Au Canada, des biologistes ont travaillé sur le psolus écarlate, une espèce de concombre de mer vivant principalement dans l’océan Arctique et l’Atlantique Nord-Ouest. Dans le cadre de leur étude, ces experts ont mis en lumière un phénomène biologique aussi unique que fascinant : l’immortalité tissulaire naturelle. Que faut-il savoir sur ces étonnants travaux ?
Des membres amputés capables de survivre seuls
Le psolus écarlate (Psolus fabricii) est une espèce fascinante de concombre de mer se distinguant par une couleur orangé vif et surtout, par son incroyable mode de vie. Vivant principalement dans les eaux de l’océan Arctique et de l’Atlantique Nord-Ouest, notamment dans l’estuaire et le golfe du fleuve Saint-Laurent, cet animal a fait l’objet d’une étude publiée dans la revue Science Advances le 27 mai 2026, pilotée par l’Université Memorial de Terre-Neuve (Canada).
Il est nécessaire de souligner qu’il existe au moins 1 200 espèces de concombres de mer (Holothuroidea) présentant des propriétés régénératives exceptionnelles leur permettant notamment de reconstituer leurs membres amputés. En revanche, aucune espèce ne semble égaler le psolus écarlate sur ce terrain. L’étude en question a en effet révélé un phénomène biologique unique : l’immortalité tissulaire naturelle. Dans les faits, les biologistes ont démontré que des fragments de chair amputés du concombre de mer sont capables de survivre, s’auto-guérir et croître de manière totalement indépendante.
Comment cette survie est-elle possible ?
Les auteurs de l’étude ont placé des morceaux de pieds tubulaires et de tentacules coupés dans des bacs d’eau de mer naturelle et non filtrée. Or, il s’avère qu’étonnamment, ces morceaux n’ont pas pourri sous l’effet des bactéries marines. Ces derniers ont survécu plus de trois ans et continent sur leur lancée, puisque l’expérience est toujours en cours. Le coté révolutionnaire de cette découverte réside dans le fait que jusqu’ici, maintenir des cellules animales en vie exigeait des conditions de laboratoire extrêmement strictes, à savoir un milieu stérile, des nutriments artificiels, ainsi que des antibiotiques.
« Lors d’essais expérimentaux, ces explants, appelés ‘explants vivants immortels de P. fabricii’ (LiPfe), ont montré une activité immunitaire, un cycle cellulaire, une réorganisation tissulaire et une absorption d’acides aminés dissous, soulignant leur état vivant actif. », peut-on lire dans l’étude.
Mais comment ces fragments survivent t-ils sans aucun organe ? Les chercheurs ont affirmé que lors des six premiers jours suivant l’amputation, les tissus ont d’abord éliminé les cellules mortes (ou endommagées) au niveau de la coupure. Ensuite, la peau saine s’est enroulée sur elle-même afin de sceller complètement la blessure. Durant les mois suivants, le morceau de chair a changé de forme pour devenir une petite boule translucide munie d’un noyau central de pigments rouges. Par ailleurs, sa survie résulte surtout de sa capacité à absorber directement les acides aminés dissous dans l’eau de mer, tout en réorganisant ses propres tissus musculaires afin de générer de l’énergie.
Crédit : Mercier Lab / Université Memorial de Terre-Neuve
Quelles applications futures ?
Au-delà de la simple survie des morceaux de psolus écarlate, les scientifiques ont donc observé une poursuite de la division cellulaire et la mise en place d’un système immunitaire fonctionnel. Ainsi, la question des potentielles applications futures s’est assez rapidement posée. Selon les auteurs, la compréhension de la manière avec laquelle ces cellules se coordonnent pour s’auto-guérir sans signal cérébral ou hormonal pourrait mener à de nouvelles pistes en médecine régénérative. Autrement dit, les chercheurs pensent à de nouvelles solutions pour la guérison des tissus humains.
Enfin, il est ici question d’un nouveau modèle d’étude de culture cellulaire dont le maintien en laboratoire est visiblement beaucoup plus simple, plus économique et ce, tout en s’affranchissant de barrières éthiques comme l’utilisation d’animaux vertébrés.


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