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Benoit Lallemand est travailleur de rue pour l’organisme Arrimage à Rouyn-Noranda. Ce qui devait être un remplacement de congé de maternité s’est transformé en véritable passion.
Après une décennie à rencontrer des personnes parfois marginalisées dans la rue, Benoit Lallemand est reconnaissant. Il se dit maintenant plus mature et ouvert aux différences.
Je suis plus compréhensif de l'être humain. Je suis moins dans les solutions avec les jeunes et plus dans l'accompagnement des personnes. Des fois, on n'a pas de solution. On n'a pas une baguette magique, mais on peut quand même avancer malgré tout, partage-t-il.
Bâtir un lien de confiance
Ce que Benoit Lallemand construit depuis toutes ces années, c’est un lien de confiance sans jugement, au rythme des personnes, pour aider le plus de gens possible. Il opte pour une approche de réduction des méfaits.

Le travailleur de rue, Benoit Lallemand, se déplace à la rencontre des gens avec son matériel de prévention.
Photo : Radio-Canada / Jessica Gélinas
Ce n’est pas d'encourager la consommation, mais puisque tu vas le faire de toute façon, je vais m'arranger pour que tu le fasses sécuritairement pour éviter justement qu'il y ait plus de méfaits, de comportements à risque, explique Benoit Lallemand.
Il souhaiterait que la société diminue ses jugements face aux personnes qui n’ont pas eu les mêmes chances que nous.
Sa mission est d’être sur le terrain et de se faire connaître par le plus de gens possible pour créer des liens de confiance qui perdureront.
Je dis merci à la rue pour tout ce que ça m'a apporté au niveau personnel, mais aussi merci à tous les gens qui m'ont fait confiance à travers ces années-là.
En plus de se faire un nom dans la rue comme il le mentionne, il fait de l’accompagnement jusque dans les classes lors de présentations et d’ateliers.
Conjuguer avec le sentiment d’impuissance
Celui qui a passé 2000 jours dans la rue doit apprendre à accepter le sentiment d’impuissance fréquent dans son travail. Le manque de logements, la dépendance, la pauvreté et la santé mentale sont des éléments récurrents pour le travailleur de rue.

Benoit Lallemand intervient auprès des personnes marginalisées. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Emily Blais
On arrive dans des situations où les personnes n'ont pas de réponse à leurs besoins. On n'en a pas non plus parce que c'est plus gros que nous. Je pense qu'avec l'aide des partenaires, avec l'aide de la communauté, on est capable d'aider ces gens-là, mais forcément, à un moment donné, il faut aussi avoir du lâcher-prise. Tu ne pourras pas sauver le monde dans le fond, partage Benoit Lallemand.
Il souligne que les grandes réussites sont rares en tant que travailleur de rue, mais qu’il reconnaît avoir fait une différence dans la vie de certaines personnes à un moment précis de leur vie.
Rester optimiste pour faire une différence
Au fil du temps, les travailleurs de rue avec qui Benoit Lallemand a évolué ont quitté et d’autres se sont joints à l’équipe d’Arrimage. Malgré les défis et les changements, il garde la flamme pour son métier et souhaite la partager avec les nouveaux travailleurs de rue.
J'ai envie d'apporter un peu plus au niveau régional, provincial. Parce que des travailleurs de rue qui durent dix ans, il n'y en a pas des tonnes, je ne te le cacherai pas. On est plus entre trois et cinq ans. Les gens peuvent changer parce que ce n'est pas un métier qui est nécessairement facile, même avec la famille. Tu travailles les soirs, les fins de semaine, ça dépend des saisons. Je veux aider les nouveaux travailleurs de rue parce que, pour rester dix ans, il faut que tu aies la flamme! conclut-il.


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