Doit-on parler d’acharnement ou d’opiniâtreté? Le sénateur français Laurent Duplomb a en tout cas de la suite dans les idées. La loi portant son nom – qui prévoyait de réintroduire en France deux pesticides controversés, l’acétamipride et le flupyradifurone – a fait l’objet d’une forte opposition populaire durant l’été 2025. Plus de 2 millions de Français ont alors signé une pétition demandant son abrogation; la loi a finalement été en partie censurée par le Conseil constitutionnel.
Qu’à cela ne tienne: le même Laurent Duplomb et la majorité de droite au Sénat viennent de ressusciter cette mesure, en l’insérant dans un projet de loi «d’urgence agricole», censé apporter des réponses à la colère des agriculteurs. Une manœuvre qui irrite jusqu’au sein du gouvernement. Le texte de loi a en effet déjà été adopté à l’Assemblée nationale début juin: l’ajout de cette disposition clivante risque désormais de le priver de majorité. Députés et sénateurs devront trouver un terrain d’entente mi-juillet.
A ce sujet: Loi Duplomb: les conséquences de la pétition écolo qui sort la France de sa torpeur estivalePourquoi ces deux molécules empoisonnent-elles à ce point le débat politique français? L’acétamipride et le flupyradifurone sont des insecticides qui ciblent le système nerveux des insectes. Ils sont autorisés dans l’Union européenne, ainsi qu’en Suisse, pour lutter contre les punaises qui s’attaquent aux betteraves et autres ravageurs de fruits. Se passer de ces produits entraîne une baisse de production et oblige à se tourner vers l’importation, déplore les partisans de leur réintroduction en France.
Des effets sur la biodiversité et la santé
Dans une tribune parue dans Le Monde, les représentants des principales associations de patients et sociétés savantes médicales rappellent toutefois que la toxicité de ces substances ne se cantonne pas aux insectes ciblés: elle est aussi avérée pour les abeilles et autres pollinisateurs. Des études montrent par ailleurs que l’acétamipride – qui fait partie de la controversée famille des néonicotinoïdes – est aussi dangereux pour la santé humaine, notamment pour le développement neurologique des enfants.
Le succès de la pétition réclamant l’abrogation de la loi Duplomb montre que ces arguments sont entendus et soutenus par une partie de la population française. Les parlementaires peuvent-ils vraiment en faire fi, qui plus est pour satisfaire des intérêts relativement spécifiques au sein même du monde agricole? Les difficultés des agriculteurs et agricultrices sont bien réelles et doivent être prises en compte. Mais elles ne seront pas résolues par la réautorisation de ces substances. Leurs risques pour la santé et l’environnement, eux, sont bien réels et concernent l’ensemble de la population – en France mais aussi en Suisse.
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