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Ce que vous prenez pour une évidence sur la chaleur perdue par la tête est en réalité né d’une expérience militaire mal interprétée des années 1950

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Non, vous ne perdez pas 40 à 50 % de votre chaleur corporelle par la tête. Cette statistique, répétée depuis des décennies par des générations de parents inquiets à l’approche de l’hiver, provient d’une erreur de méthode commise lors d’essais militaires américains dans les années 1950. Le problème ne vient pas de la science elle-même, mais de la façon dont ses résultats ont été détournés puis figés dans un manuel de survie.

À retenir

  • Une expérience militaire des années 1950 a établi un chiffre qui ne repose sur aucune base scientifique solide
  • Les chercheurs n’ont jamais comparé la tête à d’autres parties du corps — ils ont juste observé ce qui se passe quand tout le reste est couvert
  • Un article du British Medical Journal a exposé la faille logique : si c’était vrai, vous auriez aussi froid sans pantalon qu’sans bonnet

Sommaire

  1. Une expérience biaisée dès le départ
  2. Comment un biais expérimental est devenu une « vérité » militaire
  3. Ce que dit vraiment la physiologie
  4. Faut-il pour autant jeter son bonnet ?

Une expérience biaisée dès le départ

Retour dans un laboratoire de recherche militaire, en pleine guerre froide. Des chercheurs américains veulent comprendre comment le corps humain résiste au froid extrême, dans la perspective de conflits potentiels en Arctique. Le mythe serait né d’une interprétation erronée d’une expérience à caractère vaguement scientifique menée par l’armée américaine dans les années 1950, où des volontaires furent habillés de combinaisons de survie arctique et exposés à des conditions glaciales. Détail qui change tout : comme la tête était la seule partie du corps laissée découverte, la majeure partie de la chaleur perdue s’échappait logiquement par là.

les chercheurs n’ont jamais démontré que la tête perd proportionnellement plus de chaleur qu’un bras ou une jambe. Ils ont simplement observé ce qui se passe quand on couvre tout le corps sauf une zone : cette zone devient, par élimination, la principale source de déperdition thermique. Sans surprise, ces expériences ont conclu que la tête était le principal site de perte de chaleur, simplement parce que c’était la seule partie découverte. Le raisonnement scientifique s’arrête là où commence la mauvaise généralisation.

Ces résultats auraient pu rester une note de bas de page dans un rapport technique. Ils ont pourtant traversé les décennies pour finir gravés dans le marbre administratif. La plupart des sources pointent vers un vieux manuel de terrain de l’armée américaine qui estimait que les soldats pouvaient perdre 40 à 45 % de leur chaleur corporelle par une tête non protégée. Un manuel repris, cité, recopié, sans que personne ne remonte à la source de l’expérience initiale ni n’interroge sa méthodologie.

Le chercheur canadien Rachel Vreeman et son collègue Aaron Carroll, tous deux rattachés à l’université d’Indiana, ont fini par s’attaquer frontalement à cette croyance dans un article resté célèbre, publié dans le British Medical Journal. Leur démonstration est d’une simplicité redoutable : si cette affirmation était vraie, les humains auraient tout aussi froid en sortant sans bonnet qu’en sortant sans pantalon. Or, personne n’a jamais prétendu qu’un pantalon protège davantage du froid qu’un bonnet. La logique du chiffre s’effondre d’elle-même.

Ce que dit vraiment la physiologie

La réalité, nettement moins spectaculaire, tient en une règle de proportion. La perte de chaleur corporelle est proportionnelle à la surface exposée, et la tête représente environ 10 % de la surface totale du corps, ce qui signifie qu’elle perd logiquement environ 10 % de la chaleur du corps, et non les chiffres exagérés souvent cités. Un chercheur de la Jamaica Hospital Medical Center résume la chose de façon éloquente : pour que le mythe soit vrai, la tête devrait perdre environ 40 fois plus de chaleur par centimètre carré que le reste du corps. Aucune donnée physiologique ne soutient une telle disproportion.

Il existe malgré tout une nuance intéressante, celle qui a probablement contribué à entretenir la confusion. Les vaisseaux sanguins du cuir chevelu ne se contractent pas autant que ceux des autres parties du corps face au froid, ce qui maintient un flux sanguin relativement constant vers la tête et peut contribuer à un taux de perte de chaleur légèrement plus élevé dans cette zone comparé aux mains ou aux pieds. La tête et le visage sont aussi des zones particulièrement sensibles aux variations de température, ce qui renforce, sur le plan du ressenti, l’impression qu’on perd davantage de chaleur par là. Le visage, la tête et le buste sont simplement plus sensibles aux changements de température, ce qui explique pourquoi les couvrir donne l’impression de mieux prévenir la perte de chaleur que les autres zones du corps.

Faut-il pour autant jeter son bonnet ?

Pas si vite. Le mythe des 40 à 50 % est faux, mais la conclusion pratique qui en découlait, « couvrez-vous la tête par temps froid », reste largement valable. Il a été démontré que les bonnets préviennent efficacement l’hypothermie chez les nourrissons, dont la tête représente une proportion bien plus importante de la surface corporelle totale que chez un adulte. Chez les tout-petits, la règle de proportion joue justement en défaveur d’une tête découverte.

Pour un adulte en bonne santé, la logique reste la même que pour n’importe quelle autre partie du corps : ce qui est exposé au froid refroidit. On se refroidit tout simplement si on n’est pas couvert, et l’on peut perdre de la chaleur par n’importe quelle partie du corps exposée aux éléments, sans qu’aucune zone n’en perde significativement plus qu’une autre. Sortir tête nue par grand froid n’est donc pas plus risqué que sortir en manches courtes, ni moins, tout dépend simplement de ce que vous laissez à l’air libre.

Ce qui frappe surtout dans cette histoire, c’est la longévité du mythe. Une expérience mal conçue dans les années 1950, recopiée dans un manuel militaire des années 1970, a traversé cinquante ans de manuels scolaires, de conseils parentaux et de forums internet avant qu’un article du British Medical Journal ne vienne y mettre bon ordre. Une chose reste certaine : la prochaine fois qu’on vous ressort ce chiffre magique de 40 %, vous saurez qu’il vient tout droit d’un laboratoire militaire qui avait simplement oublié de retirer les bonnets de son protocole expérimental.

Sources : lactualite.com | fr.wikipedia.org

L'équipe Sciencepost

Rédigé par L'équipe Sciencepost

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