux sociaux de ses étudiants, ajoute-t-il. Les ressources devraient aller au financement de projets éducatifs». Mais c’est surtout la contradiction qu’il pointe : «King’s se définit précisément par la diversité de sa communauté étudiante internationale et la pluralité des points de vue». Surveiller une partie de ces étudiants à cause de leurs convictions trahit, selon lui, ce qui est censé faire la force de l’établissement.

Soupçons de radicalisation dans les universités britanniques

Si l’enquête se concentre en partie sur la surveillance des mouvements pro-palestiniens, les autorités britanniques rappellent que les campus font face à des enjeux de sécurité plus larges. Entre 2023 et 2024, 70 étudiants ont été signalés pour des soupçons de radicalisation islamiste, soit le double de l’année précédente. Les services de sécurité surveillent de près les tentatives d’influence ou de recrutement par des structures proches des Frères musulmans. Ces réseaux s’implantent dans les milieux académiques via l’organisation de colloques ou encore via des associations étudiantes.

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Récemment, les Émirats arabes unis (EAU) ont suspendu le financement des bourses d’études à destination des universités britanniques, citant leur crainte de voir leurs ressortissants exposés à l’influence des Frères musulmans. Ces derniers sont classés comme terroristes par les EAU. Si cette décision s’inscrit dans le cadre de rivalités géopolitiques propres à la région du Golfe, elle témoigne néanmoins d’une préoccupation croissante quant à l’influence de mouvances islamistes dans les milieux académiques. Une menace à laquelle tentent de répondre tant bien que mal les universités.

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