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Une possible séparation de l’Alberta entraîne son lot d’incertitudes et de questionnements quant aux politiques publiques, notamment en ce qui a trait aux fonds de pension. Radio-Canada a tendu le micro à des aînés de la petite communauté francophone de Falher, située dans le nord de l’Alberta.
Un peu avant l'heure du dîner, Lorraine Doucette et une dizaine d'autres résidents de la maison pour aînés se réunissent dans la salle à manger commune. Ensemble, ils abordent rarement la politique, mais au fil des discussions, en ce mercredi de septembre, ils constatent que leurs opinions convergent.
À une exception près, le groupe est favorable au maintien de l’Alberta au sein du Canada.
Ce constat pourrait surprendre : à la lecture des sondages, les communautés rurales albertaines comme Falher, située à quatre heures de route au nord d'Edmonton, apparaissent comme des bastions séparatistes, tandis que les grands centres urbains semblent davantage regrouper les forces fédéralistes.
S'il est vrai que la poignée d'aînés rencontrés n’est pas représentative de l’ensemble de cette tranche démographique, leurs appréhensions reflètent fidèlement les préoccupations liées à leur âge avancé.

Lorraine Doucette craint une perte de services pour les aînés, ainsi qu'une réduction de la pension de vieillesse, si l'Alberta se sépare du reste du Canada.
Photo : Radio-Canada
L’inquiétude principale de Mme Doucette réside dans la perte potentielle de services. Je suis convaincue que nous perdrions des services [qui émanent] du gouvernement fédéral.
À l’heure actuelle, la santé et les services sociaux relèvent de la compétence des provinces, bien que des transferts de fonds fédéraux contribuent à leur financement.
L'Alberta sera obligée de trouver d'autres sources de revenus pour assumer ces coûts. Un petit pays indépendant [ne] fonctionnerait pas, selon moi, ajoute sa voisine de table, Doris Ouellette.
Cette résidente de la Villa Beauséjour figure parmi les personnes qui redoutent le transfert de la pension de vieillesse sous l'égide du gouvernement albertain.
Je ne fais pas confiance [à Danielle Smith] pour administrer nos pensions, tranche Doris Ouellette. Après cette affirmation, presque toutes les personnes du groupe hochent la tête, sauf une, Marilyne Despins.

Marilyne Despins est la seule de son groupe à vouloir l'indépendance de l'Alberta.
Photo : Radio-Canada
Moi, cela ne m’inquiète pas. L’Alberta verse suffisamment d’argent aux autres provinces; nous serions tout à fait capables de subvenir à nos propres besoins, soutient cette dernière, dont la position minoritaire semble jeter un froid.
Je remarque bien que je suis à contre-courant, note Mme Despins. Mais, au fond, ils ignorent eux-mêmes ce qui les effraie tant.
Janine Guérette, pour sa part, s'alarme davantage de l’instabilité qui menacerait les institutions : Il va nous falloir notre propre monnaie, notre propre armée; il faudra véritablement changer tout le système.
Advenant que l'Alberta accède au statut de pays, à l'instar de plusieurs de ses voisines de résidence, elle se sentirait coincée au sein de ce nouveau pays, confie-t-elle. À notre âge, déménager n’est plus véritablement une option.
Une identité forte
Gérard Gervais est le seul homme à se prêter à la discussion matinale.
Pour l’octogénaire, la perspective d’une refonte du système d'allocation de pensions de vieillesse est préoccupante, mais c'est avant tout la question identitaire qui dictera son vote le 19 octobre prochain.
Je suis Canadien, je l'ai toujours été, et je ne désire pas que cela change.
L'épouse de M. Gervais, Gaétane, abonde dans le même sens : Je veux demeurer Canadienne. L'union canadienne, c'est de loin préférable à n'importe quelle autre option.
Mariette Tremblay ajoute qu'elle se sent en sécurité au sein du Canada. Bien que la situation ne soit pas parfaite, elle affirme : Beaucoup de personnes ne réalisent pas à quel point nous y sommes bien.
Elle redoute qu’un État albertain ne reflète pas ses propres valeurs.

La Villa Beauséjour est située à Falher, un petit village d'environ 1000 habitants, dont près de la moitié parlent français. Cette communauté se trouve à quatre heures de route d'Edmonton.
Photo : Radio-Canada
La crainte d’une annexion aux États-Unis
L’éventualité d'une annexion aux États-Unis suscite de vives réactions. Au cours de la discussion, il s'agit de l’une des appréhensions soulevées le plus souvent.
Je ne veux pas appartenir aux États-Unis, affirme Gérard Gervais. Si Danielle Smith souhaite rejoindre les États-Unis, qu'elle y déménage, renchérit Gaétane Gravel-Gervais.
[Danielle Smith] va nous entraîner directement vers les États-Unis, redoute Mariette Tremblay.
À ce jour, cette crainte demeure toutefois infondée.
Des dirigeants du groupe sécessionniste Alberta Prosperity Project (APP) ont bel et bien rencontré l'administration Trump à plusieurs reprises pour discuter de la souveraineté de l’Alberta, tel que le rapportait le Financial Times en janvier dernier. Jeffrey Rath allait même jusqu’à affirmer ressentir davantage d’affinités avec l’administration Trump qu’avec Mark Carney.
Cependant, la première ministre de l'Alberta n’a jamais exprimé la volonté d'une telle annexion américaine. Au contraire, elle a réitéré à maintes reprises son intention de demeurer au sein de la fédération canadienne.


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