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À La Mojana, dans le nord de la Colombie, les scientifiques ont fait une découverte étonnante en étudiant les systèmes agraires préhispaniques construits des siècles avant les célèbres empires aztèque et inca: les structures complexes et les terrassements du site auraient été érigés par un groupe local, sans chef ni organisation hiérarchique. Ce constat bouscule les croyances selon lesquelles la construction du site aurait été supervisée par une autorité centrale hiérarchique, dont l'organisation ressemblerait à celle de leurs contemporains, les Mayas.
Les résultats, publiés dans la revue Communications Sustainability et relayés par The Debrief, remettent en question les théories sur l'organisation des sociétés précolombiennes.
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Sur le site préhispanique, un vaste réseau de canaux et de parcelles agricoles surélevées couvrait près de 500.000 hectares. Une superficie comparable à celle du parc national du Grand Canyon, aux États-Unis. Les infrastructures auraient été utilisées des premiers siècles avant notre ère jusqu'au XIᵉ siècle, avant l'essor des empires aztèque et inca. Pendant la saison des pluies, les parcelles surélevées protégeaient les cultures des inondations. Lors des périodes plus sèches, les canaux redistribuaient progressivement l'eau vers les habitations. La disposition des infrastructures facilitait également la capture de poissons.
Jusqu'ici, on attribuait cette prouesse technique aux fruits du travail d'une société organisée, capable de mobiliser une importante main-d'œuvre sous l'autorité d'un pouvoir central. «Ces systèmes agraires sont si impressionnants que l'on a supposé qu'ils avaient été mis en place par des chefferies hiérarchisées», détaille Jasmine Vieri, archéologue à l'université de Cambridge et coauteure de l'étude. Les récents travaux proposent une nouvelle lecture.
800 travailleurs pour bâtir le système
Pour obtenir leurs conclusions, les chercheurs ont analysé des images satellite. Sur une zone cartographiée de 500 hectares, l'équipe a identifié 1.600 buttes et soixante-trois plateformes d'habitation. Les archéologues ont ensuite estimé le volume de terre déplacée pour la réalisation des travaux et les besoins en main-d'œuvre. Ils ont pris en compte la géologie, les techniques de l'époque et la densité de population.
Sur une population de 1.600 personnes, environ 800 travailleurs auraient pu œuvrer à La Mojana. Cette estimation reste prudente: l'agriculture pouvait mobiliser les hommes, les femmes et probablement les enfants. Pour la construction du réseau de canaux, une petite main-d'œuvre, relativement autonome et très coopérative, aurait achevé le travail en un temps record d'environ deux mois, selon les calculs. Pour Jasmine Vieri, cela représente «un investissement en main-d'œuvre bien inférieur à ce qui avait été supposé auparavant, et réalisable grâce à la coopération». Les communautés auraient ainsi pu s'organiser elles-mêmes et mener ces travaux sans dépendre «d'une autorité extérieure puissante».
L'intérêt autour de ces canaux dépasse largement les préoccupations archéologiques. Ces infrastructures répondent à une problématique largement contemporaine: comment gérer l'eau entre les périodes de fortes pluies et de sécheresse? Ce système ancestral pourrait inspirer les communautés actuelles de La Mojana. Il permettrait, dans une approche coopérative et locale, de limiter les dégâts liés aux inondations tout en conservant l'eau pour les périodes arides.
«Notre étude est la première à démontrer que ces solutions durables peuvent être mises en œuvre localement et collectivement, conclut Fernando Montejo Gaitán, chercheur à l'Institut colombien d'anthropologie et d'histoire. Les populations locales peuvent avoir besoin de ressources de la part de l'État, mais pas nécessairement d'une intervention de celui-ci.»





























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