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De nombreux citoyens ont manifesté mercredi pour exiger que les gouvernements s'attaquent à la crise du logement qui sévit partout au Québec. Entre autres revendications, ils demandaient notamment que le droit au logement soit inscrit dans la Charte des droits et libertés.
Selon le coordonnateur du Regroupement des comités logement et associations de locataires du Québec (RCLALQ), Benoit Rullier, cela permettrait de défendre le droit d'avoir un logement décent pour tous. Il faut arrêter d’agir comme si avoir quatre murs et un pauvre toit, c'est un logement, explique-t-il.
Les manifestants réunis près de logements sociaux dénonçaient aussi qu'un faible nombre de ces logements ont été construits dans les dernières années et que l’offre est insuffisante. On veut de vrais programmes de logement social et pas des logements inabordables, ajoute M. Rullier.
Rencontré par La Presse canadienne à Montréal, le manifestant Francis Waddell a déploré tout le stress causé par l’embourgeoisement. Avoir du logement dit abordable, mais hors marché, c'est le minimum qu'on peut demander aujourd'hui, a-t-il déclaré.
Les manifestantes Julie Gagnon et Marie-Frédérique Gravel ont indiqué qu’une forte augmentation de leur loyer aurait un impact grave sur leur vie.
Je suis chanceuse, mon logement, c'est une cession de bail. Il n'a pas été augmenté depuis longtemps. Mais si ce n'était pas de ça, je ne serais pas artiste dans la vie, je n'aurais pas les moyens, raconte Mme Gagnon.
Le logement prend une trop grosse part du budget de tout le monde, déplore-t-elle.
Son amie abonde dans le même sens. En 2020, son propriétaire aurait refusé une cession de bail alors que c'était encore possible de le faire. Lorsque Mme Gravel a rencontré la nouvelle locataire, le loyer qu'elle payait (700 $ par mois pour un 4 1/2) avait doublé. On peut s'imaginer les hausses qui peuvent se faire aujourd’hui. C'est assez indécent, a-t-elle lâché.
Les deux femmes constatent par ailleurs qu'il y a de plus en plus d'itinérance visible dans leur quartier, à Hochelaga. C'est de pire en pire, le monde dans les rues. Ça ne devrait pas être un privilège de se loger, ça devrait juste être un droit, a fait valoir Mme Gravel.

L'itinérance est de plus en plus visible à Montréal. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers
En date du 30 juin, veille du jour du déménagement au Québec, 6647 demandes qui avaient été faites auprès de services d'aide à la recherche de logement ont été satisfaites et 2087 ménages cherchaient toujours. Or, de nombreux locataires ne font pas appel à ces services.
Un consensus dans les mouvements sociaux
Les manifestations, qui se sont aussi déroulées à Québec et à Rouyn-Noranda, étaient organisées par la Coalition contre le logement cher (COLOC), qui regroupe plus de 120 organisations issues de divers milieux, notamment syndical, communautaire, féministe et étudiant.
Selon Véronique Laflamme, porte-parole du Front d'action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU), cette situation illustre que la crise du logement, bien qu’elle ne soit pas nouvelle, fait consensus dans de larges parts des mouvements sociaux.
On a décidé d'unir nos forces pour monter une coalition contre le logement cher, dans la perspective qu'avec les élections qui s'en viennent, il faut qu'il y ait un front uni, une voix populaire qui émerge et qui fasse ressortir des conditions qui sont minimums pour qu'on sorte d'une crise du logement qui est systématique depuis des décennies, renchérit Benoit Rullier.

La porte-parole du Front populaire en réaménagement urbain, Véronique Laflamme.
Photo : Radio-Canada
Et cette problématique touche désormais tout le Québec, rappelle Mme Laflamme. Citant des données des rapports sur le marché locatif de la Société canadienne d'hypothèques et de logement (SCHL), elle souligne que le loyer moyen au Québec a bondi d'environ 60 %, passant de 760 $ par mois en 2018 à 1232 $ en 2025.
Dans ce contexte, plusieurs ménages sont appelés à faire des sacrifices. Des familles qui vivent dans des logements trop petits, des locataires qui demeurent dans un logement déjà trop cher et qui voient mal comment ils pourront absorber les nouvelles hausses de loyer au 1er juillet, mais qui voient bien que ce qui est disponible sur le marché privé n'est pas moins cher que leur loyer actuel, s’est-elle désolée.
Les manifestants réitéraient aussi une demande de longue date : celle de créer un registre des loyers qui servirait à briser l'escalade de la hausse des prix des logements, selon Benoit Rullier.
Un tel registre mis sur pied par l'organisation Vivre en ville est déjà disponible. Il suffirait assez simplement de récupérer un outil existant, de l'adapter un peu, et on pourrait avoir les moyens d'avoir un registre des loyers, précise M. Rullier.
Si plusieurs personnes ont de la difficulté à se loger au Québec, ce n’est pas faute d'appartements. Selon une enquête de Radio-Canada, le Québec compterait 100 000 logements vacants.
Selon Véronique Laflamme, les logements qui sont disponibles, ils sont hors de prix pour de larges pans de la population, en particulier pour les locataires à revenus faibles et modestes qui sont déjà des dizaines de milliers au Québec à consacrer une part trop importante de leur revenu pour se loger.


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